Extension & agrandissement

Fenêtre en limite de propriété : ce que dit le code civil

Par Erwan Le Guen28 octobre 202613 min de lecture

Mur d'extension en bois près de la limite, avec un châssis fixe en verre dépoli

Quand on agrandit une maison sur un terrain étroit, l’extension finit souvent près de la limite de propriété, parfois dessus. Et la question arrive au moment de dessiner les ouvertures : a-t-on le droit de mettre une fenêtre sur ce mur ? La réponse ne se trouve pas dans le permis de construire, mais dans le code civil, qui encadre depuis 1804 les ouvertures donnant chez le voisin. Ses règles sont précises, anciennes et toujours appliquées par les tribunaux, qui peuvent ordonner de murer une fenêtre irrégulière. Chez Ouest Wood Habitat, nous les vérifions sur chaque projet d’extension en limite. Voici ce qu’elles disent, comment on mesure les distances, et comment éclairer une extension sans créer de vue chez le voisin.

Vue, jour : deux notions à ne pas confondre

Le code civil distingue deux types d’ouvertures, et toute la suite en dépend.

Une vue est une ouverture qui laisse passer le regard. On peut s’y pencher, voir ce qui se passe de l’autre côté, et généralement l’ouvrir. Une fenêtre ordinaire, une porte-fenêtre, une baie vitrée, mais aussi un balcon, une terrasse surélevée ou un escalier extérieur d’où l’on domine le jardin voisin sont des vues. La loi encadre les vues par des distances minimales à respecter par rapport à la limite.

Un jour, ou jour de souffrance, est une ouverture qui laisse passer la lumière mais pas le regard. Elle est fixe, ne s’ouvre pas, et son vitrage ne permet pas de voir à travers, ou se trouve placé trop haut pour qu’on puisse regarder dehors. Le code civil l’autorise même dans un mur construit sur la limite, sous conditions strictes.

La distinction n’est pas une question de vocabulaire. Une fenêtre qui s’ouvre, même équipée d’un verre dépoli, reste une vue, puisqu’il suffit de l’ouvrir pour regarder dehors. À l’inverse, un châssis fixe placé haut et vitré d’un verre qui ne laisse pas voir à travers relève du jour. En cas de litige, le juge regarde ce que l’ouverture permet réellement, pas le nom qu’on lui donne sur les plans.

Mur mitoyen : aucune ouverture sans accord

La première règle est la plus simple. L’article 675 du code civil interdit à l’un des voisins de pratiquer dans un mur mitoyen une fenêtre ou une ouverture, de quelque nature que ce soit, même à verre dormant, sans le consentement de l’autre.

Un mur mitoyen appartient aux deux voisins à la fois : chacun est propriétaire de sa moitié, et la ligne séparative passe en son milieu. Ni jour, ni vue, ni pavé de verre, ni petit châssis de ventilation ne peuvent y être percés sans accord. Si l’extension s’appuie sur un mur mitoyen existant, ce mur restera donc aveugle, sauf accord écrit du voisin.

Savoir si un mur est mitoyen n’est pas toujours évident. Les titres de propriété le précisent parfois. Sinon, le code civil prévoit des présomptions, et certains signes de construction, comme la forme du chaperon au sommet du mur, peuvent indiquer à qui il appartient. Dans le doute, mieux vaut considérer le mur comme mitoyen et ne rien y percer sans avoir clarifié la situation.

Une extension neuve construite en limite a en revanche son propre mur, privatif, bâti entièrement sur votre terrain. C’est dans ce mur que les règles qui suivent s’appliquent.

Le jour de souffrance dans un mur en limite

Le propriétaire d’un mur non mitoyen qui joint immédiatement le terrain voisin, c’est-à-dire un mur construit exactement en limite, peut y percer des jours. L’article 676 du code civil les autorise, à condition qu’ils soient à fer maillé et à verre dormant.

Le verre dormant est un vitrage fixe, qui ne s’ouvre pas. Le fer maillé est un treillis métallique dont les mailles ne doivent pas dépasser un décimètre d’ouverture. Ces deux conditions, héritées d’une époque où le vitrage était fragile, visent à empêcher qu’on passe la tête ou qu’on jette quoi que ce soit chez le voisin.

L’article 677 ajoute une condition de hauteur. Le bas de l’ouverture doit se trouver à au moins 2,60 m au-dessus du plancher de la pièce éclairée si elle est au rez-de-chaussée, et à au moins 1,90 m au-dessus du plancher pour les étages. Le but est qu’un occupant debout ne puisse pas regarder dehors.

