Au moment de commander le bois d’une terrasse, le vendeur propose souvent un rouleau de bande à poser sur les lambourdes. Bitumineuse, butyle, EPDM : les noms varient, le prix aussi, et l’accessoire paraît facultatif. Beaucoup de propriétaires s’en passent, d’autres la posent sans trop savoir pourquoi. Chez Ouest Wood Habitat, on a démonté assez de terrasses pour voir où elles meurent vraiment. Ce n’est presque jamais par leurs lames. C’est par un endroit que personne ne regarde, et que cette bande est justement censée protéger.
La lambourde meurt par le dessus
Une terrasse bois se compose de deux étages. Les lames, en surface, qu’on voit, qu’on huile, dont on surveille l’aspect. Et les lambourdes, en dessous, qui portent les lames et qu’on ne voit plus une fois la terrasse posée. Ce sont elles qui décident de la durée de l’ensemble.
Regardez ce qui se passe à chaque pluie. L’eau tombe sur les lames, ruisselle, s’écoule en partie par les joints entre elles. Une partie de cette eau atteint la face supérieure des lambourdes, exactement là où les lames reposent dessus. Et là, elle se trouve piégée. Coincée entre la lambourde et la lame, à l’abri du soleil et du vent, elle ne sèche presque jamais.
Cette zone de contact est la plus exposée de toute la terrasse. L’eau y stagne, le bois y reste humide en permanence, et les trous de vis qui traversent la lame pour se planter dans la lambourde ouvrent autant de chemins à l’eau vers le cœur du bois. C’est là que la pourriture commence. La lambourde pourrit là où la lame la cache.
Le plus traître, c’est que ce désordre ne se voit pas. Les lames restent belles, la terrasse paraît saine. Puis un jour, une lame s’affaisse sous le pied, une vis tourne dans le vide, une zone devient molle. On soulève la lame, et on découvre une lambourde pourrie sur toute sa face supérieure, alors que ses côtés et son dessous sont encore sains.
Ce schéma est particulièrement fréquent avec des lambourdes en résineux, moins durables naturellement que les bois denses. Mais il touche toutes les terrasses où l’eau peut stagner sur le dessus de la structure. C’est lui qui fixe, bien souvent, la durée réelle d’une terrasse, bien avant l’usure des lames.
Protéger le dessus des lambourdes, c’est donc protéger la partie la plus vulnérable et la plus cachée de la terrasse. C’est précisément le rôle de la bande.
Ce que fait la bande, concrètement
La bande de protection se pose sur la face supérieure de chaque lambourde, avant la pose des lames. Elle forme une peau étanche entre la lambourde et l’eau qui arrive d’en haut.
Son premier rôle est de couvrir le dessus de la lambourde. L’eau qui passe entre les lames ne touche plus le bois : elle tombe sur la bande. Au lieu d’être absorbée par la fibre et d’y stagner, elle ruisselle sur la surface lisse de la bande et s’écoule sur les côtés de la lambourde, où elle peut sécher.
Son deuxième rôle, moins connu, concerne les trous de vis. Quand une vis traverse la bande pour se planter dans la lambourde, le matériau de la bande se resserre autour de la tige et forme une sorte de joint. L’eau qui descend le long de la vis est en grande partie arrêtée à ce niveau. Le trou de vis, qui était une porte d’entrée pour l’eau vers le cœur du bois, se trouve protégé.
Son troisième rôle tient à la séparation entre la lame et la lambourde. En évitant le contact direct bois contre bois, la bande limite la zone où l’eau reste coincée entre les deux pièces. Le bois de la lambourde sèche mieux.
Il faut être clair sur ce que la bande ne fait pas. Elle ne rattrape pas un bois de structure mal choisi : une lambourde inadaptée à l’extérieur, posée au contact du sol, pourrira quand même, bande ou pas. Elle ne remplace pas la ventilation : une terrasse sans circulation d’air sous les lames reste humide dans son ensemble, et la bande ne protège que le dessus des lambourdes. Elle ne compense pas une terrasse posée trop près du sol, sans pente ni écoulement.
La bande est une protection complémentaire. Elle prolonge la vie d’une terrasse bien conçue. Elle ne sauve pas une terrasse mal conçue.
La bande protège aussi, indirectement, le confort de la terrasse. Une lambourde dont le dessus reste sain garde toute sa capacité à tenir les vis. Les lames restent fermement fixées, ne bougent pas et ne grincent pas. À l’inverse, une lambourde qui commence à pourrir par le haut laisse les vis prendre du jeu, et les premiers grincements apparaissent souvent bien avant que la pourriture ne se voie. Un bruit sous le pied est parfois le premier signe d’un dessus de lambourde attaqué.
