Une jardinière en bois pourrit presque toujours de l’intérieur. De l’extérieur, elle paraît saine, à peine grisée ; puis un jour, une planche cède sous la pression de la terre, et l’on découvre derrière une face intérieure noire, molle, couverte de filaments blancs. La cause est simple : le bois est resté en contact avec une terre humide pendant des mois, sans jamais pouvoir sécher. Protéger l’intérieur d’une jardinière consiste donc à couper ce contact, ou à l’empêcher de durer, sans rien mettre dans la terre qui nuise aux plantes. Chez Ouest Wood Habitat, nous voyons surtout deux erreurs : le film qui enferme l’eau au fond, et le produit toxique badigeonné côté terre. Voici les protections qui marchent, celles qui font plus de mal que de bien, et comment les poser.
Pourquoi une jardinière pourrit par l’intérieur
Le bois pourrit lorsque trois conditions sont réunies longtemps : de l’humidité, de l’oxygène et une température douce. Les champignons qui le dégradent s’installent alors dans les fibres et les détruisent progressivement. Une face intérieure de jardinière réunit ces trois conditions presque toute l’année.
La terre retient l’eau des arrosages et des pluies, et la plaque contre le bois. Le bois ne peut pas sécher par cette face, puisqu’elle est couverte. L’humidité y reste en permanence, alors que la face extérieure sèche au soleil et au vent. C’est cette différence qui explique qu’une jardinière paraisse saine de l’extérieur alors qu’elle est déjà attaquée de l’intérieur.
Trois zones sont plus exposées que les autres. Le fond, qui reçoit toute l’eau qui traverse la terre, et où elle stagne si le drainage est insuffisant. Les angles, où le bois de bout des planches boit l’eau comme une paille. Et le bas des parois, juste au-dessus du fond, toujours plus humide que le haut.
Le choix du bois joue évidemment. Une essence naturellement durable résiste beaucoup plus longtemps qu’un résineux non traité. Mais même le meilleur bois finit par céder s’il reste humide en permanence. La protection intérieure ne remplace pas le choix de l’essence : elle multiplie sa durée de vie.
Le film plastique ou la bâche
La solution la plus répandue consiste à tapisser l’intérieur de la jardinière d’un film qui sépare le bois de la terre. Trois matériaux sont couramment utilisés.
Le film de polyéthylène, une bâche plastique épaisse, est le moins cher et le plus facile à trouver. Il est étanche et se découpe facilement. Sa limite est sa fragilité : il se perce lors des plantations et des travaux de la terre, et l’eau s’infiltre alors derrière lui, où elle sèche encore moins bien que sans film.
La membrane EPDM, une feuille de caoutchouc synthétique utilisée pour les bassins, est beaucoup plus résistante et durable. Elle supporte les outils et les racines, et elle convient bien aux grands bacs et aux potagers surélevés. Elle coûte nettement plus cher.
Le géotextile, un feutre synthétique perméable, n’est pas une protection contre l’humidité : il laisse passer l’eau. Il sert à retenir la terre, notamment au fond ou contre les lattes d’une jardinière à claire-voie. Il ne remplace pas un film sur les parois.
La pose suit une règle essentielle : le film couvre les parois, jamais le fond. On l’agrafe en haut des parois, juste sous le bord, en le laissant descendre jusqu’au fond, où il s’arrête. Le fond reste perméable pour que l’eau en excès s’écoule. Un film qui couvre aussi le fond transforme la jardinière en bac étanche : l’eau stagne, les racines asphyxient, et le bois finit quand même par pourrir là où l’eau déborde.
On agrafe en haut, au-dessus du niveau de la terre, pour que les trous d’agrafes ne soient jamais au contact de l’humidité. On replie le haut du film sous la ceinture ou on le coupe proprement, pour qu’il ne se voie pas.
La membrane à excroissances
La membrane à excroissances est une feuille de plastique couverte de petits plots en relief, semblable à celle qu’on pose contre les murs enterrés des maisons. Posée contre les parois intérieures, plots tournés vers le bois, elle crée une fine lame d’air entre le bois et la terre.
Cette lame d’air change tout. Le bois n’est plus seulement séparé de la terre : il peut sécher. L’humidité qui s’y trouve s’évacue par le haut, et la paroi intérieure ne reste plus jamais saturée d’eau. C’est la protection qui se rapproche le plus d’un bois exposé à l’air libre.
Sa pose est la même que celle d’un film : agrafée en haut des parois, descendant jusqu’au fond sans le couvrir. On veille à laisser la lame d’air ouverte en haut, pour que l’air circule, et à ce que la terre ne bouche pas cet espace.