Pour une extension de plain-pied, cela signifie que le jour de souffrance se place très haut, près du plafond. Il faut donc une hauteur sous plafond suffisante pour l’installer, ce qui n’est pas le cas de toutes les extensions. Sur une extension à toit monopente, c’est souvent le mur du côté haut qui permet de loger un jour, et rarement le mur du côté bas.

Le jour de souffrance a une particularité juridique importante : il est toléré, mais il ne crée aucun droit. Le voisin peut à tout moment construire contre votre mur, s’il en a le droit au regard de l’urbanisme, et obturer ainsi votre jour. Il ne faut donc jamais compter sur un jour de souffrance comme seule source de lumière d’une pièce.

Vue droite et vue oblique : les distances

Si l’on veut une véritable fenêtre, ouvrante et transparente, il faut respecter des distances par rapport à la limite. Le code civil en fixe deux, selon l’orientation de la vue.

Une vue droite est une ouverture qui donne directement sur le terrain voisin, face à lui : on voit chez le voisin sans tourner la tête. L’article 678 impose une distance d’au moins 1,90 m entre le mur où se trouve l’ouverture et la limite de propriété. Cette règle s’applique aussi aux balcons, terrasses et autres saillies d’où l’on a une vue droite.

Une vue oblique, ou vue par côté, est une ouverture d’où l’on ne voit le terrain voisin qu’en se penchant ou en tournant la tête. C’est typiquement le cas d’une fenêtre percée dans un mur perpendiculaire à la limite. L’article 679 impose alors une distance d’au moins 0,60 m.

L’article 680 précise comment mesurer. La distance se compte depuis le parement extérieur du mur où se trouve l’ouverture, ou depuis la ligne extérieure du balcon ou de la saillie s’il y en a une, jusqu’à la ligne séparative des deux propriétés. Pour une vue oblique, on mesure depuis le bord le plus proche de l’ouverture jusqu’à la limite.

Quelques situations appellent une vigilance particulière :

  • une terrasse surélevée accolée à l’extension crée une vue droite si elle domine le jardin voisin ;
  • une baie vitrée d’angle peut créer à la fois une vue droite et une vue oblique ;
  • une fenêtre de toit peut être considérée comme une vue si elle permet de regarder chez le voisin ;
  • un escalier extérieur ou une coursive peut constituer une vue au même titre qu’un balcon.

Ces distances ne s’appliquent pas aux ouvertures qui donnent sur la voie publique, ni lorsque le terrain voisin est déjà grevé d’une servitude de passage qui interdit d’y construire.

Code civil et urbanisme : deux règles qui s’additionnent

Une confusion fréquente consiste à croire qu’un permis de construire accordé règle la question des fenêtres. Ce n’est pas le cas.

Le plan local d’urbanisme fixe les règles d’implantation de la construction : à quelle distance des limites séparatives elle peut être construite, à quelle hauteur, avec quelle emprise. Il peut aussi imposer qu’un mur en limite soit aveugle, ou fixer des distances plus contraignantes pour les façades percées. La mairie vérifie ces règles d’urbanisme lors de l’instruction.

Le code civil, lui, règle les rapports entre voisins. La mairie ne le vérifie pas : les autorisations d’urbanisme sont délivrées sous réserve du droit des tiers. Un permis peut donc être parfaitement valable et autoriser une extension dont une fenêtre viole les distances du code civil. Le voisin pourra alors saisir le juge pour obtenir la suppression de la fenêtre, même après la fin des travaux.

Les deux règles s’additionnent : il faut respecter la plus contraignante des deux. C’est au moment du dessin des plans, pas après le dépôt du dossier, qu’il faut placer les ouvertures en conséquence.

Les solutions pour éclairer une extension en limite

Une extension en limite n’est pas condamnée à l’obscurité. Plusieurs solutions laissent entrer la lumière sans créer de vue.

La plus efficace consiste à reporter les grandes ouvertures sur les autres façades : celle qui donne sur votre jardin, celle qui est perpendiculaire à la limite si la distance de la vue oblique est respectée. Une extension en limite tourne naturellement le dos au voisin et s’ouvre sur votre terrain. Pour la pose d’une grande baie dans ce type d’extension, voyez notre article pour poser une baie vitrée dans une extension.

La lumière zénithale est la deuxième grande solution. Un puits de lumière ou un lanterneau sur un toit plat, un châssis de toit placé de façon à ne pas permettre de regarder chez le voisin, éclairent fortement une pièce sans aucune vue sur la limite. C’est souvent la meilleure lumière pour une pièce profonde.