Bitumineuse ou adhésive : deux produits, un rôle
Plusieurs familles de bandes coexistent dans le commerce. Elles partagent le même rôle, mais leur pose et leur comportement diffèrent.
La bande bitumineuse, d’abord, est la plus répandue. Elle se compose d’une masse bitumineuse, souvent autocollante à froid, protégée en surface par un film ou un revêtement. Elle adhère bien au bois propre et sec, se resserre correctement autour des vis et offre une bonne étanchéité. Son point faible est la chaleur : le bitume peut se ramollir sous un fort soleil, et il supporte mal une exposition directe prolongée. Sous les lames, à l’abri, ce défaut compte peu, à condition que la bande soit entièrement couverte.
La bande butyle, ensuite, utilise un caoutchouc synthétique très adhésif et très souple. Elle colle fortement, épouse bien les irrégularités du bois et se referme efficacement autour des vis. Elle se comporte mieux que le bitume face aux variations de température. Elle demande, comme les autres, un support propre et sec pour adhérer.
La bande EPDM, enfin, est une membrane en caoutchouc synthétique, souvent plus épaisse, qui se pose parfois sans colle, simplement agrafée ou maintenue par les lames. Elle résiste très bien au vieillissement, aux ultraviolets et aux écarts de température. Sa tenue autour des vis dépend de son épaisseur et de sa souplesse. Non collée, elle laisse moins de risque de piéger l’eau par un décollement partiel, mais elle doit être bien maintenue pour ne pas se déplacer.
Pour choisir, trois critères suffisent. La facilité de pose, qui favorise les bandes autocollantes pour un particulier. Le comportement au soleil, si des parties de bande risquent de rester exposées. Et la tenue autour des vis, qui est le cœur de la protection. Une bande de qualité, de largeur adaptée, bien posée, vaut mieux qu’un produit haut de gamme posé à la hâte.
La poser sans piéger l’eau
Une bande mal posée peut faire pire que pas de bande du tout. Au lieu de chasser l’eau, elle la retient. Tout se joue dans quelques détails.
La lambourde doit d’abord être propre et sèche. Sur un bois humide, poussiéreux ou couvert de sciure, une bande autocollante adhère mal. Elle se décolle par endroits, et l’eau s’infiltre sous elle. Or une eau piégée entre la bande et le bois ne sèche plus du tout, puisque la bande l’empêche de s’évaporer. Le remède devient alors la cause de la pourriture. Posez la bande par temps sec, sur une lambourde que vous venez de brosser.
La largeur compte ensuite. La bande doit être un peu plus large que la face supérieure de la lambourde, pour déborder de chaque côté. Ce débord est rabattu sur les flancs de la lambourde. Ainsi, l’eau qui ruisselle sur la bande est conduite jusqu’aux côtés, loin de la zone de contact, et elle ne peut pas contourner la bande pour atteindre le dessus du bois par les bords. Une bande trop étroite, qui s’arrête juste au bord de la face supérieure, laisse l’eau se glisser dessous.
Les bords rabattus doivent être bien marouflés, c’est-à-dire pressés fermement contre le bois pour adhérer sur toute leur surface. Un bord qui se soulève crée une petite poche où l’eau entre et stagne.
Les jonctions, enfin, demandent de l’attention. Quand deux longueurs de bande se rejoignent sur une même lambourde, ou quand deux lambourdes se raboutent, on fait se chevaucher les bandes dans le sens de l’écoulement de l’eau, comme des tuiles, pour que l’eau passe par-dessus la jonction sans s’y infiltrer. Aux extrémités des lambourdes, on rabat la bande sur le bout pour protéger le bois de bout, particulièrement vulnérable.
Une fois posée, la bande doit être entièrement recouverte par les lames ou protégée du soleil direct, surtout pour les modèles bitumineux.
Un point de vigilance concerne les lambourdes qui se croisent ou qui reposent sur une autre pièce de structure, comme une poutre porteuse ou une lambourde de rive. À chaque croisement, deux faces de bois se touchent et l’eau peut stagner entre elles. La bande se pose aussi sur ces zones d’appui, pour que chaque contact bois contre bois soit protégé. C’est souvent là, au croisement, que la pourriture s’installe en premier.
Pensez enfin aux lambourdes de rive et aux bords de la terrasse, plus exposés à la pluie battante et aux éclaboussures. Leur face extérieure, visible, reçoit souvent un habillage. Vérifiez que cet habillage ne crée pas une nouvelle poche d’eau contre la lambourde.