La membrane à excroissances est plus chère qu’une bâche, mais plus résistante, et elle prolonge nettement la vie du bois. Pour une jardinière qu’on veut garder longtemps, ou un grand bac de potager, c’est le meilleur compromis entre coût, efficacité et simplicité de pose.
Huile, saturateur, bois brûlé
Une autre approche consiste à traiter le bois lui-même plutôt qu’à le séparer de la terre. Ces protections peuvent compléter un film, ou s’utiliser seules sur une jardinière où l’on préfère ne pas mettre de plastique.
L’huile de lin est la plus ancienne. Appliquée en plusieurs couches sur le bois sec, elle pénètre et limite l’absorption d’eau. Elle est d’origine végétale et ne présente pas de risque pour les plantes. Sa limite est sa durée : au contact permanent de la terre humide, elle s’épuise vite et ne protège plus. Elle retarde la pourriture plus qu’elle ne l’empêche.
Un saturateur sans biocide, à base d’huiles végétales, joue le même rôle avec une meilleure tenue. On le choisit sans additifs fongicides ou insecticides pour la face intérieure d’un bac potager, et l’on vérifie la fiche du produit. Comme l’huile, il retarde la pourriture et doit être renouvelé, ce qui suppose de vider la jardinière.
Le bois brûlé en surface, technique d’origine japonaise, consiste à carboniser la surface du bois au chalumeau, puis à la brosser. La couche carbonisée résiste mieux à l’eau et aux champignons, et elle ne contient aucun produit chimique. Elle demande un peu de pratique et se réalise avant le montage, sur les planches nues.
Ces traitements ont tous un point commun : ils sont plus efficaces combinés à un film ou à une membrane, et à un bon drainage. Seuls, ils prolongent la vie du bois, mais n’empêchent pas une terre détrempée d’en venir à bout.
Quelle protection pour quelle jardinière
Toutes les jardinières n’ont pas besoin du même niveau de protection. Le bon choix dépend de ce qu’on y cultive, de la taille du bac et de la durée de vie qu’on en attend.
Pour une petite jardinière de fleurs sur un balcon, en bois durable, un bon drainage et une couche d’huile de lin ou de saturateur sur la face intérieure suffisent souvent. Le volume de terre est faible, elle sèche vite, et la jardinière se vide facilement pour être retraitée.
Pour une jardinière de taille moyenne posée sur une terrasse, un film agrafé sur les parois et un fond drainant constituent le minimum. La terre y reste humide plus longtemps, et la vider chaque année devient vite une corvée : autant la protéger correctement dès le départ.
Pour un grand bac ou un potager surélevé, la membrane à excroissances s’impose. Le volume de terre est important, il ne sera presque jamais vidé, et le bois doit tenir de nombreuses saisons sans intervention. Le surcoût de la membrane est faible au regard du prix du bois et du travail de construction.
Pour un bac destiné aux légumes ou aux aromatiques, quelle que soit sa taille, on écarte tout produit de traitement côté terre et l’on mise sur la séparation physique : membrane ou film, plus drainage. Si l’on veut tout de même traiter le bois, on choisit une huile végétale ou un saturateur sans biocide.
Enfin, pour une jardinière en bois peu durable, en palettes par exemple, la protection intérieure fait l’essentiel de sa durée de vie. Sans film, elle tiendra peu de temps ; avec une membrane et un bon drainage, elle durera nettement plus longtemps.
Ce qu’on ne met jamais au contact de la terre
Certains conseils circulent encore, hérités de pratiques anciennes, et ils sont à proscrire, surtout pour une jardinière qui accueille des légumes ou des aromatiques.
- L’huile de vidange, souvent citée comme protection économique, contient des hydrocarbures et des métaux lourds qui passent dans la terre. C’est un déchet dangereux, qu’il est interdit de rejeter dans la nature.
- La créosote et les vieilles traverses de chemin de fer qui en sont imprégnées n’ont pas leur place dans un jardin, encore moins dans un potager.
- Le carbonyle et les anciens produits de traitement à base de goudron sont à écarter pour les mêmes raisons.
- Les produits de traitement du bois contenant des insecticides ou des fongicides ne doivent pas être appliqués côté terre d’un bac destiné aux cultures.
- Le goudron de bitume, parfois badigeonné sur les faces intérieures, se dégrade et libère des composés indésirables dans la terre.
