Terrasse & aménagement extérieur

Saturateur bois : définition, usage et application

Par Erwan Le Guen26 octobre 202613 min de lecture

Lames de terrasse à moitié saturées, à côté de lames grisées

Le saturateur est devenu le produit de finition le plus courant sur les terrasses et les bardages en bois, au point qu’on l’applique souvent sans savoir exactement ce qu’il fait. C’est dommage, car un saturateur mal compris est souvent mal appliqué : trop épais, sur un bois humide, sans essuyage, et il laisse alors des taches collantes qui finissent par noircir. Chez Ouest Wood Habitat, nous en appliquons sur la plupart des ouvrages extérieurs que nous livrons, et nous voyons tout aussi souvent ce qu’il ne peut pas faire. Voici ce qu’est un saturateur, ce qu’il protège vraiment, en quoi il diffère d’une huile ou d’une lasure, et comment l’appliquer étape par étape.

Un saturateur, en une phrase

Un saturateur est un produit d’imprégnation qui pénètre dans le bois et en remplit les pores, sans former de film à sa surface. C’est toute sa définition, et elle explique tout le reste.

Il est composé d’un liant, souvent à base d’huiles végétales ou de résines, dispersé dans de l’eau ou dans un solvant. La plupart des saturateurs pour l’extérieur contiennent aussi des pigments, qui donnent la teinte et filtrent une partie des rayons ultraviolets. Certains contiennent des additifs contre les moisissures de surface ou des agents hydrofuges.

Le mot « saturer » décrit ce qui se passe : on applique le produit jusqu’à ce que le bois n’en absorbe plus. Le bois est alors rempli, saturé, et l’excédent qui reste en surface doit être retiré. Un saturateur bien appliqué ne se voit pas comme une couche : on voit un bois coloré, mat ou légèrement satiné, dont le veinage et le toucher restent ceux du bois.

Cette absence de film est sa grande différence avec une lasure ou une peinture, qui forment une pellicule à la surface. Elle a des avantages et des limites, que l’on retrouve dans la façon de l’appliquer et de l’entretenir.

Ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas

Un saturateur rend trois services réels. Il limite l’absorption d’eau : le bois rempli de produit boit moins la pluie, gonfle moins, sèche plus vite, et se fend moins en surface. Il ralentit le grisement, à condition d’être pigmenté : les pigments arrêtent une partie des rayons qui dégradent la lignine du bois en surface, responsable de la teinte grise. Enfin, il redonne de la couleur à un bois terne et en uniformise l’aspect.

Il ne fait pas pour autant tout ce qu’on lui prête. Un saturateur ne transforme pas un bois peu durable en bois durable : il ne pénètre que sur une faible profondeur et ne protège pas le cœur du bois contre la pourriture. Un pin non traité saturé reste un pin non traité. Il ne remplace pas non plus une bonne conception : une lame posée sans écartement, une lambourde sans pente ou un pied de bardage au ras du sol pourrissent aussi sûrement avec saturateur que sans.

Un saturateur incolore, enfin, ne ralentit presque pas le grisement. Sans pigments, il n’arrête pas les ultraviolets. Il limite l’absorption d’eau, ce qui n’est pas rien, mais le bois grisera presque au même rythme. Pour garder la teinte d’un bois neuf, il faut un saturateur teinté, idéalement proche de la couleur naturelle de l’essence.

Ce qu’il faut donc en attendre : un bois plus beau, plus stable en surface et moins assoiffé, à condition de renouveler le produit régulièrement. Pas un traitement de préservation.

Saturateur, huile, lasure : trois familles

Les trois produits se ressemblent sur l’étiquette, et beaucoup de discussions de chantier les confondent. Leur comportement dans le temps les sépare nettement.

L’huile, comme l’huile de lin ou les huiles pour terrasse, pénètre elle aussi dans le bois sans former de film. Elle nourrit et colore, mais elle est souvent moins chargée en pigments et en additifs qu’un saturateur, et elle sèche plus lentement. Certaines huiles restent collantes longtemps si on en met trop, et attirent alors la poussière et les moisissures. On peut voir le saturateur comme une huile formulée pour l’extérieur, plus résistante aux ultraviolets et à l’eau.

La lasure, elle, forme un film à la surface du bois, plus ou moins épais selon qu’elle est dite d’imprégnation ou de finition. Ce film laisse voir le veinage, contrairement à une peinture, et il protège bien tant qu’il est intact. Mais avec le temps, il s’use de façon inégale, se fissure et finit par s’écailler, surtout sur les surfaces horizontales et les faces exposées au sud et à l’ouest. Le rénover demande alors un ponçage ou un décapage des zones abîmées.

