Terrasse & aménagement extérieur

Lames de terrasse bois qui tuilent ou se fendent : pourquoi

Par Erwan Le Guen27 septembre 202613 min de lecture

Lames de terrasse bois légèrement tuilées, bords relevés dans la lumière rasante

Au début, la terrasse était parfaitement plane. Puis, au fil des saisons, certaines lames ont commencé à se creuser, d’autres à se bomber, quelques-unes à se tordre ou à se fendre au bout. Aujourd’hui, les pieds nus accrochent, l’eau stagne dans les creux et l’ensemble paraît vieilli avant l’heure. On soupçonne le bois, forcément. Chez Ouest Wood Habitat, on commence par soulever une lame et regarder dessous. La plupart des terrasses déformées que nous reprenons racontent la même histoire, et l’essence n’en est presque jamais le premier chapitre.

Une lame de terrasse sèche par le haut et reste mouillée par le bas

Une lame de terrasse vit dans des conditions très différentes sur ses deux faces. C’est le point de départ de tout le reste.

Sa face supérieure reçoit le soleil, le vent, la pluie qui ruisselle et s’évapore vite. Elle sèche souvent et fortement. Sa face inférieure, elle, regarde le sol. Elle reçoit l’humidité qui remonte de la terre, l’air souvent confiné sous la terrasse, l’eau qui stagne parfois entre les lambourdes. Elle reste humide beaucoup plus longtemps, et elle ne voit jamais le soleil.

Or le bois réagit à l’humidité en changeant de dimension. Il gonfle quand il s’humidifie, il se rétracte quand il sèche. Ce mouvement concerne surtout la largeur et l’épaisseur de la lame. Si les deux faces d’une lame sèchent au même rythme, elles bougent ensemble et la lame reste plane. Si la face du dessus sèche et se rétracte pendant que la face du dessous reste gonflée d’humidité, la lame se déforme. Elle se courbe vers le côté qui se rétracte. La lame se creuse du côté qui sèche.

Ce mécanisme simple explique la majorité des lames de terrasse qui se creusent. Il explique aussi pourquoi deux terrasses posées avec le même bois peuvent vieillir de façon opposée : l’une au-dessus d’un sol sec et bien ventilé, l’autre au ras d’une pelouse humide et enfermée entre des murets.

La déformation n’est pas figée. Une lame peut se creuser en été, quand le soleil sèche fortement sa face supérieure, puis revenir en partie à l’automne, quand l’humidité égalise ses deux faces. Mais si l’écart d’humidité persiste saison après saison, la lame finit par garder sa forme. Elle a pris son pli.

Retenez donc une idée avant d’accuser le bois : une terrasse bois déformée est d’abord une terrasse dont le dessous vit mal. L’essence, la section et la pose interviennent, mais presque toujours en second.

La saison à laquelle vous observez le défaut compte aussi. Une terrasse regardée en plein été, après une longue période sèche, montre ses déformations les plus fortes. La même terrasse regardée en fin d’hiver peut paraître presque plane. Pour juger honnêtement, regardez-la à plusieurs moments de l’année avant de décider d’un remplacement.

Tuilage, bombement, vrillage : trois formes, trois causes

Toutes les lames déformées ne se ressemblent pas. On en distingue trois formes principales, et chacune dit quelque chose de différent.

Le tuilage, d’abord. La lame se creuse dans sa largeur, ses bords se relèvent et son centre s’abaisse, comme une tuile canal. Ce sont les lames de terrasse qui se relèvent sur les bords, retiennent l’eau en leur milieu et accrochent le pied. Le tuilage vers le haut signe presque toujours un dessus qui sèche plus que le dessous : c’est le mécanisme décrit plus haut, typique d’une terrasse dont le dessous est humide et mal ventilé.

Le bombement, ensuite, est la forme inverse. Le centre de la lame se soulève et ses bords s’abaissent. Il apparaît quand la face supérieure est plus humide que la face inférieure, par exemple sur une terrasse très ventilée par en dessous mais où l’eau stagne sur le dessus, ou quand la lame a été posée avec un sens du cerne défavorable pour les conditions du lieu. Il est moins fréquent que le tuilage, mais il se lit de la même façon : la lame se courbe en fonction de l’écart entre ses deux faces.

Le vrillage, enfin, est une torsion de la lame dans sa longueur. Elle prend une forme d’hélice, une extrémité se soulève, un angle décolle de sa lambourde. Il dépend davantage du bois lui-même : une lame dont le fil n’est pas droit, qui contient des nœuds ou qui a été débitée près du cœur de l’arbre a tendance à vriller en séchant. Une fixation insuffisante, qui ne retient pas la lame sur toutes ses lambourdes, laisse ce vrillage s’exprimer.

