Un carport en bois est l’un des rares ouvrages extérieurs qu’un bon bricoleur peut mener seul de bout en bout, à condition de respecter un ordre précis et trois points qui ne pardonnent pas : les pieds de poteaux, le contreventement et l’eau de la toiture. Chez Ouest Wood Habitat, les carports qu’on nous appelle à reprendre ont presque toujours raté l’un des trois, rarement autre chose. Voici comment fabriquer un carport en bois, en kit ou avec du bois du commerce, du piquetage au sol jusqu’à la dernière gouttière, avec les gestes qui le font tenir dans le vent de l’Ouest.
Avant le bois : implantation et autorisation
Tout commence par l’emplacement, et il se décide avant d’acheter la moindre pièce. Un carport doit laisser entrer et sortir le véhicule sans manœuvre acrobatique, portières ouvertes, coffre levé. Garez la voiture à l’endroit prévu, ouvrez tout, faites le tour : c’est la meilleure façon de placer les poteaux. Un poteau mal placé se heurte pendant des années.
Regardez ensuite où ira l’eau. Une toiture de carport reçoit toute la pluie de sa surface et la renvoie d’un seul côté. Si ce côté est la limite du voisin, un mur de la maison ou une allée piétonne, le problème est déjà là. Le sens de la pente se choisit en même temps que l’emplacement, et le point de rejet de l’eau avec lui : regard pluvial, puits d’infiltration, cuve de récupération.
Vérifiez aussi le sol. Un terrain remblayé récemment, une ancienne fosse, des réseaux enterrés sous l’allée : autant de raisons de déplacer un poteau de quelques dizaines de centimètres avant de couler un plot, plutôt qu’après.
Enfin, l’autorisation. Un carport crée de l’emprise au sol même s’il est ouvert sur tous ses côtés, et il modifie l’aspect de la parcelle. Selon sa taille, la zone et le règlement local, il demande une déclaration préalable, parfois davantage. Les règles sont détaillées dans notre article sur ce que la mairie regarde pour un carport : nous ne les reprenons pas ici. Retenez simplement que le dossier se dépose avant de commander, parce que la mairie peut imposer une teinte, une pente ou un recul qui changent le projet.
Kit ou bois du commerce
Deux chemins mènent au même carport. Ils ne demandent pas le même travail ni les mêmes compétences.
Le kit livre des pièces déjà coupées à longueur, souvent déjà entaillées et percées, avec la quincaillerie, une notice et un plan de montage. Son grand avantage est que le calcul a été fait par le fabricant : la section des poteaux, la portée des poutres et l’entraxe des chevrons ont été choisis pour la couverture prévue. Votre travail consiste à préparer le sol, à monter juste et à ne rien modifier sans lui demander. Ajouter une travée, allonger un débord ou changer la couverture pour une plus lourde sort du cadre du calcul.
La fabrication libre, à partir de bois du commerce, laisse choisir les dimensions au centimètre près et adapter le carport à une parcelle difficile. En échange, tout est à votre charge : le plan, le dimensionnement des pièces, les coupes, les entailles, et la protection des bois coupés. Le dimensionnement est le vrai sujet. La section d’un poteau ou d’une poutre dépend de la hauteur, de la portée, du poids de la couverture, du vent et de la neige du lieu. Elle ne se devine pas : un charpentier, un bureau d’études ou un négoce équipé d’un logiciel de calcul peut la vérifier pour un coût modeste.
Entre les deux, beaucoup de bricoleurs achètent les pièces principales chez un charpentier, coupées et entaillées d’après leur plan validé, et font tout le reste. C’est souvent le meilleur compromis : la précision de l’atelier, le prix du travail fait soi-même.
Côté essence, le douglas et le pin traité en autoclave sont les plus courants. Le douglas sans aubier tient dehors hors contact du sol ; le pin traité supporte des expositions plus sévères mais demande de protéger chaque coupe. Le lamellé-collé, plus stable et plus droit, est apprécié pour les poutres de grande portée.
Les pieds de poteaux : plots, platines, ancrages
C’est la partie qu’on ne voit plus une fois le carport fini, et celle qui décide de sa durée de vie. Une règle d’abord : on n’enterre jamais un poteau en bois, même traité. Le bois enterré reste humide, et c’est au ras du sol, là où l’air et l’eau se rencontrent, qu’il pourrit en premier.
Le poteau repose donc sur un support métallique, lui-même ancré dans un plot en béton. Le plot est coulé dans un trou creusé jusqu’au bon sol, hors gel, et son dessus dépasse légèrement du terrain fini pour que l’eau ne stagne pas autour. Ses dimensions dépendent du sol et des efforts : le fabricant du kit les donne, sinon le calcul les fixe.
- La platine en U, qui enserre le pied du poteau et se boulonne au travers.