Le saturateur ne s’écaille jamais, puisqu’il n’a pas de film. Il s’use doucement, par érosion, et la surface devient simplement plus terne. Pour le rénover, on nettoie et on remet une couche, sans décaper. C’est ce qui en fait le produit de choix pour une terrasse, une surface sur laquelle on marche et où une lasure s’userait en quelques saisons.

Le prix de cette facilité est la fréquence. Un saturateur se renouvelle plus souvent qu’une lasure ou une peinture, d’autant plus souvent que l’ouvrage est exposé.

Sur quels bois et quels ouvrages

Le saturateur convient à presque tous les ouvrages extérieurs en bois, mais pas avec la même pertinence.

Sur une terrasse, c’est le produit de référence. Il supporte le passage, ne glisse pas davantage que le bois nu, ne s’écaille pas sous les pieds et se rénove facilement. Sur un bardage, il garde la teinte d’origine plus longtemps et évite le grisement inégal, au prix d’un entretien régulier, plus difficile qu’au sol puisqu’il faut un échafaudage. Sur une clôture, un claustra, une pergola ou un mobilier de jardin, il donne un bel aspect mat et s’entretient sans décaper.

Certaines essences demandent une attention particulière. Les bois exotiques gras, comme l’ipé ou le cumaru, sont très denses et riches en huiles naturelles : ils absorbent peu, et un saturateur appliqué trop tôt reste en surface. On les laisse d’abord quelques semaines à l’extérieur, pour que la surface s’ouvre. Le pin traité en autoclave, souvent livré humide, doit avoir séché avant de recevoir un produit. Le douglas et le mélèze acceptent bien le saturateur, à condition que leurs résines aient pu s’évaporer en surface.

Sur un bois déjà lasuré ou verni, un saturateur n’a aucun effet : il ne peut pas pénétrer à travers le film. Il faut d’abord retirer entièrement l’ancienne finition, jusqu’au bois nu.

Préparer le bois

La préparation fait au moins la moitié du résultat. Un saturateur appliqué sur un bois sale, gris ou humide donne un résultat terne et irrégulier, et il ne tient pas.

Le bois doit d’abord être sec. Un bois humide ne peut pas absorber le produit, puisque ses pores sont déjà remplis d’eau. On attend donc plusieurs jours sans pluie, et on évite les matins de rosée. Un test simple consiste à verser quelques gouttes d’eau sur le bois : si elles pénètrent rapidement, le bois est prêt à boire le produit ; si elles perlent, il est encore humide ou une ancienne finition subsiste.

Le bois doit ensuite être propre. On retire les feuilles, la terre, les mousses et les traces de pollution avec une brosse et de l’eau, éventuellement un nettoyant pour bois. Le nettoyeur haute pression est à manier avec une grande prudence : utilisé trop près ou trop fort, il arrache les fibres tendres du bois et rend la surface pelucheuse.

Si le bois est gris, il doit être dégrisé. Le saturateur ne rend pas sa couleur à un bois grisé : il colore la couche grise, et la teinte finale est terne et sale. Un dégriseur retire cette couche dégradée et fait réapparaître le bois sain. Pour cette étape, voyez notre article pour dégriser une terrasse avant de la saturer. Après dégrisage et rinçage, le bois doit à nouveau sécher complètement avant d’appliquer le saturateur.

Enfin, un bois neuf n’est pas toujours prêt à être saturé le jour de sa pose. Les bois rabotés lisses, les bois exotiques gras et certains résineux chargés de résine en surface gagnent à passer quelques semaines dehors avant la première couche, pour que leur surface s’ouvre et absorbe.

Appliquer, étape par étape

L’application se prépare avec la météo. On choisit une période sèche, sans pluie annoncée pendant et après le chantier, et on évite le plein soleil et les fortes chaleurs, qui font sécher le produit en surface avant qu’il ait pénétré. Une journée couverte et douce est idéale. On évite aussi le froid, qui ralentit le séchage, et le vent, qui dépose de la poussière.

Côté outils, une brosse large ou un spalter, ce pinceau plat et large, conviennent à la plupart des surfaces. Un rouleau va plus vite sur une grande terrasse, à condition de repasser à la brosse pour faire pénétrer le produit dans les rainures et les joints. Le pulvérisateur est rapide, mais il faut toujours lisser ensuite à la brosse.

La méthode qui donne le meilleur résultat s’appelle le « frais sur frais » :

  • appliquer une première couche généreuse, dans le sens des lames ou des planches, sur une petite surface ;
  • laisser pénétrer le temps indiqué par le fabricant ;
  • appliquer une deuxième couche sur la première encore humide, sur les zones qui ont tout bu ;
  • essuyer soigneusement l’excédent qui reste en surface, avec un chiffon ou une brosse sèche ;
  • passer à la surface suivante, en travaillant lame par lame jusqu’au bout.