Pour faire le diagnostic, posez une règle en travers de la lame pour mesurer le tuilage ou le bombement, et une règle dans sa longueur pour repérer le vrillage. Regardez aussi la répartition. Si la plupart des lames se déforment de la même façon, la cause est générale : le dessous de la terrasse ou le mode de pose. Si quelques lames seulement vrillent au milieu d’une terrasse saine, ce sont probablement ces lames-là qui étaient défavorables.

Le relevé vaut d’être noté sur un croquis de la terrasse. Une zone déformée groupée près d’un mur, sous un arbre ou le long d’une bordure indique un problème local de ventilation ou d’eau. Une déformation répartie partout pointe plutôt la pose ou le bois. Ce croquis évite de remplacer des lames sans comprendre pourquoi elles se sont abîmées.

Les fentes en bout et en surface

Les fentes inquiètent souvent autant que les déformations. Elles se classent en deux familles.

Les fentes en bout, d’abord. Elles partent de l’about, l’extrémité de la lame, et remontent dans le fil du bois. Le bois de bout, exposé par la coupe, absorbe et rejette l’eau bien plus vite que le reste de la lame. L’about sèche et se rétracte plus vite que le reste, et il se fend. Ce phénomène est aggravé par des abouts non protégés à la pose, par un bois posé trop sec qui reprend brutalement l’humidité, ou par une fixation placée trop près de l’extrémité, qui crée une amorce de fente.

Les fentes en surface, ensuite. Ce sont souvent des gerces, fines fissures qui apparaissent sur la face exposée au soleil. Elles naissent du séchage rapide de la surface, qui se rétracte plus vite que l’intérieur de la lame. Elles s’ouvrent en été, se referment en partie à l’humidité, et restent en général superficielles. Elles n’affaiblissent guère la lame. Leur principal inconvénient est de retenir un peu d’eau et de pouvoir, avec le temps, produire des échardes.

La distinction qui compte est celle entre une fente de surface bénigne et une fente qui traverse. Une fente qui traverse toute l’épaisseur de la lame, ou qui se prolonge sur une grande partie de sa longueur, la fragilise réellement. Elle peut céder sous le poids, surtout si elle se trouve entre deux appuis. Glissez une lame de couteau dans la fente : si elle s’enfonce profondément ou traverse, la lame est à remplacer.

Les fentes autour des fixations méritent une attention particulière. Une fente qui part d’une vis signale une fixation trop proche du bord ou du bout, ou un bois dur fixé sans pré-perçage. Si elle se répète sur toute la terrasse, c’est une habitude de pose, et elle continuera sur les lames neuves si on ne la corrige pas.

Les échardes, enfin, sont la conséquence la plus gênante au quotidien. Elles se détachent des gerces et des fentes de surface, surtout sur les bois résineux. Un léger ponçage localisé, suivi d’une huile ou d’un saturateur, les limite nettement.

Le dessous de la terrasse, premier suspect

Puisque la plupart des déformations viennent d’un écart d’humidité entre les deux faces des lames, le dessous de la terrasse est le premier endroit à inspecter. Pour le voir, il suffit de soulever une lame, idéalement dans la zone la plus déformée.

La ventilation, d’abord. Une terrasse doit laisser l’air circuler librement sous les lames, entre les lambourdes, et vers l’extérieur. Une terrasse fermée sur ses côtés par des plinthes pleines, des murets ou des bordures, sans ouverture, confine l’air humide dessous. Les lames ne sèchent jamais par le bas.

La garde au sol, ensuite. Des lames posées trop près du sol, sur des lambourdes qui reposent presque directement sur la terre ou une dalle humide, reçoivent toute l’humidité remontante et manquent d’espace pour que l’air circule. C’est une cause très fréquente de tuilage, notamment sur les terrasses posées à même une pelouse.

La végétation joue aussi. Des herbes, des mousses ou des plantes qui poussent sous la terrasse retiennent l’humidité et bloquent l’air. Un film de géotextile mal posé, ou absent, laisse la végétation envahir l’espace.

L’eau qui stagne, enfin. Si le sol sous la terrasse forme une cuvette, ou si la pente d’une dalle renvoie l’eau vers la maison au lieu de l’évacuer, une flaque persistante entretient une humidité maximale juste sous les lames. Regardez les traces de boue, les dépôts, les zones noircies sur les lambourdes. Elles montrent où l’eau reste.

