Un potager surélevé, c’est un grand bac en bois rempli de terre, à hauteur de travail. On y cultive sans se baisser, dans une terre qu’on a choisie, à l’abri d’une partie des limaces et du piétinement. Le principe est simple, mais un bac qui doit porter des centaines de kilos de terre humide pendant des années ne se construit pas comme une jardinière de balcon. Chez Ouest Wood Habitat, nous regardons ces bacs avec des yeux de menuisier : ce qui les fait tenir, c’est le bois, la structure et l’ordre dans lequel on les remplit. Voici comment construire un potager surélevé en bois, le remplir dans le bon ordre et le faire durer.
Pourquoi surélever, et pour qui
Le premier argument est le dos. Désherber, semer et récolter à hauteur de hanche change complètement le rapport au jardin, pour un jardinier âgé, pour quelqu’un qui souffre du dos ou pour une personne en fauteuil. C’est souvent ce qui décide.
Le deuxième est le sol. Sur un terrain argileux, caillouteux, compacté par des engins de chantier ou pollué par d’anciennes activités, un bac surélevé permet de cultiver dans une terre neuve sans avoir à reprendre tout le jardin. C’est aussi la seule façon de faire un potager sur une terrasse, une cour pavée ou un toit plat.
Le troisième est le climat de la terre. Un volume de terre surélevé se réchauffe plus vite au printemps qu’un sol en place, ce qui permet de semer un peu plus tôt. Il s’égoutte mieux après une forte pluie, ce qui compte dans les jardins humides de l’Ouest.
Il y a aussi des inconvénients, qu’il vaut mieux connaître avant de construire. La terre d’un bac sèche plus vite qu’un sol en place, surtout en été et sur les côtés exposés au soleil. Il faut donc arroser plus souvent. Le volume de terre à apporter est important, et la terre se tasse les premières saisons, ce qui oblige à recharger. Enfin, un bac en bois a une durée de vie : elle dépend presque entièrement de la façon dont il est construit.
La hauteur et la largeur, réglées sur le jardinier
La bonne hauteur n’est pas une valeur fixe : c’est celle qui permet au jardinier de travailler sans se pencher. Pour une personne debout, le haut du bac arrive en général vers la hanche. Pour une personne en fauteuil, il faut un bac plus bas, et idéalement un dégagement en dessous pour glisser les jambes, ce qui suppose un bac sur pieds plutôt qu’un bac plein jusqu’au sol.
Le plus simple est de mesurer : on se tient à côté d’une table ou d’un plan de travail, on mime le geste de planter, et on note la hauteur où les mains tombent naturellement. C’est la hauteur du dessus de la terre, pas du bord du bac.
La largeur se règle sur la longueur du bras. Si le bac est accessible des deux côtés, on doit pouvoir atteindre le milieu de chaque côté sans s’appuyer sur la terre. S’il est adossé à un mur ou à une clôture, il doit être deux fois moins large. C’est la règle qui compte le plus, et la plus souvent ignorée : un bac trop large oblige à monter dedans ou à se pencher, ce qui annule tout l’intérêt de surélever.
La longueur est libre, mais un bac très long demande des renforts supplémentaires au milieu. Mieux vaut deux bacs moyens séparés par une allée qu’un seul bac interminable.
Enfin, l’allée entre deux bacs doit laisser passer une brouette, et un fauteuil si nécessaire. Un sol stable et drainant, en gravier ou en dalles, évite de patauger en hiver.
Le bois du bac
Les parois d’un potager surélevé sont en contact permanent avec une terre humide et chargée de vie. C’est une exposition sévère, la même que celle d’un poteau planté dans le sol. Le bois doit donc être naturellement durable, ou protégé.
Les essences les plus utilisées sont les suivantes :
- le douglas purgé d’aubier, très répandu, de bonne tenue et facile à trouver ;
- le mélèze, dense et résineux, qui supporte bien l’humidité ;
- le robinier, le plus durable des bois européens, mais dur à travailler ;
- le châtaignier, durable et apprécié en planches épaisses ;
- le chêne, très durable s’il est sans aubier, mais lourd et plus cher.
L’épaisseur des planches compte autant que l’essence. Une planche fine se déforme sous la poussée de la terre et pourrit plus vite à cœur. Pour un bac de potager, on choisit des planches nettement plus épaisses que celles d’une jardinière de balcon. C’est un surcoût qui se retrouve en durée de vie.
Le pin traité en autoclave est moins cher, mais beaucoup de jardiniers préfèrent éviter le contact direct entre un bois traité et une terre destinée aux légumes. Si on l’emploie, on choisit une classe de traitement adaptée au contact avec le sol, et on double l’intérieur d’une membrane.