La logique est simple : tout ce qui est appliqué côté terre finit, tôt ou tard, dans la terre, puis dans les plantes. Pour une jardinière de fleurs posée sur un balcon, le risque est moindre, mais les alternatives sûres sont si simples qu’il n’y a aucune raison de prendre ce risque.
Une bande bitumineuse, en revanche, a un usage légitime ailleurs : sur le dessus des lambourdes d’une terrasse, côté bois et loin de toute culture. Pour comprendre ce cas, voyez notre article sur la bande bitumineuse posée sur des lambourdes.
Le drainage, la moitié de la protection
On parle beaucoup des films et des produits, et l’on oublie la protection la plus efficace : laisser partir l’eau. Une jardinière bien drainée, même sans film, vit souvent plus longtemps qu’une jardinière filmée où l’eau stagne.
Le fond doit d’abord laisser passer l’eau. Un fond en lattes espacées, ou percé de trous nombreux, évite toute accumulation. Sur ce fond, une couche drainante de billes d’argile, de graviers ou de tessons de pots facilite l’écoulement. Un géotextile posé par-dessus empêche la terre de descendre et de colmater le drainage.
La jardinière elle-même doit être décollée du sol. Posée à plat sur une terrasse, un balcon ou la terre, elle ne peut pas s’égoutter, et son fond reste mouillé. Des pieds, des tasseaux ou de simples cales laissent l’air circuler dessous et l’eau s’échapper.
Enfin, l’arrosage compte. Une jardinière arrosée tous les jours en petite quantité garde une terre constamment humide contre le bois. Un arrosage plus copieux mais plus espacé, adapté aux plantes, laisse la terre et le bois respirer entre deux apports. Un paillage limite l’évaporation et réduit les besoins en eau.
Protéger une jardinière déjà plantée
Beaucoup de lecteurs se posent la question trop tard : la jardinière est déjà pleine et plantée. Que faire sans tout vider ?
Quelques gestes sont possibles sans dépoter. On peut améliorer le drainage en surélevant la jardinière sur des cales, ce qui ne demande que de la soulever avec de l’aide. On peut dégager les trous de drainage obstrués par le dessous. On peut traiter la face extérieure et les arêtes supérieures, pour limiter l’eau qui entre par le haut et par les bois de bout. On peut aussi espacer les arrosages.
Mais protéger réellement l’intérieur suppose de vider la jardinière. Le meilleur moment est la fin de saison, à l’automne, après les dernières récoltes ou la fin de la floraison, ou au tout début du printemps, avant les plantations. On vide la terre, on laisse sécher le bois quelques jours, on vérifie son état, on remplace les planches trop abîmées, puis on pose le film ou la membrane et on remplit à nouveau.
C’est aussi l’occasion d’inspecter les angles et le fond. Un bois qui s’enfonce sous la pointe d’un tournevis est attaqué en profondeur : aucune protection ne le sauvera, il faut le remplacer. Un bois simplement noirci mais dur peut encore servir de longues années une fois protégé. D’autres conseils pour les ouvrages de jardin sont réunis dans nos conseils pour le jardin en bois.
Questions fréquentes
Quelle bâche mettre à l’intérieur d’une jardinière en bois ?
Une membrane à excroissances est la meilleure solution, car elle laisse une lame d’air qui permet au bois de sécher. Une membrane EPDM est très résistante. Un film de polyéthylène épais convient pour un petit budget. Dans tous les cas, on l’agrafe en haut des parois et on ne couvre jamais le fond.
Que mettre au fond d’une jardinière en bois ?
Une couche drainante de billes d’argile ou de graviers, recouverte d’un géotextile qui empêche la terre de descendre. Le fond lui-même doit laisser passer l’eau, par des lattes espacées ou des trous. Jamais de film étanche au fond, sinon l’eau stagne et fait pourrir le bois et les racines.
Peut-on mettre de l’huile de vidange pour protéger une jardinière ?
Non. L’huile de vidange contient des hydrocarbures et des métaux lourds qui passent dans la terre et dans les plantes. C’est un déchet dangereux, qu’il est interdit de rejeter dans le sol. On lui préfère une huile de lin, un saturateur sans biocide ou, mieux encore, une membrane qui sépare le bois de la terre.
Comment protéger un pot ou un bac en bois pour un potager ?
En combinant trois protections sans risque pour les cultures : une membrane à excroissances ou un film sur les parois, un fond drainant, et un bac décollé du sol. Si l’on traite le bois, on choisit une huile végétale ou un saturateur sans fongicide ni insecticide côté terre.
