Une vieille dalle grise devant la porte-fenêtre, un carrelage extérieur fissuré, une chape qui verdit à l’ombre. Beaucoup de maisons ont déjà leur terrasse, simplement pas celle qu’on voudrait. La tentation est grande de la recouvrir de bois sans rien casser, et c’est souvent une bonne idée. Chez Ouest Wood Habitat, on a pourtant vu nombre de terrasses posées sur dalle pourrir en quelques hivers, alors que le bois était de bonne qualité. Le coupable était presque toujours le même : l’eau, qui ne trouvait plus son chemin entre le béton et les lames. Une terrasse bois sur dalle se réussit ou se rate sur cette seule question.
Une dalle n’est pas un support neutre
Une dalle béton paraît le support idéal : elle est plane, dure, déjà en place. On imagine qu’il suffit de visser des lambourdes dessus et de poser les lames. C’est oublier qu’une dalle extérieure a été conçue pour évacuer l’eau de pluie, et que tout ce qu’on pose dessus risque de gêner cette évacuation.
Une dalle bien faite présente une légère pente, qui éloigne l’eau de la maison. Quand on pose des lambourdes en travers de cette pente, chacune devient un petit barrage. L’eau s’accumule en amont, stagne sous le bois, et la face inférieure des lambourdes reste humide en permanence. Le bois pourrit par en dessous, là où personne ne le voit.
Une dalle fissurée ou affaissée pose un autre problème. Les creux retiennent des flaques, que le bois posé dessus empêche de sécher. Le soleil ne les atteint plus, le vent non plus. Une flaque qui disparaissait en une matinée sur la dalle nue peut rester des jours sous une terrasse.
La hauteur disponible complique encore les choses. Devant une porte-fenêtre, on dispose rarement de beaucoup de marge entre la dalle et le seuil. Or il faut loger l’épaisseur des lambourdes, celle des lames, et garder un vide d’air sous le bois. Cette contrainte de hauteur guide une bonne partie des choix techniques.
Une terrasse sur dalle n’est donc pas une terrasse simplifiée. C’est une terrasse qui doit composer avec un support existant, ses pentes, ses défauts et son épaisseur. On commence toujours par regarder ce support de près.
Vérifier la dalle avant tout
Avant d’acheter la moindre lame, on fait le diagnostic de la dalle. Quelques observations simples suffisent à décider si on peut poser directement ou s’il faut d’abord corriger le support.
Le meilleur test est une averse. Observez la dalle après une bonne pluie. L’eau s’évacue-t-elle franchement vers le jardin ? Reste-t-il des flaques, et où ? Une dalle qui garde de l’eau sur de larges zones devra être reprise, ou bien la structure de la terrasse devra être pensée pour enjamber ces creux sans y toucher.
Repérez ensuite le sens de la pente. Sans averse sous la main, un seau d’eau versé doucement donne la même information. L’eau indique la direction dans laquelle elle veut partir, et c’est cette direction que les lambourdes devront respecter.
Vérifiez l’état du béton. Une dalle saine, même un peu fissurée en surface, peut recevoir une terrasse. Une dalle qui s’effrite, qui sonne creux ou qui présente des fissures larges et profondes est un support douteux, surtout si l’on compte y cheviller la structure. Dans ce cas, mieux vaut ne pas fixer dans le béton et choisir une pose qui ne dépend pas de sa solidité.
Mesurez enfin la hauteur disponible sous le seuil de la porte-fenêtre. C’est elle qui dira quelle épaisseur de lambourdes et de calage vous pouvez vous permettre. Si la hauteur manque vraiment, il faut parfois renoncer aux lambourdes classiques au profit de solutions plus basses.
Regardez aussi les joints de la dalle, s’il y en a. Une dalle coulée en plusieurs parties présente des joints de fractionnement, et les deux parties peuvent avoir légèrement bougé l’une par rapport à l’autre. Une lambourde posée à cheval sur un tel joint subira ce mouvement. On préfère alors couper la lambourde de part et d’autre du joint, ou la poser sur des plots indépendants qui rattrapent le décalage.
Pensez enfin à ce qui se trouve sur la dalle ou à ses abords : une descente de gouttière qui y déverse son eau, un regard, un robinet extérieur. Une descente qui se vide sur la terrasse doit être raccordée ou déviée avant la pose, sinon toute l’eau du toit passera sous le bois. Un regard ou une vanne doivent rester accessibles, ce qui se prévoit dès la structure.
Ce diagnostic prend une heure. Il évite de découvrir, quelques années plus tard, que la terrasse a été posée sur une cuvette.
