Une terrasse surélevée donne une belle vue sur le jardin, et elle pose aussitôt une question : comment y descendre ? L’escalier qui relie la terrasse au jardin est souvent l’élément le plus négligé du projet. On le construit à la fin, avec les chutes de bois, et on découvre quelques hivers plus tard qu’il bouge, qu’il glisse ou que ses marches s’affaissent. Chez Ouest Wood Habitat, on voit souvent des terrasses en parfait état reliées au jardin par un escalier à refaire. Un escalier extérieur en bois subit pourtant plus d’efforts et plus d’eau que la terrasse elle-même. Il mérite qu’on le pense dès le départ.
Ce qu’un escalier extérieur subit
Un escalier de terrasse cumule trois difficultés qu’aucune autre partie de l’ouvrage ne rassemble à ce point.
La première est l’eau. Chaque marche est une surface horizontale qui reçoit la pluie et la retient si elle n’a pas de quoi s’écouler. Contrairement à la terrasse, qui sèche sur une grande surface au soleil et au vent, l’escalier est souvent placé contre la structure, dans un angle, parfois à l’ombre. Ses marches restent humides plus longtemps.
La deuxième est l’appui au sol. Le bas de l’escalier repose sur le jardin, là où la terre est humide en permanence, où l’eau ruisselle après une averse et où les herbes poussent contre le bois. C’est le point le plus exposé à la pourriture de tout l’ouvrage.
La troisième est le mouvement. Un escalier relie deux éléments qui ne bougent pas de la même façon : une terrasse sur sa structure, et un sol qui gonfle et se tasse au fil des saisons. Si l’escalier est rigidement lié aux deux, ces mouvements le tordent, le désaxent et finissent par desserrer ses assemblages.
À ces trois contraintes s’ajoute l’emplacement. On place souvent l’escalier là où il reste de la place, sans se demander d’où vient l’eau. Un escalier posé sous le débord d’un toit sans gouttière, ou au pied d’une descente d’eau pluviale, reçoit des trombes à chaque averse. Un escalier tourné vers le nord, adossé à une haie, ne voit jamais le soleil. Avant de dessiner l’escalier, on regarde donc la façade, les écoulements et l’ensoleillement, et on choisit l’emplacement qui lui laisse une chance de sécher.
L’emplacement décide aussi du parcours. Un escalier qui débouche face à une plate-bande oblige à un détour. Un escalier qui arrive sur l’allée du jardin s’intègre à la circulation de tous les jours. On le place là où l’on veut aller, pas seulement là où il tient.
Ces trois contraintes expliquent pourquoi un escalier extérieur demande plus de soin qu’on ne l’imagine. Ses dimensions sont modestes, mais il travaille beaucoup, et il est emprunté chaque jour.
Les limons, colonne vertébrale de l’escalier
Un escalier de terrasse tient par ses limons. Ce sont les pièces inclinées, placées de chaque côté, qui portent les marches et transmettent les efforts du haut vers le bas. Tout le reste de l’escalier en dépend.
Il existe deux grandes façons de construire un limon. La première est le limon à crémaillère : on découpe le bord supérieur de la pièce en dents successives, et chaque marche vient se poser sur une dent. C’est la solution la plus répandue pour les escaliers de terrasse. Elle est simple à fabriquer et donne un escalier ouvert, où l’on voit le profil des marches depuis le côté.
La seconde est le limon entaillé ou à marches encastrées : les marches s’insèrent dans des entailles creusées dans la face intérieure du limon, ou reposent sur des tasseaux fixés contre lui. Le limon reste plein, sans découpe. Il est plus solide à section égale, puisqu’on ne lui a rien retiré, et l’escalier présente des côtés lisses.
La crémaillère a un point faible qu’il faut connaître. En découpant les dents, on réduit la partie pleine du limon, celle qui porte réellement. Si l’on taille trop profond dans une pièce trop étroite, le limon devient fragile au fond de chaque dent. On choisit donc une pièce de section suffisante, et on garde toujours une épaisseur de bois pleine sous la ligne des dents.
Pour un escalier large, deux limons ne suffisent pas. On en ajoute un troisième au milieu, pour éviter que les marches ne fléchissent sous le pas. Une marche qui plie au centre est le signe d’un limon manquant.
Les limons sont aussi les pièces les plus sollicitées par l’humidité, puisqu’ils descendent jusqu’au sol. On les choisit dans une essence durable ou un bois traité pour un usage extérieur exigeant, au moins aussi résistant que la structure de la terrasse.
