Bardage & enveloppe

Angle de bardage bois : onglet, cornière ou planches d’angle

Par Erwan Le Guen9 octobre 202612 min de lecture

Angle sortant d'un bardage bois fini par des planches d'angle

Sur une façade bardée, les lames courent sagement le long du mur jusqu’au moment où elles arrivent au coin de la maison. Là, il faut choisir. Couper les lames en onglet pour qu’elles se rejoignent sans joint visible ? Poser deux planches verticales qui encadrent le coin ? Glisser une cornière métallique ? L’angle est souvent traité en dernier, avec ce qui reste de temps et de bois, alors que c’est la partie la plus exposée de tout le bardage. Chez Ouest Wood Habitat, on voit régulièrement des façades saines sur toute leur surface et abîmées sur leurs angles. Le choix de la finition, et sa mise en œuvre, font toute la différence entre un angle qui tient de longues années et un angle qui s’ouvre au premier hiver.

L’angle, la partie la plus exposée

Un angle de maison concentre toutes les agressions que subit une façade, et il les subit plus fort que le reste du mur.

Le vent d’abord. En contournant la maison, il s’accélère au niveau des angles. La pluie qu’il porte frappe les coins de plein fouet, souvent à l’horizontale, et elle s’y infiltre plus facilement qu’au milieu d’un pan de mur.

Les chocs ensuite. Un angle de maison est l’endroit qu’on frôle avec une brouette, qu’on heurte avec une échelle, contre lequel on pose un vélo. Le bois y est exposé à des coups que le reste du bardage ne connaît pas.

Le bois de bout enfin. C’est le point décisif. À l’angle, les lames s’arrêtent, et leur extrémité coupée se retrouve exposée. Or le bois de bout absorbe l’eau beaucoup plus vite que la face d’une lame, parce que ses fibres y sont ouvertes comme des pailles. Un angle qui laisse les bois de bout à nu leur offre une porte d’entrée directe pour l’eau.

Ces trois facteurs se cumulent. L’angle reçoit plus de pluie, plus de chocs, et il présente le bois le plus vulnérable. Toute finition d’angle doit donc répondre à une question simple : comment protéger les bois de bout de l’eau, durablement, tout en résistant aux coups ?

Les deux types d’angles, sortant et rentrant, ne posent pas exactement les mêmes problèmes. L’angle sortant, qui pointe vers l’extérieur, est le plus exposé au vent et aux chocs. L’angle rentrant, au creux de deux façades, est plus abrité, mais il concentre l’eau qui ruisselle. On les traite séparément.

La coupe d’onglet

La coupe d’onglet consiste à couper chaque lame en biais à son extrémité, pour que les lames des deux façades se rejoignent exactement à l’angle, comme les deux montants d’un cadre photo. Le résultat est très élégant : l’angle paraît continu, sans pièce rapportée, et le bardage semble envelopper la maison d’un seul tenant.

C’est malheureusement la finition la plus fragile dans le temps. Le bois bouge avec l’humidité et la température, et il bouge différemment selon le sens des fibres. Deux lames coupées en onglet et serrées l’une contre l’autre au moment de la pose finissent presque toujours par s’écarter. Un joint ouvert apparaît à l’angle, et il laisse entrer l’eau directement sur les bois de bout.

Une fois ouvert, l’onglet ne se referme pas. L’eau pénètre par le joint, mouille les bois de bout, et l’angle commence à noircir puis à se dégrader. C’est souvent le premier endroit de la façade qui pose problème.

L’onglet peut se défendre dans des conditions favorables : une façade abritée par un large débord de toit, une essence très stable, des lames bien sèches à la pose, un collage et une fixation soignés. Même alors, il demande une surveillance et un entretien plus suivis que les autres finitions.

Il faut ajouter une difficulté pratique : l’onglet exige une coupe précise sur chaque lame, à l’angle exact du coin. Or un angle de maison est rarement parfaitement droit, surtout sur une construction ancienne. Chaque lame doit alors être ajustée une à une, ce qui allonge beaucoup la pose et multiplie les risques d’imperfection visible.

Sur une façade bretonne exposée à la pluie battante, on le déconseille en général. Sa beauté initiale ne compense pas sa fragilité à l’usage.

Les planches d’angle

Les planches d’angle sont la solution traditionnelle, et souvent la plus durable. On pose verticalement, à l’angle, deux planches qui se rejoignent pour former un coin. Les lames du bardage viennent ensuite buter contre ces planches, de chaque côté.