Profitez de la lame soulevée pour vérifier l’état des lambourdes. Des lambourdes molles, noircies ou déformées expliquent aussi des lames qui bougent. Elles se changent avant les lames, sinon le problème revient.

Rattraper sans tout refaire

Une terrasse déformée ne se refait pas forcément entièrement. Selon l’ampleur du défaut et sa cause, plusieurs gestes permettent de la rattraper.

Dégager le dessous est le premier et le plus efficace. Ouvrir des passages d’air sur les côtés, retirer la végétation, poser ou refaire un géotextile, corriger une cuvette qui retient l’eau. Sans ce geste, tous les autres ne sont que provisoires. Une fois le dessous ventilé, les lames peu déformées retrouvent souvent une forme presque plane au fil des saisons.

Retourner une lame tuilée est une solution parfois évoquée. Une lame qui s’est creusée vers le haut peut être retournée, sa face bombée vers le dessus. Le geste fonctionne sur des lames lisses des deux côtés et peu déformées. Mais il ne corrige pas la cause, et si le dessous reste humide, la lame se déformera à nouveau, dans l’autre sens cette fois. Il n’a de sens qu’après avoir dégagé le dessous.

Remplacer quelques lames est souvent la bonne réponse quand la déformation touche une partie limitée de la terrasse, ou quand quelques lames vrillent parce qu’elles étaient défavorables. On dévisse la lame, on en recoupe une neuve et on la refixe, en respectant l’espacement des voisines.

Ajouter une fixation peut aider une lame qui vrille ou qui tuile légèrement à rester en place. Mais forcer une lame très déformée à se plaquer sur sa lambourde avec des vis supplémentaires la fait souvent fendre. Mieux vaut la remplacer.

Ce qui ne marche pas, en revanche : poncer fortement pour aplanir une lame tuilée. On retire de la matière, la lame s’affine et se déforme encore davantage. Et le problème de fond reste entier.

Choisir la lame qui tiendra

Si des lames doivent être remplacées, ou si la terrasse doit être refaite, le choix de la lame limite le risque de voir le défaut revenir.

La largeur compte. Une lame large bouge davantage en largeur qu’une lame étroite, et elle tuile plus facilement. Les lames très larges, séduisantes à l’œil, demandent un dessous parfaitement ventilé.

L’épaisseur compte aussi. Une lame épaisse pour sa largeur résiste mieux au tuilage qu’une lame fine. Le rapport entre les deux est plus important que chacune des dimensions prise seule.

Le sens du cerne, c’est-à-dire l’orientation des cernes de croissance visibles au bout de la lame, influe sur la manière dont elle se déforme. Les avis divergent sur le sens idéal, et la réponse dépend de l’essence et des conditions du lieu. Ce qui fait consensus, c’est qu’une lame débitée sur quartier, avec des cernes perpendiculaires à la face, bouge beaucoup moins qu’une lame débitée sur dosse.

L’essence, enfin, détermine la stabilité et la durabilité naturelle du bois. Certaines essences bougent peu et durent longtemps dehors, d’autres demandent plus d’attention. Nous comparons les options dans notre article sur le choix de l’essence de terrasse, et vous trouverez nos autres conseils dans nos articles sur la terrasse bois.

Questions fréquentes

Peut-on redresser une lame tuilée ?

Une lame légèrement tuilée peut revenir en partie d’elle-même si l’on rétablit la ventilation du dessous et que ses deux faces retrouvent le même rythme de séchage. Une lame fortement tuilée a pris son pli et se redresse mal. La forcer avec des vis la fait souvent fendre. Mieux vaut la remplacer.

Faut-il poser la lame cerne vers le haut ?

La question divise les poseurs, et la réponse dépend de l’essence et de l’exposition. Ce qui compte davantage, c’est de choisir des lames débitées le plus possible sur quartier, qui bougent peu, et de ventiler correctement le dessous. Un bon sens du cerne ne compensera jamais un dessous humide.

Le tuilage est-il couvert par la garantie ?

Cela dépend de la cause. Si la déformation vient d’un défaut du bois, la garantie du fournisseur peut jouer. Si elle vient de la pose ou de la conception de la terrasse, ventilation insuffisante ou lames trop près du sol, c’est la responsabilité de l’installateur qui peut être engagée. Rassemblez des photos et les documents de chantier avant de faire une réclamation.

Une lame fendue est-elle dangereuse ?

Une gerce de surface ne l’est pas. Une fente qui traverse la lame ou qui s’étend entre deux appuis peut en revanche céder sous le poids d’une personne, et elle produit des échardes. Remplacez sans attendre les lames qui présentent ce type de fente, surtout dans les zones de passage.