Le pied de l’escalier
Le bas de l’escalier décide de sa durée de vie. Un limon posé directement sur la terre ou sur le gazon pourrit en quelques années, quelle que soit sa qualité. On ne pose jamais le bois au contact du sol.
La solution la plus sûre est une assise dure, sur laquelle les limons reposent sans toucher la terre. Une petite dalle béton, une semelle, des pavés posés sur un lit stabilisé ou des plots offrent cet appui. Elle doit être stable, de niveau, et ne pas retenir l’eau.
Entre l’assise et le bois, on interpose un élément qui coupe le contact direct. Un pied métallique réglable, une platine ou une cale imputrescible maintiennent le limon légèrement au-dessus de l’assise. L’eau ne stagne plus contre le bois de bout, et l’air circule.
Le bois de bout du limon mérite une attention particulière. C’est par cette coupe que l’eau pénètre le plus facilement dans la pièce. On la traite, on la protège, et on la garde hors de toute flaque.
Pensez aussi à l’environnement immédiat du pied. Une zone engazonnée ou plantée contre l’escalier garde l’humidité. Une bande de gravier autour de l’assise draine l’eau et éloigne la végétation du bois.
Enfin, l’assise doit tenir dans le temps. Un sol qui se tasse fait descendre le pied de l’escalier, qui se désaxe et force sur sa fixation haute. Une assise posée sur un sol bien compacté, ou fondée plus profondément, évite ce désordre.
Le raccord à la terrasse
En haut, l’escalier rejoint la terrasse. Ce raccord doit être solide, mais il doit se faire au bon endroit.
On fixe toujours les limons sur la structure porteuse de la terrasse, c’est-à-dire sur une poutre ou une lambourde de rive solide. On ne les fixe jamais sur les lames du plancher. Les lames ne sont pas faites pour porter des efforts concentrés, et elles finiraient par s’arracher ou se fendre.
La fixation se fait par des équerres métalliques, des sabots ou des boulons traversants, en matériau résistant à la corrosion extérieure. On évite les simples vis vissées en bout de limon, qui travaillent dans la mauvaise direction et se desserrent.
Le niveau de la première marche se règle depuis le haut. La hauteur entre le plancher de la terrasse et la première marche doit être égale à celle de toutes les autres marches. Une première marche plus haute ou plus basse que les suivantes est une cause fréquente de chute, parce que le pied s’attend à un rythme régulier.
Un escalier qui donne accès à une terrasse haute peut aussi comporter un palier intermédiaire. Ce palier coupe la volée en deux, offre un repos et permet de changer de direction pour gagner de la place. Il repose sur ses propres poteaux, ancrés sur des assises au sol, et non sur le seul raccord à la terrasse. C’est un petit ouvrage à part entière, qui se construit avec le même soin que la terrasse.
Le raccord doit enfin laisser l’eau s’écouler. Une jonction qui forme un creux entre la terrasse et le haut de l’escalier retient l’eau et pourrit la tête des limons. On veille à ce que rien ne fasse barrage.
Les marches : épaisseur, débord, écoulement
Les marches sont la partie qu’on voit et qu’on touche. Leur conception décide du confort, de la sécurité et de la durabilité de l’escalier.
Une marche peut être faite d’une planche épaisse unique, ou de plusieurs lames posées côte à côte, souvent les mêmes que celles de la terrasse. Les lames assemblées offrent une continuité d’aspect avec le plancher. Elles doivent toutefois être assez épaisses et assez bien soutenues pour ne pas fléchir sous un pas appuyé.
Entre les lames d’une marche, on laisse un jeu, comme sur la terrasse. Ce jeu laisse passer l’eau, qui s’écoule au lieu de rester sur la marche. Une marche faite de lames serrées sans jeu reste mouillée et glissante longtemps après la pluie.
Le débord, ou nez de marche, est la partie qui dépasse légèrement en avant. Il améliore le confort de descente, mais il ne doit pas être excessif, sous peine de devenir une prise où le talon accroche. Le débord protège aussi la face avant du limon de la pluie qui ruisselle.
La profondeur des marches, qu’on appelle le giron, et leur hauteur doivent rester constantes sur tout l’escalier. Le rapport entre les deux fait la différence entre un escalier confortable et un escalier fatigant ou dangereux. Pour un escalier extérieur, on privilégie des marches plutôt profondes et peu hautes, plus sûres par temps humide.