Les deux planches d’angle se rejoignent en recouvrement : l’une recouvre le bord de l’autre. Ce recouvrement est essentiel. Il ne laisse pas de joint ouvert vers l’extérieur, contrairement à un onglet. L’eau qui frappe l’angle glisse sur la planche extérieure sans pouvoir s’infiltrer.

On place la planche qui recouvre du côté le moins exposé à la pluie dominante, ou on organise le recouvrement pour que le joint tourne le dos au vent. Ainsi, la pluie battante rencontre une surface pleine, et non un joint.

Les lames du bardage s’arrêtent contre les planches d’angle avec une coupe droite. Leur bois de bout est alors protégé : il bute contre la planche, sous l’abri de son épaisseur, au lieu d’être exposé à l’air libre. On laisse un léger jeu entre la lame et la planche, et on traite les coupes.

Les planches d’angle ont aussi un rôle esthétique. Elles encadrent la façade et soulignent les volumes de la maison. On peut les choisir de la même essence que le bardage pour un effet discret, ou les marquer par une teinte différente pour dessiner les angles.

Sur un bardage vertical, les planches d’angle se posent dans le même sens que les lames, ce qui simplifie leur intégration. Sur un bardage horizontal, elles croisent les lames et en reçoivent toutes les extrémités, ce qui en fait une protection particulièrement efficace. Dans les deux cas, on les fixe sur des tasseaux propres, solidement ancrés, et on veille à ce qu’elles ne bloquent pas la circulation de l’air derrière le bardage.

Le bas des planches d’angle demande la même attention que le pied du bardage. On le coupe en biseau, on le tient à distance du sol et on protège son bois de bout. Une planche d’angle qui pourrit en pied se remplace plus facilement qu’un angle en onglet, mais il vaut mieux qu’elle ne pourrisse pas.

Leur largeur se choisit avec soin. Des planches trop étroites protègent mal et paraissent chétives. Des planches trop larges alourdissent la façade. On cherche une proportion en accord avec la largeur des lames et la taille de la maison.

La cornière ou le profilé

La cornière est un profilé en angle, en métal ou parfois en bois, qui vient coiffer le coin de la maison. Les lames du bardage s’arrêtent sous ses ailes ou contre elle, et la cornière recouvre leurs extrémités.

La cornière métallique est la plus protectrice. Le métal ne craint pas l’eau, il ne pourrit pas, et il résiste bien aux chocs. Il recouvre entièrement les bois de bout, qui se trouvent à l’abri sous ses ailes. C’est une excellente solution pour les angles très exposés.

Son aspect est plus contemporain. Une cornière en aluminium laqué ou en acier, de la couleur des menuiseries ou contrastée, dessine une ligne nette à l’angle de la maison. Elle s’accorde particulièrement bien avec les façades modernes et les bardages à claire-voie.

La cornière doit être choisie dans un métal compatible avec l’essence du bardage. Certaines essences riches en tanins réagissent avec certains métaux et provoquent des taches noires. On privilégie l’aluminium, l’inox ou un acier correctement protégé.

Il existe aussi des profilés de finition spécifiques, conçus pour certains systèmes de bardage, qui assurent à la fois la protection de l’angle et la ventilation. Ils sont pratiques, mais ils lient le bardage à un fabricant.

Une cornière en bois, enfin, est possible : deux tasseaux assemblés en angle qui recouvrent le coin. Elle protège moins bien qu’une cornière métallique, mais elle garde l’aspect tout bois. Elle doit elle-même être bien protégée de l’eau.

L’angle rentrant

L’angle rentrant se trouve au creux de deux façades, là où la maison forme un coin vers l’intérieur. Il est moins exposé aux chocs et au vent que l’angle sortant, mais il a sa propre faiblesse : l’eau.

Au creux de l’angle, l’eau qui ruisselle sur les deux façades se rejoint. Elle descend dans le coin et s’y concentre. Si le coin est mal traité, elle s’infiltre derrière les lames et mouille le mur.

La solution la plus simple consiste à poser, au fond de l’angle, une planche ou un tasseau carré contre lequel les lames des deux façades viennent buter. Les lames s’arrêtent avec une coupe droite contre cette pièce, qui protège leurs bois de bout.

On peut aussi poser une cornière rentrante en métal, qui forme un petit caniveau au fond de l’angle. L’eau qui descend est guidée vers le bas et évacuée au pied de la façade.