Les lambourdes : sens, écart, matière
Les lambourdes sont les pièces de bois sur lesquelles on visse les lames. Sur une dalle, leur orientation est la décision la plus importante de tout le chantier.
La règle est simple : les lambourdes suivent toujours le sens de la pente. Elles descendent avec l’eau, au lieu de lui barrer la route. L’eau qui tombe entre les lames rejoint la dalle, puis s’écoule librement entre deux lambourdes, jusqu’au bord de la terrasse. Aucune pièce de bois ne se trouve sur son chemin.
Cette règle a une conséquence directe sur les lames. Puisque les lambourdes suivent la pente, les lames se posent perpendiculairement, donc parallèlement à la façade dans la plupart des cas. Si vous teniez à des lames dans l’autre sens, il faudrait une double structure, avec un premier réseau dans le sens de la pente et un second croisé au-dessus, ce qui demande plus de hauteur.
L’écart entre lambourdes dépend de l’épaisseur et de l’essence des lames. Le fabricant des lames l’indique, et on s’y tient. Des lambourdes trop espacées laissent les lames fléchir et vibrer sous le pas. Trop serrées, elles multiplient les zones de contact avec la dalle et gênent la circulation de l’air.
La matière compte autant que l’orientation. Une lambourde posée sur une dalle vit dans un milieu humide. Elle doit être dans une essence ou un traitement adapté à un contact prolongé avec l’humidité, plus exigeant que pour les lames elles-mêmes. Une lambourde fragile sous une lame durable, c’est une terrasse qui lâchera par en dessous.
On peut aussi utiliser des lambourdes en matériau composite ou en aluminium, insensibles à l’humidité. Elles règlent la question de la pourriture, mais elles demandent des fixations et des accessoires propres à chaque système.
Caler sans boucher l’écoulement
Une dalle n’est jamais parfaitement plane. Pour obtenir une terrasse de niveau, on cale les lambourdes. Ce calage doit corriger les irrégularités sans recréer les barrages qu’on a évités en orientant bien les lambourdes.
Le premier principe est de ne jamais poser une lambourde à plat, en contact continu avec le béton. Une lambourde posée directement sur la dalle reste mouillée sur toute sa face inférieure. On la surélève, même légèrement, pour que l’eau passe dessous et que l’air circule.
Les cales ponctuelles sont la solution la plus courante. On glisse sous la lambourde, à intervalles réguliers, des cales imputrescibles, en matériau synthétique ou en caoutchouc. Entre deux cales, la lambourde ne touche pas le béton. L’eau s’écoule librement, l’air circule, le bois sèche.
Les plots réglables bas sont une alternative précieuse sur une dalle irrégulière. Ce sont de petits supports à hauteur ajustable, qu’on règle un par un. Ils permettent de rattraper des écarts importants sans empiler des cales, et ils laissent un vide d’air généreux sous toute la structure.
Les patins en caoutchouc, posés sous la lambourde, ont un autre avantage : ils amortissent les bruits de pas et évitent que le bois frotte contre le béton. Ils ne doivent pas pour autant former une bande continue, qui retiendrait l’eau comme une lambourde à plat.
Un bon calage se vérifie avant de poser les lames. Versez de l’eau à l’amont de la terrasse, et regardez-la descendre. Elle doit passer sous les lambourdes ou entre elles sans jamais s’arrêter.
Fixer ou poser flottant
Une fois calées, les lambourdes doivent tenir en place. Deux approches existent, et le choix dépend surtout de l’état de la dalle.
La première consiste à cheviller la structure dans le béton. On perce la dalle, on fixe les lambourdes par des chevilles adaptées à l’extérieur. La terrasse devient solidaire du support, elle ne peut plus bouger. C’est une solution solide, à condition que la dalle soit saine. Chaque perçage est aussi un point d’entrée pour l’eau dans le béton, et on évite de percer là où l’eau stagne.
La seconde est la pose flottante. La structure n’est pas fixée dans la dalle : elle repose sur ses cales ou ses plots, et c’est son propre poids, une fois les lames vissées, qui la maintient. Les lambourdes sont reliées entre elles par les lames et parfois par des entretoises. Cette pose ne perce pas la dalle et convient bien à un support fragile ou qu’on ne veut pas abîmer.
La pose flottante a toutefois une limite : sur une petite terrasse très exposée au vent, ou si le cadre est trop léger, la structure peut se déplacer. On la réserve aux surfaces suffisamment grandes et lourdes, ou on la bloque contre des éléments fixes, une bordure, un muret.
