Bardage & enveloppe

Poser un bardage bois sur un mur en parpaing : la méthode

Par Erwan Le Guen2 octobre 202613 min de lecture

Tasseaux fixés sur un mur en parpaing, premières lames de bardage posées

Un pignon en parpaing jamais enduit, un garage gris accolé à la maison, une façade dont l’enduit a vieilli : habiller ces murs de bois change l’allure d’une maison en quelques jours de chantier. L’idée est bonne. Mais la plupart des guides montrent la pose d’un bardage sur une ossature bois neuve, bien droite et bien sèche. Sur un mur existant en maçonnerie, les règles du jeu changent. Chez Ouest Wood Habitat, on le répète à chaque visite : tout se joue avant la première lame.

Un bardage sur maçonnerie est un parement ventilé

La première erreur est aussi la plus tentante. On imagine qu’on va fixer les lames directement sur le mur, ou même les coller, comme on poserait un lambris à l’intérieur. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

Un bardage bois sur un mur en parpaing fonctionne comme un parement ventilé. Le principe tient en trois éléments. Le mur reste le support. Des tasseaux, fixés sur ce mur, créent un espace entre la maçonnerie et le bois. Les lames se fixent sur ces tasseaux, écartées du mur par l’épaisseur de ce vide. On ne plaque pas du bois sur un mur, on l’en écarte.

Cet espace, c’est la lame d’air. Elle est ouverte en bas et en haut du bardage, pour que l’air y circule de façon naturelle : il entre en pied de façade, monte le long du mur et ressort sous le débord de toit. En passant, il sèche la face arrière des lames après chaque pluie, et il évacue l’humidité que le mur pourrait dégager.

Sans lame d’air, le bois collé contre la maçonnerie reste humide sur sa face arrière. Le parpaing, matériau poreux, retient l’eau et la restitue lentement. La lame sèche au soleil devant et reste mouillée derrière. Elle se déforme, noircit, puis pourrit, souvent en quelques saisons. Et le mur lui-même, emprisonné derrière le bois, ne sèche plus.

Avec une lame d’air, les deux matériaux vivent chacun de leur côté. Le mur respire, le bois sèche, l’eau qui passe entre deux lames ruisselle et s’évacue par le bas. C’est cette ventilation, et elle seule, qui fait durer un bardage de rénovation.

Tout le reste du chantier découle de ce principe. Préparer le mur pour qu’il puisse porter des tasseaux. Fixer ces tasseaux solidement et bien droits. Traiter les points où la lame d’air s’interrompt. Et vérifier, avant tout, que l’on a le droit de changer l’aspect de la façade.

Préparer le mur : état, humidité, planéité

Un mur neuf en ossature bois arrive droit, sec et sain. Un mur existant en maçonnerie arrive avec son histoire. Il faut la lire avant de le couvrir.

Commencez par l’état de surface. Sur une façade enduite, tapotez l’enduit avec le manche d’un marteau, sur toute la surface à habiller. Un son plein signale un enduit adhérent. Un son creux trahit un enduit décollé du mur. Un bardage bois sur façade enduite est possible, mais seulement si l’enduit tient : les chevilles des tasseaux doivent traverser l’enduit et s’ancrer dans la maçonnerie, et un enduit qui se décolle en plaques ne doit pas rester prisonnier derrière le bois. Les zones creuses se piquent et se reprennent avant la pose.

Regardez ensuite les fissures. Une fissure fine de retrait dans l’enduit n’empêche rien. Une fissure qui traverse la maçonnerie, qui s’élargit ou qui suit un mouvement du bâtiment doit être comprise et traitée avant d’être masquée. Une fois le bardage posé, elle ne se surveille plus.

L’humidité est le point le plus important. Un mur qui présente des traces de remontées capillaires en pied, des salpêtres, des taches d’humidité qui ne sèchent pas, a un problème qu’un bardage ne résoudra pas. Au contraire, le bois posé devant risque d’en souffrir. Il faut en chercher la cause, gouttière qui déborde, terrain qui draine vers le mur, remontées du sol, et la traiter. Un mur qui ne sèche pas condamne le bardage.

La planéité, enfin. Un mur en parpaing n’est jamais parfaitement droit. Il peut présenter un faux aplomb, pencher légèrement vers l’extérieur ou l’intérieur, ou avoir des bosses et des creux. Sur un bardage, ces défauts se voient : une lame posée sur un mur qui ondule ondule elle aussi, et la lumière rasante le révèle cruellement. Passez une grande règle ou un cordeau dans plusieurs directions et notez les écarts. Ce relevé servira à caler les tasseaux.