- La platine à visser ou à sceller, avec une tige qui entre sous le poteau.
- Le pied réglable, qui permet de rattraper une petite différence de niveau.
- La platine surélevée, qui laisse un vide d’air sous le bois.
Quel que soit le modèle, le pied du poteau ne doit jamais toucher le sol ni reposer dans une flaque. Un espace de quelques centimètres entre le bois et le béton, avec un support qui ne retient pas l’eau, change tout. Prenez une quincaillerie galvanisée à chaud ou en inox : un support qui rouille finit par tacher puis par céder.
L’implantation se fait au cordeau. Plantez des chaises en bois aux angles, tendez des ficelles qui matérialisent les axes des poteaux, et vérifiez l’équerrage en mesurant les deux diagonales du rectangle : si elles sont égales, les angles sont droits. Les plots se coulent à l’aplomb des intersections. Les platines se posent sur béton durci, ou se scellent dans le béton frais avec un gabarit, puis tous les supports se vérifient au niveau laser ou au niveau à eau. Une erreur de niveau à ce stade se retrouve en haut, multipliée.
Lever les poteaux et poser les poutres
Les poteaux se fixent dans leurs supports, puis se mettent d’aplomb dans les deux sens, au niveau à bulle posé sur deux faces voisines. Chacun est tenu par deux étais provisoires, des planches vissées en biais vers des piquets au sol. Ne retirez ces étais qu’une fois la structure contreventée : un poteau seul n’est pas stable, et une rafale suffit à le coucher.
Les poutres principales, qu’on appelle aussi sablières ou longrines selon leur position, se posent ensuite sur les poteaux ou contre eux. Le mode d’assemblage dépend du plan.
- Poutre posée sur le poteau, tenue par une équerre ou un étrier métallique.
- Poutre moisée, c’est-à-dire en deux pièces qui prennent le poteau en sandwich.
- Poutre entaillée dans le poteau, l’entaille reprenant une partie de la charge.
- Poutre assemblée par tenon et mortaise, plus exigeante à tailler.
Dans tous les cas, les liaisons se font par boulons traversants avec rondelles larges, ou par la visserie de structure prévue par le fabricant. Les vis à bois ordinaires ne suffisent pas pour reprendre les efforts d’une structure. Percez au diamètre juste, serrez sans écraser le bois, et prévoyez de resserrer après la première saison, quand le bois aura séché et un peu rétréci.
Pour lever les poutres, prévoyez de l’aide. Une poutre de carport est longue et lourde, et la poser seul en haut d’un escabeau est le moment le plus dangereux du chantier. Deux personnes, deux échafaudages roulants ou deux tréteaux hauts, et des serre-joints pour tenir la poutre avant de percer : c’est la méthode qui évite les accidents et les poutres posées de travers.
Pour un carport adossé à la maison, une lisse fixée au mur remplace la rangée de poteaux côté façade. Elle se fixe avec des chevilles adaptées au mur, et la jonction avec la façade doit être protégée de l’eau par une bavette ou un solin. Percer un mur qui protège la maison n’est pas anodin : la nature du mur décide de la fixation.
Contreventer : ce qui empêche le carport de se coucher
Un portique fait de poteaux et de poutres posés à angle droit est un rectangle. Or un rectangle se déforme : poussé sur le côté, il devient un parallélogramme. C’est ce qui arrive à un carport sans contreventement dans un coup de vent. Il penche, ses assemblages travaillent, puis il se couche. Le remède est le triangle, la seule forme qui ne se déforme pas.
Le moyen le plus courant est la jambe de force, appelée aussi contrefiche ou aisselier : une pièce de bois posée en biais entre le poteau et la poutre, à chaque angle. Elle forme un petit triangle qui bloque l’angle droit. Elle se pose dans les deux directions, en long et en travers, à chaque poteau ou au moins aux angles, selon le plan.
D’autres solutions existent. Une croix de Saint-André, deux pièces croisées dans une travée, rigidifie tout un pan. Un panneau plein, bardage ou claustra fixé sur une ossature, contrevente aussi le côté qu’il ferme. Pour un carport adossé, la fixation à la maison apporte une partie de la stabilité, mais elle ne dispense pas de contreventer les autres directions.
Les jambes de force se coupent à longueur avec des coupes biaises précises : un jour entre le bois et le poteau, et la pièce ne sert à rien. Elles se fixent par boulon ou par visserie de structure, jamais par une simple pointe. Une fois toutes posées, et seulement alors, on retire les étais provisoires.
Chevrons, pente et couverture
Les chevrons se posent sur les poutres, perpendiculairement, à l’entraxe que demande la couverture. C’est le fabricant de la couverture qui donne cet entraxe, et il dépend du matériau et de son épaisseur. Fixez-les avec des équerres ou des vis de structure, et vérifiez qu’ils forment un plan régulier : une couverture posée sur des chevrons tordus ne sera jamais étanche.