Quelle que soit la méthode, on ne fixe jamais la terrasse contre la façade de manière rigide sans réflexion. Il faut garder un jeu entre la dernière lame et le mur, pour laisser le bois travailler et l’eau s’écouler le long de la façade.
La hauteur au seuil
La porte-fenêtre impose sa loi. C’est par elle qu’on sortira sur la terrasse, et sa hauteur de seuil fixe le niveau fini à ne pas dépasser.
On ne monte jamais la terrasse au ras du seuil, encore moins au-dessus. Il faut garder une garde sous la menuiserie, pour que l’eau qui ruisselle sur la terrasse ou rejaillit sous la pluie ne vienne pas s’infiltrer sous la porte-fenêtre. Cette garde protège la menuiserie et l’intérieur de la maison.
La difficulté vient de ce qu’il faut aussi loger, sous ce niveau, toute l’épaisseur de la terrasse : les cales, les lambourdes, les lames et le vide d’air. Sur une dalle déjà haute, la marge peut manquer. On joue alors sur des lambourdes plus fines, des plots très bas, ou des lames moins épaisses, en vérifiant que l’écart entre lambourdes reste compatible.
Le vide d’air sous la terrasse ne se négocie pas. Une terrasse plaquée contre la dalle, sans espace pour l’air, sèche mal et vieillit vite. Si la hauteur ne permet pas de garder ce vide, mieux vaut revoir le projet que sacrifier la ventilation.
Ce raisonnement sur la hauteur est le même que pour une terrasse sur plots posée sur le sol, mais il se pose ici avec une contrainte de plus : la dalle fixe un plancher qu’on ne peut pas descendre. C’est l’un des points qui distinguent les deux méthodes, et qu’on détaille avec la pose sur plots, l’autre solution.
Les finitions de rive
Le bord de la terrasse est la dernière étape, et une étape souvent mal faite. On veut cacher les lambourdes, la dalle et les cales derrière une jolie planche de rive. L’intention est bonne, mais une rive fermée de façon étanche enferme l’humidité sous la terrasse.
Une rive doit cacher sans fermer. On laisse un espace entre la planche de rive et la dalle, ou on la fixe avec un jeu suffisant en bas pour que l’eau sorte et que l’air entre. Sans cette ouverture, l’eau qui s’est écoulée le long des lambourdes bute contre la rive et reste piégée.
Sur le côté aval, celui vers lequel l’eau s’écoule, l’ouverture est indispensable. C’est par là que toute l’eau de la terrasse quitte la dalle. Une rive fermée de ce côté transforme la terrasse en bac de rétention.
Sur les côtés, on peut fermer davantage, mais on garde toujours une circulation d’air. Des rives ajourées, ou posées avec un jour en partie basse, concilient l’aspect fini et la ventilation.
Une dernière précaution concerne l’entretien. Les feuilles, la terre et les débris s’accumulent sous une terrasse sur dalle et finissent par boucher l’écoulement. Prévoir un accès, ou une rive démontable, permet de nettoyer de temps à autre. Pour d’autres questions sur l’aménagement autour de la maison, voyez la rubrique terrasse et extérieur.
Questions fréquentes
Peut-on poser une terrasse bois directement sur un carrelage extérieur ?
Oui, un carrelage en bon état se traite comme une dalle. On vérifie la pente et l’écoulement, on oriente les lambourdes dans le sens de la pente et on les cale sans les poser à plat. Si le carrelage sonne creux ou se décolle, on évite de cheviller dedans et on préfère une pose flottante.
Faut-il un géotextile sur la dalle ?
Sur une dalle béton, le géotextile n’a pas l’utilité qu’il a sur un sol en terre, où il bloque les herbes. Il peut même retenir des débris et gêner l’écoulement. On le réserve aux cas où la dalle est très fissurée et laisse pousser de la végétation par les joints.
Quelle épaisseur faut-il sous le seuil ?
Il n’y a pas de valeur unique : tout dépend de la hauteur de votre seuil, de l’épaisseur des lames et des lambourdes que vous choisissez. Le principe est de garder une garde sous la menuiserie et un vide d’air sous le bois. Si les deux ne tiennent pas, on change de solution plutôt que de les sacrifier.
Une dalle avec contre-pente est-elle rattrapable ?
Une dalle qui renvoie l’eau vers la maison pose un vrai problème, parce que l’eau finira contre la façade. On peut parfois orienter l’écoulement par des lambourdes et une rive ouverte du côté opposé, mais il est souvent plus sûr de reprendre la pente de la dalle avant de poser le bois.