Un mur préparé, c’est un mur sain, sec, dont l’enduit tient et dont on connaît les défauts de planéité. Tout ce qui suit repose sur lui.

Les tasseaux et leur fixation dans le parpaing

Les tasseaux sont l’ossature secondaire du bardage. Ils portent les lames, créent la lame d’air et rattrapent les défauts du mur. Leur pose demande plus de soin que celle des lames elles-mêmes.

La fixation dans le parpaing est la première difficulté. Le parpaing courant est un bloc creux : ses parois sont fines et il contient des alvéoles vides. Une cheville ordinaire, conçue pour un matériau plein, tourne dans le vide ou éclate la paroi, et elle ne tient rien. Il faut une cheville adaptée au parpaing creux, qui se déploie ou se noue derrière la paroi percée, ou une fixation chimique avec tamis qui remplit l’alvéole autour de la tige. Pour chaque cheville, percez sans percussion excessive, pour ne pas faire éclater la paroi du bloc.

Le positionnement compte aussi. Un parpaing présente des zones pleines, au niveau des joints et des parois, et des zones creuses. Une cheville placée dans un joint de mortier friable ou au bord d’un bloc tient moins bien. On répartit les fixations sur toute la hauteur du tasseau, régulièrement, pour que chacune ne porte qu’une part modeste de l’effort.

Le calage, ensuite, sert à rattraper le faux aplomb et les irrégularités relevés lors de la préparation. On interpose des cales, en matériau imputrescible, entre le mur et le tasseau aux endroits où le mur est en creux, jusqu’à ce que la face avant de tous les tasseaux soit dans un même plan vertical. On contrôle à la règle et au niveau, tasseau après tasseau. C’est un travail lent. Il décide pourtant de l’aspect final de la façade.

Le sens des tasseaux dépend du sens des lames. Pour des lames posées à l’horizontale, les tasseaux sont verticaux, et l’air circule librement de bas en haut entre eux. Pour des lames posées à la verticale, les tasseaux doivent être horizontaux pour porter les lames, mais ils bloqueraient alors la montée de l’air. On pose donc une double rangée : des tasseaux verticaux contre le mur, qui gardent la lame d’air ouverte, puis des tasseaux horizontaux par-dessus, sur lesquels on fixe les lames. Cette double ossature est souvent oubliée sur les bardages verticaux, et c’est elle qui leur manque quand ils pourrissent.

Pour les tasseaux eux-mêmes, choisissez un bois adapté à l’extérieur, traité ou naturellement durable, et fixez-les avec des fixations qui ne rouillent pas.

Un dernier contrôle vaut la peine avant de poser la première lame : reculez et regardez l’ensemble des tasseaux en lumière rasante, tôt le matin ou en fin de journée. Un tasseau qui sort du plan, même légèrement, se repère alors d’un coup d’œil. Le corriger à ce stade prend quelques minutes. Le corriger une fois les lames posées oblige à tout redéposer sur la zone.

Isoler en même temps ou non

Au moment de poser un bardage sur un mur existant, la question vient toujours : pourquoi ne pas en profiter pour isoler la façade par l’extérieur ? L’idée est sensée. Elle change pourtant complètement la nature du chantier.

Poser un simple parement ventilé, c’est habiller un mur. Isoler par l’extérieur, c’est ajouter une couche d’isolant, maintenue par une ossature plus épaisse, protégée par un pare-pluie, et habillée ensuite par le bardage. L’épaisseur totale augmente nettement. Les tableaux de fenêtres s’approfondissent, les appuis doivent être prolongés, le débord de toit peut devenir trop court pour protéger le haut du mur. Les points singuliers se multiplient et se compliquent.

Ce chantier relève d’une étude à part entière, qui tient compte de l’isolant, de sa protection contre l’eau et le vent, de la gestion de la vapeur dans le mur, et souvent d’aides financières soumises à conditions. Ce n’est pas le sujet de cet article, qui traite du parement. Si vous hésitez, posez la question avant de commander le bois : un bardage posé sans isolant peut difficilement recevoir une isolation par la suite sans être déposé.

Si vous choisissez de ne pas isoler, le parement ventilé reste une excellente solution pour protéger un mur et changer son aspect. Il ne dégrade pas le comportement thermique de la maison, et il protège même la maçonnerie des pluies battantes. Il faut seulement savoir que ce n’est pas une isolation.

