Terrasse & aménagement extérieur

Fabriquer une jardinière en bois soi-même : bois, plan, assemblage

Par Erwan Le Guen23 octobre 202613 min de lecture

Jardinière en bois de mélèze fabriquée à la main, posée sur une terrasse

Une jardinière en bois faite maison coûte peu, se dessine à la taille exacte de la terrasse ou du balcon, et se fabrique en une journée avec une scie, une visseuse et un peu de méthode. Le problème, c’est qu’elle travaille plus qu’aucun autre meuble d’extérieur : remplie de terre humide, arrosée tout l’été, exposée au gel l’hiver, elle pousse sur ses parois en permanence. Chez Ouest Wood Habitat, nous voyons surtout deux échecs : la jardinière qui s’ouvre aux angles dès le deuxième hiver, et celle qui pourrit par le fond. Les deux se préviennent à la fabrication. Voici la méthode complète, du choix du bois au montage des pieds, valable pour n’importe quelle taille.

Avant de couper : l’emplacement décide de tout

On dessine une jardinière à partir de l’endroit où elle va vivre, pas l’inverse. Quatre questions règlent la plupart des choix.

La première est le poids. Une jardinière remplie de terre mouillée est lourde, bien plus qu’on ne l’imagine en regardant le bac vide. Sur une terrasse en bois, elle se pose au droit des lambourdes, jamais au milieu d’une travée. Sur un balcon, la charge admissible se vérifie avant de construire un grand bac, et le plus sage reste de multiplier les petits contenants plutôt que d’en poser un seul très long. En pleine terre, la question ne se pose pas.

La deuxième est l’eau. Ce qui s’écoule par le fond va quelque part : sur les lames de la terrasse, qu’il tache et fait travailler ; sur le carrelage du balcon, et parfois chez le voisin du dessous. Prévoir une soucoupe, un bac de récupération ou un emplacement où l’eau peut partir fait partie du plan.

La troisième est le soleil. Une jardinière en plein sud sèche vite, et ses parois sombres chauffent la terre. Une jardinière à l’ombre reste humide et sollicite davantage le bois. Ce n’est pas une raison de renoncer, mais cela oriente le choix de l’essence et de la protection.

La quatrième est l’accès. On doit pouvoir arroser, tailler et désherber sans se pencher au-dessus d’un vide ni marcher dans les plantations. Une jardinière contre un mur ne doit pas être plus profonde qu’un bras.

Quel bois pour une jardinière qui dure

Le bois d’une jardinière est en contact permanent avec la terre humide, au moins sur sa face intérieure. C’est la situation la plus sévère qu’on puisse lui imposer. Le choix de l’essence compte donc davantage que pour une table de jardin.

Les essences qui se comportent bien sans traitement sont celles dont le cœur est naturellement durable :

  • le mélèze, résineux dense et riche en résine, qui tient bien dehors ;
  • le douglas, à condition qu’il soit purgé d’aubier, c’est-à-dire sans la partie claire du bois ;
  • le robinier, souvent appelé acacia, très dur et très durable, mais plus difficile à travailler ;
  • le châtaignier, durable et facile à trouver en planches dans beaucoup de régions ;
  • le red cedar, léger et stable, plus coûteux.

Le pin traité en autoclave est une option économique. Il faut alors choisir une classe de traitement prévue pour le contact avec le sol, et protéger chaque coupe faite sur le chantier, car le traitement ne pénètre pas jusqu’au cœur de la planche. Pour un bac destiné aux légumes, beaucoup de jardiniers préfèrent éviter le bois traité côté terre, ou le doublent d’une membrane.

Les palettes sont tentantes et souvent gratuites. Elles conviennent à condition de lire leur marquage : le sigle HT signifie que le bois a été traité par la chaleur, ce qui ne pose aucun problème. Le sigle MB désigne un traitement au bromure de méthyle : ces palettes sont à écarter, surtout pour un usage potager. Une palette sans marquage reste une inconnue. Le bois de palette est aussi souvent du résineux peu durable : il tiendra moins longtemps qu’une planche de mélèze.

À éviter absolument : les vieilles traverses de chemin de fer et les bois de récupération dont on ignore le traitement. Les traverses créosotées sont proscrites pour cet usage.

Dessiner son plan sans le compliquer

Le plus simple est de partir des planches qu’on trouve dans le commerce, plutôt que d’une dimension idéale. On choisit une largeur de planche, puis on décide du nombre de rangs empilés pour obtenir la hauteur. Le plan se réduit alors à trois questions : combien de rangs, quelle longueur, quelle profondeur.

La hauteur se règle sur l’usage. Pour des fleurs et des aromatiques, quelques rangs suffisent. Pour des légumes à racines, il faut davantage de profondeur de terre. Pour cultiver sans se baisser, on monte la jardinière sur pieds plutôt que d’empiler une hauteur de terre inutile et lourde.