La pente est indispensable, même sur un carport dit à toit plat. Sans elle, l’eau stagne, les feuilles s’accumulent et la couverture se dégrade vite. Chaque couverture a sa pente minimale, indiquée par son fabricant. On l’obtient soit en posant les poutres à des hauteurs différentes, soit en calant les chevrons, soit en choisissant des poteaux de longueurs différentes d’un côté à l’autre.
Trois couvertures dominent pour un carport.
- Le bac acier, robuste et rapide à poser, de préférence avec un feutre anti-condensation en sous-face.
- Le polycarbonate alvéolaire, qui laisse passer la lumière, à poser avec ses profils et ses bandes de fermeture.
- La toiture végétalisée ou à membrane, plus lourde, qui demande une structure prévue pour elle.
Sous un bac acier sans feutre, la condensation goutte sur la voiture par les matins froids : c’est la réclamation la plus fréquente sur les carports métalliques. Le polycarbonate, lui, se pose dans le bon sens, la face traitée contre les ultraviolets vers le ciel, et ses alvéoles s’orientent dans le sens de la pente pour que l’eau de condensation s’écoule.
Au bas de la pente, une gouttière recueille l’eau et la conduit par une descente vers le point de rejet choisi au départ. Sur un carport de bonne taille, c’est un volume d’eau considérable à chaque averse. Une rive et un bandeau en bois en tête de chevrons protègent les bois de bout et finissent proprement le toit.
Finitions et protection du bois
Le carport debout, quelques gestes allongent sa vie de plusieurs années. Le premier est de protéger toutes les coupes faites sur chantier. Une coupe dans un bois traité en autoclave met à nu le cœur du bois, qui n’a pas reçu de traitement : un produit de traitement des coupes s’applique au pinceau, bien en profondeur. Sur du douglas, l’enjeu est surtout d’empêcher l’eau d’entrer par le bois de bout.
Le deuxième est de coiffer le haut des poteaux qui dépassent : un chapeau de poteau en métal ou une coupe en biais qui évacue l’eau empêche la pluie d’entrer dans le bois par le dessus. Les abouts de poutres exposés peuvent recevoir la même protection.
Le troisième est de choisir la finition. Laisser griser le bois est un choix assumé, sans entretien, qui donne une teinte argentée inégale selon l’exposition. Un saturateur garde la teinte d’origine plus longtemps, au prix d’un renouvellement régulier. Une lasure filmogène est déconseillée sur un ouvrage aussi exposé : elle finit par s’écailler, et la rénover demande un décapage.
Enfin, passez une visite après le premier hiver. Resserrez les boulons, vérifiez l’aplomb des poteaux, regardez les pieds et la gouttière, et contrôlez qu’aucune fixation ne s’est desserrée sous le vent. Ce contrôle prend une heure et rattrape presque toutes les petites dérives d’un chantier fait soi-même. Pour d’autres projets de jardin sur le même principe, voyez nos pages d’aménagement du jardin.
Questions fréquentes
Comment faire un carport en bois soi-même ?
Dans l’ordre : choisir l’emplacement et la pente, déposer l’autorisation, couler les plots, poser les platines de niveau, lever les poteaux d’aplomb et les étayer, poser les poutres, contreventer par des jambes de force, poser les chevrons puis la couverture et la gouttière, et enfin protéger les coupes. En kit, la notice fixe les dimensions ; en bois libre, faites vérifier les sections avant d’acheter.
Faut-il des fondations pour un carport en bois ?
Oui, sous chaque poteau : un plot en béton coulé jusqu’au bon sol, hors gel, avec un support métallique qui tient le bois au-dessus du sol. Une dalle complète n’est pas nécessaire, mais les poteaux ne doivent jamais être enterrés ni simplement posés sur des pavés. Les dimensions des plots dépendent du sol et des efforts : le fabricant ou le calcul les donne.
Quel bois choisir pour construire un carport ?
Le douglas purgé d’aubier et le pin traité en autoclave sont les plus utilisés, le premier pour sa tenue naturelle hors sol, le second pour son traitement en profondeur. Le lamellé-collé convient aux poutres longues. Dans tous les cas, prenez du bois sec, protégez les coupes et gardez tous les pieds de poteaux hors de l’eau.
Combien de temps faut-il pour monter un carport en kit ?
Cela dépend du modèle, de la préparation du sol et du nombre de bras. Les plots doivent durcir avant qu’on charge les supports, ce qui impose une pause entre la maçonnerie et le montage. Le levage des poutres demande au moins deux personnes. Comptez large, et prévoyez une période sans grand vent pour la pose de la couverture.