Les points singuliers : fenêtres, angles, pied, tête

Un bardage prend l’eau rarement en plein milieu d’un mur. Il la prend aux endroits où la lame d’air s’interrompt et où le bardage rencontre autre chose. Ce sont les points singuliers, et c’est là qu’un chantier bâclé se trahit.

Autour des fenêtres, d’abord. Le bardage ajoute une épaisseur devant le mur, et la fenêtre se retrouve plus en retrait. Il faut habiller le retour en tableau de fenêtre, protéger le dessus de l’ouverture par une bavette qui renvoie l’eau vers l’extérieur, et prolonger l’appui pour qu’il déborde bien du nouveau parement. Une fenêtre mal traitée envoie l’eau de ruissellement directement derrière le bardage.

Aux angles, ensuite. Un angle sortant expose les bouts de lames à la pluie et au vent. On le traite par une pièce d’angle, une cornière ou un assemblage des lames, qui protège les abouts et ferme la lame d’air sur le côté. Un angle rentrant demande un soin similaire pour que l’eau ne s’y concentre pas.

En pied de mur, le bardage doit s’arrêter nettement au-dessus du sol, avec une garde suffisante pour éviter les éclaboussures et le contact avec la terre. L’entrée d’air de la lame reste ouverte et protégée par une grille contre les rongeurs. On ne remblaie jamais contre le bas du bardage.

En tête, sous le débord de toit, la lame d’air doit pouvoir ressortir, protégée elle aussi par une grille. Le débord doit rester suffisant pour abriter le haut du bardage. Si l’épaisseur ajoutée le rend trop court, il faut l’adapter.

Chacun de ces points demande une pièce ou un geste précis. Les bâcler, c’est ouvrir une porte à l’eau derrière le bois.

Le raccord avec les autres matériaux de la façade mérite enfin une attention. Là où le bardage s’arrête et où l’enduit ou la pierre reprend, par exemple sur un soubassement, la jonction doit rejeter l’eau vers l’extérieur. Une bavette ou un profil de départ, légèrement en pente, évite que l’eau qui ruisselle sur le bois vienne s’infiltrer dans l’enduit en dessous. Ce détail, invisible de loin, évite des traces et des décollements sur la partie maçonnée restée apparente.

Ce qui se demande avant de commencer

Habiller un mur en parpaing avec du bois change l’aspect extérieur de la maison. Cette modification relève en général d’une déclaration préalable en mairie, et certains secteurs, proches d’un monument ou soumis à un règlement particulier, imposent des règles sur les matériaux, les teintes ou le sens de pose. Le document d’urbanisme de la commune fixe ces règles.

La démarche se fait avant la commande du bois, pas après la pose. Un refus ou une prescription sur la teinte après coup obligerait à reprendre une façade entière. Préparez un descriptif simple, avec l’essence, la teinte envisagée et une photo de la façade actuelle, et interrogez le service urbanisme.

Pour tout ce qui concerne la ventilation derrière le bois, son épaisseur et le rôle du pare-pluie, voyez notre article sur le pare-pluie et la lame d’air. Et pour les autres questions de façade, consultez nos pages sur le bardage et la façade.

Questions fréquentes

Faut-il un pare-pluie sur un mur en parpaing ?

Sur un mur maçonné sain, sans isolant rapporté, le pare-pluie n’est pas toujours indispensable, car la maçonnerie supporte d’être mouillée et sèche grâce à la lame d’air. Il devient nécessaire dès qu’on ajoute un isolant derrière le bardage, pour le protéger de l’eau qui passe entre les lames. Suivez les préconisations du fabricant de votre bardage.

Peut-on poser sur un enduit ?

Oui, à condition que l’enduit soit sain et adhérent. Les chevilles des tasseaux traversent l’enduit et s’ancrent dans la maçonnerie derrière. Un enduit qui sonne creux ou se décolle doit être repris avant, sinon il continuera à se dégrader derrière le bardage sans que personne ne le voie.

Quelle cheville utiliser ?

Sur un parpaing creux, une cheville spécifique pour matériaux creux, qui se déploie derrière la paroi du bloc, ou une fixation chimique avec tamis. Une cheville pour matériau plein ne tient pas dans un parpaing creux. Percez sans percussion excessive pour ne pas faire éclater la paroi, et répartissez les fixations sur toute la hauteur du tasseau.

Un bardage protège-t-il un mur humide ?

Non, pas si le mur est humide par lui-même. Un bardage protège un mur sain des pluies battantes, mais il ne règle ni des remontées capillaires ni une infiltration. Posé devant un mur qui ne sèche pas, il en souffre. Traitez d’abord la cause de l’humidité, puis habillez le mur.