La profondeur, c’est-à-dire la distance entre la face avant et la face arrière, se choisit pour qu’on atteigne le fond sans effort. Si la jardinière est accessible des deux côtés, elle peut être plus profonde.

Une fois ces trois valeurs fixées, on dresse la liste de débit sur une feuille : nombre de planches de façade, nombre de planches de côté, nombre de montants d’angle, nombre de lattes de fond. On ajoute une planche de réserve. Cette liste évite les allers-retours au magasin et les chutes inutiles. Pour un « plan de jardinière » prêt à l’emploi, c’est exactement ce que contiennent les fiches qu’on trouve en ligne : une liste de débit et un ordre de montage, rien de plus.

Une règle utile : les côtés courts se placent entre les grands côtés, ou l’inverse, mais toujours de la même façon sur tous les rangs. Cela simplifie la découpe, toutes les pièces d’un même type ayant la même longueur.

Les assemblages qui tiennent quand la terre pousse

La terre mouillée pousse vers l’extérieur, surtout au gel. Une jardinière dont les planches sont simplement vissées bout à bout dans les angles finit par s’ouvrir : les vis travaillent dans le bois de bout, là où elles tiennent le moins.

La solution est le montant d’angle. À chaque coin, on place un tasseau ou un carrelet vertical, à l’intérieur de la jardinière. Chaque planche est vissée dans ce montant, et non dans la planche voisine. Les vis travaillent alors dans le fil du bois, et la jardinière forme un cadre rigide. C’est le détail qui fait la plus grande différence sur la durée.

Quelques règles complètent le montage :

  • des vis en inox, ou au minimum traitées pour l’extérieur, car l’acier ordinaire rouille et tache ;
  • un pré-perçage près des extrémités, pour ne pas fendre les planches ;
  • deux vis par planche et par montant, pas une seule ;
  • un léger jeu entre les rangs si le bois est encore humide, pour qu’il puisse travailler.

Sur une grande longueur, les planches ont tendance à bomber vers l’extérieur au milieu. On ajoute alors un montant intermédiaire au centre de chaque grand côté, ou une traverse qui relie les deux grandes faces en haut, juste sous le niveau de la terre. Une ceinture haute, c’est-à-dire une planche posée à plat sur le dessus des parois, rigidifie l’ensemble et protège le bois de bout de la pluie. Elle sert aussi de rebord pour s’asseoir ou poser un outil.

Les planches peuvent être posées à joints droits ou à joints décalés. Les joints décalés, en alternant les angles comme dans un mur de briques, renforcent la tenue, mais ils compliquent le débit. Avec des montants d’angle, les joints droits suffisent.

Le fond, l’eau et les pieds

Le fond est la partie qui pourrit en premier. Il reçoit toute l’eau qui traverse la terre et reste humide le plus longtemps.

Un fond plein, d’une seule planche ou d’un panneau, est à éviter : l’eau stagne dessus. On préfère des lattes espacées, posées sur des tasseaux vissés en bas des parois. L’espace entre les lattes laisse l’eau s’écouler. Un géotextile posé sur les lattes empêche la terre de passer à travers tout en laissant filer l’eau.

Au-dessus, une couche drainante de billes d’argile ou de gravier améliore l’écoulement, surtout pour les plantes qui craignent l’excès d’eau. Elle n’est pas indispensable pour toutes les cultures, mais elle prolonge la vie du fond.

Enfin, la jardinière ne doit pas reposer à plat sur le sol ou sur la terrasse. Un bois posé directement sur une surface humide n’a aucune chance de sécher. Des pieds, des tasseaux ou de simples cales la décollent du support et laissent l’air circuler dessous. Sur une terrasse, cela évite aussi les taches et la pourriture des lames situées en dessous. Pour une jardinière sur pieds plus haute, les pieds prolongent tout simplement les montants d’angle vers le bas.

Protéger le bois, en deux mots

La face intérieure est la plus exposée, car elle touche la terre humide en permanence. La séparer de la terre par un film agrafé en haut des parois, sans couvrir le fond pour ne pas bloquer l’eau, prolonge nettement la vie de la jardinière. Une membrane à excroissances fait encore mieux, car elle laisse une lame d’air contre le bois.

La face extérieure peut recevoir un saturateur, pour garder la teinte du bois neuf, ou être laissée griser naturellement. Dans tous les cas, on n’applique jamais côté terre un produit toxique pour les plantes : huile de vidange, créosote et vieux produits de traitement n’ont rien à faire dans une jardinière.