Deux matériaux sont à proscrire. Les vieilles traverses de chemin de fer, imprégnées de créosote, n’ont rien à faire dans un potager. Les palettes marquées MB, traitées au bromure de méthyle, non plus. Les palettes marquées HT, traitées par la chaleur, sont acceptables, mais leur bois peu épais et peu durable en fait un choix de courte durée.
Pour mieux comprendre ce qui rend le douglas apte à cet usage, et la différence entre son cœur et son aubier, voyez notre article sur la durabilité naturelle du douglas.
Monter la structure
Un potager surélevé subit une poussée permanente, plus forte en bas qu’en haut, et plus forte encore quand la terre est gorgée d’eau ou gelée. La structure doit donc tenir les parois sans qu’elles bombent ni s’ouvrent aux angles.
Le principe est le même que pour une caisse : des poteaux d’angle verticaux, solides, et des planches posées à l’horizontale, vissées dans ces poteaux. Les vis travaillent alors dans le fil du bois, et le bac forme un cadre rigide. Visser les planches bout à bout dans les angles, sans poteau, est la cause numéro un des bacs qui s’ouvrent.
Sur les grands côtés, un ou plusieurs poteaux intermédiaires empêchent les planches de bomber. Pour un bac long, on ajoute aussi une entretoise, c’est-à-dire une barre ou une tige qui relie les deux grandes faces à mi-longueur, juste sous la surface de la terre. Elle tient les parois l’une contre l’autre et se cache dans la terre.
Le sol sous le bac doit être nivelé. Un bac posé de travers concentre la poussée sur un côté et finit par se déformer. On décape l’herbe, on égalise, et on pose les poteaux sur une surface stable : directement sur le sol si le bac est en pleine terre, sur des cales ou des pieds si l’on veut garder le bois au sec.
Les vis sont en inox ou traitées pour l’extérieur, deux par planche et par poteau, avec un pré-perçage près des extrémités. Une planche posée à plat sur le dessus des parois, en ceinture, rigidifie le tout, protège le bois de bout de la pluie et donne un rebord pour s’asseoir.
Le fond : grillage et protection des parois
Un potager surélevé posé sur la terre n’a pas de fond en bois. Les racines descendent dans le sol, et l’eau en excès s’y infiltre. Mais le sol, lui, laisse passer les taupes et les campagnols, qui adorent une terre meuble et riche.
Avant de remplir, on tapisse donc le fond d’un grillage à mailles fines, remonté de quelques centimètres sur les parois et agrafé. Il laisse passer l’eau et les vers de terre, mais arrête les rongeurs. C’est une précaution peu coûteuse qu’on ne peut plus prendre une fois le bac rempli.
Les parois, elles, gagnent à être séparées de la terre. Un film agrafé en haut des parois, à l’intérieur, réduit le contact du bois avec la terre humide. Une membrane à excroissances fait mieux : ses petits plots créent une lame d’air contre le bois, qui peut ainsi sécher. Dans les deux cas, le film ne recouvre jamais le fond : un fond étanche transforme le bac en bassin, l’eau stagne et les racines pourrissent.
Sur une terrasse ou une surface dure, le bac reçoit un fond en lattes espacées, une couche drainante et un géotextile. Il doit alors être décollé du sol pour que l’eau s’écoule et que le bois sèche.
Remplir en couches
C’est l’étape qui décide de la fertilité du bac, et de son tassement. Remplir entièrement un grand bac de terreau acheté en sacs coûte cher, se tasse vite et s’appauvrit rapidement. La méthode la plus répandue consiste à empiler des couches de matériaux, du plus grossier au plus fin. On l’appelle souvent culture en lasagnes.
De bas en haut, l’ordre classique est le suivant :
- des branchages et du bois mort grossier, qui occupent le volume et drainent ;
- du broyat de taille et des feuilles mortes, qui se décomposent lentement ;
- des déchets verts frais, tontes et épluchures, qui nourrissent la vie du sol ;
- du compost mûr, qui apporte les éléments nutritifs ;
- de la terre de jardin mélangée à du terreau, sur une bonne épaisseur, pour semer et planter.
Chaque couche est arrosée et légèrement tassée au fur et à mesure. Les couches grossières du fond se décomposent sur plusieurs saisons et nourrissent le bac de l’intérieur. En contrepartie, le niveau baisse : il faut s’y attendre et recharger chaque année avec du compost et de la terre.