Quand elle devient indispensable
Sur certaines terrasses, la bande reste un plus appréciable. Sur d’autres, on ne s’en passe pas.
Les lambourdes en résineux, d’abord. Pin, sapin, épicéa traités pour l’extérieur sont courants en structure de terrasse, pour leur prix et leur disponibilité. Mais leur durabilité naturelle reste inférieure à celle des bois denses, et le traitement ne pénètre pas toujours au cœur. Le dessus de ces lambourdes, là où l’eau stagne, est le premier à souffrir. Protéger des lambourdes de terrasse bois en résineux avec une bande fait partie des précautions de base.
Les terrasses peu ventilées, ensuite. Une terrasse fermée sur ses côtés, posée entre des murets, ou dont le dessous est encombré par la végétation, sèche mal dans son ensemble. L’eau qui atteint les lambourdes y reste plus longtemps. La bande compense en partie cette faiblesse, même si la vraie solution reste de rétablir la ventilation.
Les terrasses posées près du sol, avec une faible garde au sol, cumulent l’humidité remontante et le manque d’air. La structure y est constamment humide. La bande devient une protection indispensable, en complément d’un bois de structure adapté.
Le climat, enfin. Dans l’Ouest, les pluies fréquentes et les longues périodes humides laissent peu de temps au bois pour sécher entre deux averses. Sur une terrasse exposée à ce climat, l’eau revient sur le dessus des lambourdes avant même qu’il ait séché. Chez nous, la bande n’est pas un luxe. C’est une assurance.
Sur une terrasse existante
Si votre terrasse est déjà posée sans bande, rien n’est perdu. Mais il faut regarder avant d’agir.
La première étape consiste à inspecter les lambourdes. Déposez quelques lames, en choisissant des zones variées : près de la maison, dans les coins les moins ensoleillés, là où l’eau semble stagner. Examinez le dessus des lambourdes. Enfoncez la pointe d’un tournevis dans le bois. S’il résiste comme ailleurs, la lambourde est saine. S’il s’enfonce, si le bois s’effrite ou noircit, la pourriture a commencé.
Si les lambourdes sont saines, c’est le moment de poser une bande. On dépose les lames zone par zone, on nettoie et on laisse sécher le dessus des lambourdes, on pose la bande avec ses débords rabattus, puis on repose les lames, en décalant légèrement les vis pour qu’elles prennent dans du bois neuf. C’est un travail conséquent sur une grande terrasse, mais il peut prolonger nettement sa durée.
Si le dessus est déjà attaqué, la bande ne suffit plus. Une lambourde dont la face supérieure est ramollie ne tient plus correctement les vis, et la pourriture continuera sous la bande. Il faut remplacer les lambourdes touchées, ou au minimum les doubler par une lambourde saine, avant de protéger l’ensemble. Profitez-en pour vérifier l’assise de la structure et la ventilation du dessous.
Pour tout ce qui touche à la conception et à la réfection de la structure, voyez notre article sur la structure d’une terrasse sur plots, et nos autres conseils dans nos pages consacrées à l’aménagement extérieur.
Questions fréquentes
La bande est-elle obligatoire ?
Elle n’est pas imposée partout, mais de nombreux guides de pose et fabricants la recommandent, surtout avec des lambourdes en résineux. Elle protège la partie la plus vulnérable de la terrasse pour un coût modeste. Sur une terrasse humide ou peu ventilée, s’en passer revient à accepter une durée de vie plus courte.
Peut-on la poser sur des lambourdes en bois exotique ?
Oui. Les bois exotiques denses sont naturellement plus durables, et la bande y est moins indispensable. Elle reste utile pour protéger les trous de vis et limiter l’eau stagnante. Vérifiez seulement que la bande adhère bien sur ces bois parfois gras ou huileux, en dégraissant la surface si nécessaire.
Supporte-t-elle les vis ?
C’est même l’un de ses rôles. La vis traverse la bande, qui se resserre autour de la tige et limite l’entrée d’eau dans le trou. Pour que cet effet joue, la bande doit être bien collée ou bien maintenue, et la vis vissée droite, sans arracher la bande autour d’elle.
Combien de temps dure-t-elle ?
Tant qu’elle reste à l’abri du soleil direct, sous les lames, une bande de qualité vieillit lentement et accompagne la terrasse sur une longue période. Sa durée dépend du matériau, de la qualité de la pose et de son exposition. Une bande exposée au soleil ou mal collée se dégrade beaucoup plus vite.