L’ordre de montage, étape par étape

Avec la liste de débit en main, le montage suit toujours le même ordre. Le respecter évite de se retrouver avec un cadre de travers qu’on ne peut plus redresser.

  • Couper toutes les pièces d’un même type d’un coup, avec une butée, pour qu’elles soient rigoureusement identiques.
  • Assembler d’abord les deux grandes faces à plat sur un sol plan : planches côte à côte, montants d’angle vissés aux extrémités.
  • Relier les deux faces par les planches des petits côtés, en commençant par le rang du bas.
  • Contrôler l’équerrage en mesurant les deux diagonales, qui doivent être égales, avant de visser les rangs supérieurs.
  • Poser les tasseaux de fond, puis les lattes, puis la ceinture haute et les pieds.

Travailler à plat pour les grandes faces est le secret d’une jardinière droite. Si l’on visse planche par planche sur un cadre déjà debout, la moindre erreur s’additionne d’un rang à l’autre. À plat, les planches s’alignent contre une règle ou un mur, et le résultat est juste du premier coup.

Un dernier passage au papier de verre sur les arêtes et le dessus de la ceinture évite les échardes, surtout si des enfants jardinent. Les coupes et les bois de bout reçoivent, eux, un soin particulier : c’est par eux que l’eau entre en premier, et c’est là qu’une couche de saturateur ou d’huile se justifie le plus, même si le reste de la jardinière est laissé brut.

Enfin, laissez la jardinière vide quelques jours à son emplacement avant de la remplir. Elle prend son assise, on vérifie qu’elle ne bascule pas et que l’eau de pluie s’écoule bien dessous. C’est le moment de corriger une cale ou un pied, pas une fois remplie de terre.

Trois variantes faciles

La méthode reste la même pour toutes les formes. Seuls quelques détails changent.

La jardinière sur pieds est la plus confortable pour un balcon ou pour qui veut jardiner debout. Les montants d’angle descendent jusqu’au sol et deviennent les pieds. Le bac lui-même est moins profond, puisqu’on n’a pas besoin de remplir de terre jusqu’au sol. Des traverses basses entre les pieds stabilisent l’ensemble et peuvent porter une étagère pour les outils. Le fond, très sollicité, gagne à être plus serré et soutenu par des tasseaux solides, car toute la charge repose sur lui.

La jardinière en palettes se fabrique en démontant les planches des palettes et en les réassemblant sur des montants, selon la méthode décrite plus haut. Une autre approche consiste à garder la palette entière, posée debout, et à fermer certaines travées par un fond et des côtés pour en faire une jardinière murale. Dans les deux cas, vérifiez le marquage HT et poncez les planches, souvent rugueuses.

Le bac haut pour aromatiques est étroit et profond. Il se place contre un mur, près de la cuisine. Sa profondeur de terre reste modeste, car les aromatiques n’ont pas besoin d’un grand volume. Il gagne à être monté sur pieds, à hauteur de main, pour qu’on cueille sans se baisser.

Pour toutes ces variantes, l’essence se choisit avec le même soin. Pour comprendre ce qui rend un bois durable dehors, voyez notre article pour choisir une essence qui tient dehors : les critères sont les mêmes que pour une terrasse. D’autres projets du même ordre sont réunis dans nos idées d’aménagement extérieur en bois.

Questions fréquentes

Quel bois choisir pour faire une jardinière ?

Un bois naturellement durable : mélèze, douglas purgé d’aubier, robinier, châtaignier ou red cedar. Le pin traité en autoclave convient s’il est traité pour le contact avec le sol et si ses coupes sont protégées. Les palettes marquées HT sont utilisables, celles marquées MB sont à écarter, et les traverses créosotées sont proscrites.

Comment éviter qu’une jardinière en bois s’ouvre aux angles ?

En vissant chaque planche dans un montant d’angle vertical placé à l’intérieur, et non dans la planche voisine. Les vis tiennent alors dans le fil du bois. Sur une grande longueur, ajoutez un montant intermédiaire ou une traverse haute entre les deux grands côtés, et une ceinture posée à plat sur le dessus.

Faut-il mettre un fond à une jardinière en bois ?

Oui si elle est posée sur une terrasse ou un balcon, non si elle est en pleine terre. Le fond se fait en lattes espacées, jamais en panneau plein, recouvertes d’un géotextile qui retient la terre et laisse passer l’eau. La jardinière doit ensuite être décollée du sol par des pieds ou des tasseaux.

Où trouver un plan de jardinière en bois ?

Le plus simple est de le dessiner soi-même à partir des planches du commerce : on choisit la largeur de planche, le nombre de rangs, la longueur et la profondeur, puis on établit la liste de débit. Un plan tout fait ne contient rien de plus. Ce qui compte, ce sont les montants d’angle, le fond ajouré et les pieds.