L’angle rentrant est aussi un endroit où les feuilles et les débris s’accumulent, poussés par le vent au creux du coin. Au pied de l’angle, ils retiennent l’humidité contre le bas des lames. On garde ce pied dégagé, et on vérifie à chaque automne qu’aucun dépôt ne s’y est formé.

Dans tous les cas, on soigne le pare-pluie au fond de l’angle. C’est là que l’eau a le plus de chances de passer derrière le bardage. Le pare-pluie doit être continu dans le coin, sans découpe ni recouvrement inversé, pour renvoyer vers l’extérieur l’eau qui atteindrait le mur.

Les tasseaux et la lame d’air à l’angle

Ce qu’on voit d’un angle de bardage n’est que la surface. Derrière les lames, la structure de tasseaux et la lame d’air doivent elles aussi être pensées pour l’angle.

Les lames et les planches d’angle doivent être fixées sur des tasseaux. À l’angle, il faut donc prévoir des tasseaux de chaque côté, au plus près du coin, pour que les extrémités des lames et les planches d’angle aient un appui solide. Une lame dont l’extrémité ne repose sur rien se voile et se fend.

La lame d’air doit rester continue à l’angle. L’air qui circule derrière le bardage doit pouvoir passer d’une façade à l’autre, ou du moins monter librement de chaque côté du coin. Un angle entièrement fermé par des tasseaux jointifs bloque la ventilation et piège l’humidité.

Le pare-pluie, enfin, doit envelopper l’angle sans interruption. On le fait tourner autour du coin, avec un recouvrement suffisant et dans le bon sens, avant de poser les tasseaux. Un pare-pluie découpé à l’angle laisse une ligne de faiblesse sur toute la hauteur de la façade.

Ces règles sont les mêmes que pour le reste du bardage, appliquées avec plus de rigueur à l’angle. Elles sont communes à toutes les poses, y compris sur un support maçonné, comme on le voit pour la pose sur un mur en parpaing.

Le bois de bout

Revenons au point de départ, parce que tout tourne autour de lui. Le bois de bout est le talon d’Achille de tout angle de bardage, et sa protection guide le choix de la finition.

Le premier réflexe est de le cacher. Les planches d’angle et les cornières ont précisément cet avantage : elles mettent les bois de bout à l’abri, derrière une surface pleine ou sous une aile métallique. Un bois de bout caché reçoit beaucoup moins d’eau qu’un bois de bout exposé.

Le second réflexe est de le traiter. Chaque coupe faite à la pose doit recevoir un produit de protection adapté, ou la même finition que le reste du bardage s’il est huilé ou lasuré. Un bois de bout laissé brut, même caché, absorbe l’humidité qui finit toujours par l’atteindre.

Le troisième réflexe est de l’éloigner de l’eau stagnante. Une lame dont l’extrémité touche le sol, une terrasse ou une surface où l’eau s’accumule pourrit par son bois de bout en premier. On garde toujours une garde suffisante au bas des angles.

Avec ces trois précautions, cacher, traiter et éloigner, un angle de bardage peut durer aussi longtemps que le reste de la façade. D’autres conseils pour réussir et entretenir un bardage se trouvent dans les pages bardage et enveloppe du site.

Questions fréquentes

La coupe d’onglet est-elle à proscrire ?

Pas absolument, mais elle est fragile. Le bois bouge et l’onglet finit souvent par s’ouvrir, laissant entrer l’eau sur les bois de bout. Sur une façade abritée, avec une essence stable et une pose soignée, elle peut se défendre. Sur une façade exposée, les planches d’angle ou une cornière sont plus durables.

Planches d’angle ou cornière métallique ?

Les planches d’angle gardent un aspect tout bois, traditionnel, et protègent bien si leur recouvrement est bien orienté. La cornière métallique protège encore mieux les bois de bout et résiste aux chocs, avec un aspect plus contemporain. Le choix se fait selon le style de la maison et l’exposition de l’angle.

Faut-il traiter les coupes même si elles sont cachées ?

Oui. Un bois de bout caché reçoit moins d’eau, mais l’humidité finit toujours par l’atteindre, par condensation ou par infiltration. Un traitement des coupes, systématique, prolonge nettement la durée de vie de l’angle.

Comment éviter les taches noires autour d’une cornière ?

Ces taches viennent souvent d’une réaction entre les tanins de certaines essences et le métal. On choisit une cornière en aluminium, en inox ou en acier bien protégé, et des fixations en inox. Les taches existantes se nettoient, mais elles reviendront si le métal reste incompatible avec le bois.