L’essuyage est le geste que les notices mentionnent en petit et que l’on oublie le plus. Le produit qui n’a pas pénétré reste en surface, sèche mal, colle sous les pieds, retient la poussière et finit par former des plaques sombres. Un saturateur bien appliqué ne laisse aucune brillance ni aucune flaque. Mieux vaut deux passes fines bien absorbées qu’une couche épaisse.

On traite toujours une lame entière, d’une extrémité à l’autre, pour éviter les reprises visibles. Les bois de bout, en particulier sur une terrasse et un bardage, reçoivent une attention particulière : ce sont eux qui boivent le plus d’eau, et ils absorbent beaucoup de produit.

Le temps de séchage dépend du produit et de la météo. On n’y marche pas avant qu’il soit sec au toucher, et on attend plus longtemps avant de remettre le mobilier. Les chiffons imbibés d’huile ou de saturateur peuvent s’échauffer et s’enflammer spontanément s’ils sont jetés en boule : on les étale à plat pour qu’ils sèchent, ou on les plonge dans l’eau avant de les jeter.

Choisir la teinte sans se tromper

La teinte d’un saturateur ne se juge pas sur le pot ni sur le nuancier. Elle dépend de l’essence, de son état et de la façon dont le bois absorbe. La même référence donne un résultat très différent sur un pin clair, un douglas rosé et un ipé brun.

Le réflexe le plus utile est l’essai. On applique le produit sur une chute du même bois, ou sur une lame peu visible, en suivant exactement la méthode prévue, essuyage compris. On laisse sécher, puis on regarde le résultat à la lumière du jour, mouillé et sec. C’est la seule façon d’éviter une terrasse orangée là où l’on attendait un miel discret.

Quelques principes aident à choisir. Une teinte proche de la couleur naturelle de l’essence vieillit le mieux : quand le produit s’use, l’écart entre les zones protégées et les zones usées se voit moins. Une teinte très foncée chauffe davantage au soleil, ce qui compte pieds nus sur une terrasse en plein sud, et elle fait davantage travailler le bois. Une teinte grise, pensée pour imiter le grisement naturel, permet de garder un aspect homogène pendant que le bois grise sous le produit.

Enfin, on ne change pas radicalement de teinte d’une rénovation à l’autre sans dégriser ou poncer : un saturateur clair posé sur un ancien saturateur foncé ne l’éclaircit pas. Il vaut mieux rester dans la même famille de couleur, ou repartir d’un bois mis à nu.

Renouveler : quand et comment

Il n’existe pas de fréquence universelle. Elle dépend de l’exposition, de l’essence, du passage, et du produit. Une terrasse plein sud très fréquentée demande un renouvellement plus fréquent qu’un bardage à l’abri d’un débord de toit.

Le bon indicateur est le bois lui-même. Quand l’eau ne perle plus à sa surface et qu’elle pénètre rapidement, quand la teinte devient terne ou commence à griser par endroits, il est temps de renouveler. Mieux vaut le faire un peu trop tôt que trop tard : un bois encore coloré se rénove avec un simple nettoyage et une couche, alors qu’un bois redevenu gris demande un dégrisage.

La rénovation suit les mêmes étapes que la première application : nettoyage, séchage, application frais sur frais, essuyage. Aucun ponçage ni décapage n’est nécessaire tant qu’on reste avec un saturateur de même famille. C’est exactement ce qui le rend si pratique sur les surfaces difficiles à poncer. D’autres gestes d’entretien du jardin sont rassemblés dans nos guides terrasse et jardin.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un saturateur et une lasure ?

Le saturateur pénètre dans le bois sans former de film, il ne s’écaille jamais et se renouvelle sans décaper. La lasure forme un film à la surface, qui protège bien tant qu’il est intact, mais qui finit par se fissurer et s’écailler, et dont la rénovation demande un ponçage. Le saturateur est préférable sur une terrasse, la lasure sur des menuiseries peu exposées.

Faut-il dégriser avant d’appliquer un saturateur ?

Oui, si le bois a grisé. Le saturateur ne rend pas sa couleur au bois gris : il teinte la couche dégradée, et le résultat est terne. On dégrise, on rince, on laisse sécher complètement, puis on applique le saturateur.

Un saturateur incolore protège-t-il du grisement ?

Très peu. Sans pigments, il n’arrête pas les rayons ultraviolets responsables du grisement. Il limite l’absorption d’eau, mais le bois grisera à peu près au même rythme. Pour garder la teinte d’origine, choisissez un saturateur teinté, proche de la couleur naturelle du bois.

Pourquoi mon saturateur colle-t-il ou fait-il des taches ?

Parce que l’excédent n’a pas été essuyé, ou que le produit a été appliqué sur un bois humide qui ne l’a pas absorbé. Le saturateur resté en surface sèche mal, colle et retient la poussière. Il faut l’essuyer avec un chiffon imbibé du diluant indiqué par le fabricant, puis laisser sécher, et appliquer plus finement la fois suivante.