On peut choisir de fermer ou non l’espace vertical entre deux marches, la contremarche. Un escalier sans contremarche laisse passer l’air et sèche mieux. Une contremarche donne un aspect plus fini, mais elle crée une surface supplémentaire exposée à l’eau et à l’accumulation de feuilles.
Une marche qui ne glisse pas
Le bois mouillé glisse, et le bois qui verdit glisse encore plus. Sur un escalier, une glissade n’a pas les mêmes conséquences que sur une terrasse plane. La prévention de la glissance est donc une priorité.
Le choix de l’essence joue un rôle. Certaines essences restent plus adhérentes que d’autres une fois mouillées. Les lames striées ou rainurées offrent une surface plus accrocheuse sous le pied, à condition que les rainures soient orientées pour laisser l’eau s’écouler et qu’on les entretienne.
Les bandes antidérapantes collées ou vissées sur le nez de chaque marche améliorent nettement l’adhérence. Elles se posent sur la partie la plus sollicitée, là où le pied prend appui. Elles sont particulièrement utiles sur un escalier à l’ombre, qui sèche mal.
L’entretien est la troisième arme. Les mousses, les algues et les feuilles mortes rendent n’importe quelle marche glissante. Un nettoyage régulier, surtout à l’automne, entretient l’adhérence. Un escalier placé sous un arbre demande plus d’attention qu’un escalier en plein soleil.
Les causes de la glissance sont les mêmes que sur le plancher, et les remèdes se ressemblent. Ils sont développés en détail pour une terrasse bois qui glisse, et s’appliquent largement aux marches.
La main courante
Une main courante rend la descente plus sûre, surtout par temps de pluie, la nuit ou pour les personnes moins assurées. Sur un escalier de quelques marches seulement, elle est parfois considérée comme facultative. Sur un escalier plus haut, elle devient vite indispensable.
La règle qui s’applique dépend de la hauteur de l’escalier et de la configuration des lieux. Elle se lit dans les textes de référence sur les garde-corps et les escaliers. Au-delà de la règle, le bon sens suffit souvent : si vous hésitez à descendre sans vous tenir, une main courante est nécessaire.
La main courante se fixe sur des poteaux solidement ancrés, soit sur les limons, soit sur la structure de la terrasse et sur l’assise du pied. Un poteau vissé seulement en surface sur une marche ne résiste pas à l’effort de quelqu’un qui se rattrape. On l’ancre dans une pièce porteuse.
Sa forme compte autant que sa fixation. Une main courante doit se saisir facilement, être continue sur toute la longueur de l’escalier et ne présenter ni écharde ni arête vive. On l’incline légèrement sur sa face supérieure pour que l’eau ne s’y accumule pas.
Si la terrasse elle-même est équipée d’un garde-corps, on cherche une continuité entre les deux. L’escalier et la terrasse forment alors un ensemble cohérent, plus sûr et plus agréable à l’œil. Les questions voisines sont regroupées dans nos conseils pour la terrasse en bois.
Questions fréquentes
Peut-on poser un escalier de terrasse directement sur la pelouse ?
Non. Le contact avec la terre et le gazon humide fait pourrir les limons en quelques années. Il faut une assise dure et stable, dalle, semelle, pavés ou plots, et un élément qui maintient le bois au-dessus de cette assise. Une bande de gravier autour améliore encore le drainage.
Faut-il fixer l’escalier à la terrasse ?
Oui, en haut, sur la structure porteuse de la terrasse, jamais sur les lames. En bas, l’escalier repose sur son assise, avec une fixation qui le maintient en place. Cette double fixation empêche l’escalier de se déplacer tout en tolérant les petits mouvements du sol.
Limon à crémaillère ou limon entaillé ?
La crémaillère est plus simple à fabriquer et donne un escalier ouvert, mais elle affaiblit la pièce au fond de chaque dent. Le limon entaillé garde toute sa section et donne des côtés lisses. Pour un escalier large ou très sollicité, le limon plein est souvent plus sûr.
Comment éviter que les marches verdissent ?
On laisse un jeu entre les lames pour que l’eau s’écoule, on évite de placer l’escalier dans une zone humide et ombragée si c’est possible, et on nettoie régulièrement les mousses et les feuilles. Un escalier qui sèche vite verdit beaucoup moins qu’un escalier qui reste mouillé.