Sur le mur en limite lui-même, le jour de souffrance reste possible, placé haut et à verre dormant, dans les conditions des articles 676 et 677. Des pavés de verre, fixes et translucides, sont parfois utilisés dans le même esprit, mais leur statut dépend de leur hauteur et de leur transparence : il vaut mieux les placer aux mêmes hauteurs qu’un jour de souffrance.

Enfin, un bandeau vitré fixe placé en haut du mur, juste sous la toiture, donne une lumière agréable et ne permet pas de regarder dehors, à condition qu’il respecte la hauteur imposée.

Vérifier ses plans avant de déposer le dossier

La plupart des litiges sur les vues naissent d’un plan dessiné trop vite. Une vérification méthodique, façade par façade, avant le dépôt de la déclaration ou du permis, évite presque tous les problèmes.

On commence par reporter la limite de propriété exacte sur le plan de masse. Pas la clôture, pas la haie : la limite, telle qu’elle figure au bornage ou sur le plan cadastral, en sachant que le cadastre n’a qu’une valeur indicative. Si la limite est incertaine, un bornage la fixe avant de dessiner quoi que ce soit.

On mesure ensuite, pour chaque ouverture prévue, la distance entre le parement extérieur du mur et la limite. On se demande si l’ouverture donne face au terrain voisin ou de biais, et l’on compare à la distance de la vue droite ou de la vue oblique. On fait de même pour chaque terrasse, balcon ou escalier extérieur, en mesurant depuis son bord.

On vérifie enfin les ouvertures du mur en limite lui-même : sont-elles fixes, non transparentes, placées assez haut au regard de la hauteur sous plafond de la pièce ? Sur une extension en bois, l’ossature se dessine en conséquence, avec un linteau et des montants prévus à la bonne hauteur dès la fabrication des murs.

Une fois ces points vérifiés, il est souvent utile de montrer les plans au voisin avant le dépôt. Un voisin informé conteste rarement ; un voisin qui découvre une fenêtre en même temps que le panneau d’affichage du chantier, beaucoup plus souvent.

Servitude de vue et conflit avec le voisin

Les distances du code civil ne sont pas absolues : on peut y déroger avec l’accord du voisin. Cet accord prend la forme d’une servitude de vue, établie par acte notarié et publiée au service de la publicité foncière. Elle autorise une ouverture qui ne respecte pas les distances, et elle s’impose aux propriétaires successifs des deux terrains. Un simple accord verbal ou une lettre ne suffit pas : il ne lie pas l’acquéreur suivant.

Une vue irrégulière peut aussi être acquise par prescription. Si elle existe sans contestation depuis trente ans, elle devient en principe un droit. Cette règle ne vaut pas pour un jour de souffrance, qui reste une simple tolérance quelle que soit son ancienneté.

En cas de conflit, la voie raisonnable commence par le dialogue : un voisin qui découvre une fenêtre sur ses plans est souvent rassuré par un verre translucide, un brise-vue ou un déplacement de l’ouverture. À défaut, un conciliateur de justice peut être saisi gratuitement. Le tribunal reste le dernier recours, et il peut ordonner la suppression d’une ouverture irrégulière. Nos autres sujets d’urbanisme et de conception sont rassemblés dans les dossiers extension et agrandissement.

Questions fréquentes

Peut-on mettre une fenêtre sur un mur en limite de propriété ?

Pas une fenêtre ordinaire. Sur un mur construit en limite, seul un jour de souffrance est autorisé : un vitrage fixe et non transparent, à fer maillé, placé à au moins 2,60 m du plancher au rez-de-chaussée et à 1,90 m aux étages. Dans un mur mitoyen, aucune ouverture n’est possible sans l’accord du voisin.

Quelle distance entre une fenêtre et la limite de propriété ?

Au moins 1,90 m pour une vue droite, qui donne directement sur le terrain voisin, et au moins 0,60 m pour une vue oblique, qu’on ne voit qu’en tournant la tête. La distance se mesure depuis le parement extérieur du mur, ou depuis le bord extérieur d’un balcon, jusqu’à la limite.

Un verre dépoli suffit-il à rendre une fenêtre légale ?

Non, si la fenêtre s’ouvre : il suffit de l’ouvrir pour avoir une vue. Pour être considérée comme un jour, l’ouverture doit être fixe, non transparente, et respecter les hauteurs du code civil. Le juge apprécie ce que l’ouverture permet réellement de voir.

Mon permis de construire autorise une fenêtre, mon voisin peut-il la contester ?

Oui. Les autorisations d’urbanisme sont délivrées sous réserve du droit des tiers, et la mairie ne contrôle pas les distances du code civil. Si la fenêtre ne les respecte pas, le voisin peut demander au juge sa suppression, même une fois les travaux terminés.