Les couches du bas ne doivent pas contenir de végétaux malades, de mauvaises herbes montées en graine ni de bois traité. La couche du haut, celle où poussent les légumes, doit être fine, fertile et suffisamment épaisse pour les racines des cultures prévues.
Le meilleur moment pour remplir est l’automne. Les couches ont tout l’hiver pour commencer à se décomposer et se tasser, et le bac est prêt à planter au printemps. Un bac rempli au printemps peut être planté tout de suite, à condition que la couche supérieure soit de la terre et du compost bien mûr.
Les erreurs qui raccourcissent la vie d’un bac
Les potagers surélevés qu’on nous montre en mauvais état après quelques saisons ont presque toujours l’un des défauts suivants. Aucun n’est difficile à éviter, à condition de le connaître avant de construire.
Le premier est le bois trop fin. Des planches minces, choisies pour leur prix ou leur légèreté, bombent sous la poussée de la terre dès le premier hiver humide. Une fois déformées, elles ne reviennent pas, et les vis finissent par arracher le bois.
Le deuxième est l’absence de poteaux intermédiaires sur les grands côtés. Un bac long tient bien les premières semaines, puis s’ouvre en son milieu comme un tonneau qui perd son cerclage. Une entretoise posée à mi-longueur aurait suffi.
Le troisième est un film posé jusqu’au fond. Le bac devient une baignoire, la terre reste détrempée, les légumes jaunissent et le bois pourrit plus vite qu’il ne l’aurait fait sans film du tout.
Le quatrième est le pied des poteaux noyé dans la terre ou posé dans une flaque. C’est là que la pourriture commence, comme pour n’importe quel ouvrage extérieur en bois. Un lit de gravier sous les poteaux ou des cales qui les décollent du sol changent beaucoup de choses.
Le dernier est l’oubli du grillage. Une seule famille de taupes ou de campagnols suffit à ruiner une saison de récolte, et il faut alors vider le bac pour réparer ce qu’une demi-heure de travail aurait évité.
Ce qu’on y cultive et comment l’entretenir
À peu près tout ce qui pousse au potager pousse dans un bac surélevé. Les salades, les radis, les aromatiques, les fraisiers, les tomates, les courgettes y réussissent particulièrement bien. Les légumes à longues racines demandent une couche de terre fine épaisse. Les cultures très envahissantes, comme certaines courges, débordent vite d’un petit bac : mieux vaut les palisser ou leur laisser un bac à part.
L’arrosage est le principal changement par rapport à un potager en pleine terre. La terre d’un bac sèche plus vite, en particulier près des parois exposées au soleil. Un paillage épais de paille, de tontes sèches ou de feuilles limite l’évaporation et garde la terre fraîche. Un goutte-à-goutte sur programmateur est un vrai confort pour les bacs nombreux.
Chaque fin de saison, on recharge le bac avec du compost et un peu de terre pour compenser le tassement. On vérifie les vis, les angles et le pied des poteaux. Une planche qui commence à pourrir se remplace avant que la terre ne force à travers.
Bien conçu, un potager surélevé en bois durable demande peu d’entretien en dehors des cultures elles-mêmes. Les autres aménagements de jardin en bois sont rassemblés dans la rubrique jardin et terrasse.
Questions fréquentes
Quelle hauteur pour un potager surélevé ?
Celle qui permet de travailler sans se pencher : pour une personne debout, le dessus de la terre arrive en général vers la hanche. Le plus sûr est de mesurer la hauteur où les mains tombent naturellement pour planter. Pour une personne en fauteuil, on choisit un bac plus bas et sur pieds, avec un dégagement pour les jambes.
Que mettre au fond d’un potager surélevé ?
D’abord un grillage à mailles fines contre les taupes et les campagnols, puis des branchages grossiers, du broyat et des feuilles, des déchets verts, du compost, et enfin de la terre mélangée à du terreau. Jamais de film étanche au fond : l’eau doit pouvoir s’infiltrer dans le sol.
Quel bois choisir pour un potager surélevé ?
Un bois naturellement durable et en planches épaisses : douglas purgé d’aubier, mélèze, robinier, châtaignier ou chêne. Le pin traité est possible s’il est adapté au contact avec le sol, de préférence doublé d’une membrane. Les traverses créosotées et les palettes marquées MB sont à proscrire.
Faut-il protéger l’intérieur d’un potager surélevé ?
C’est recommandé. Une membrane à excroissances ou un film agrafé en haut des parois limite le contact du bois avec la terre humide et prolonge sa durée de vie. La protection couvre les parois seulement, jamais le fond, pour que l’eau en excès s’écoule.
