Terrasse & aménagement extérieur

Claustra bois en brise-vue : poteaux, lames et vent

Par Erwan Le Guen9 octobre 202612 min de lecture

Claustra en lames de bois servant de brise-vue sur une terrasse

La terrasse est agréable, mais la fenêtre du voisin donne pile dessus. Le fond du jardin serait parfait pour un salon d’été, si la rue ne passait pas juste derrière la haie trop basse. Le claustra en bois répond à ce besoin d’intimité mieux que tout autre aménagement : il arrête le regard, habille le jardin et se pose en quelques jours. Mais un claustra est aussi, il faut le savoir, une voile plantée dans le sol. Chez Ouest Wood Habitat, on a vu des brise-vue magnifiques pencher au premier coup de vent d’automne, leurs poteaux arrachés du sol ou cassés à leur pied. Le vent breton ne pardonne pas les claustras mal ancrés. Tout se joue sur ce qui les retient au sol.

Ce qu’un claustra subit

Un claustra paraît être un aménagement léger et sans contrainte. Il en subit pourtant de sérieuses, qui expliquent la plupart des défaillances.

La prise au vent vient en premier. Un panneau plein de claustra offre au vent une surface comparable à celle d’une voile. Quand une rafale le frappe, elle exerce une poussée considérable, transmise aux poteaux. Ces poteaux travaillent comme des leviers : la poussée exercée en haut du panneau crée un effort très important à leur base, dans le sol.

Le pied dans l’humidité est la deuxième contrainte. Les poteaux d’un claustra plongent dans le sol ou reposent tout près de lui, là où la terre reste humide la majeure partie de l’année. Le bois qui reste mouillé finit par pourrir, et c’est précisément à la base, là où l’effort du vent est le plus fort, qu’il pourrit en premier.

Le poids des lames est la troisième. Un claustra en bois massif pèse son poids, surtout une fois mouillé. Ce poids repose sur les poteaux et sur les fixations qui relient les lames aux poteaux. Des fixations sous-dimensionnées laissent les lames s’affaisser ou se décrocher.

Ces trois contraintes se combinent de la pire façon : le vent pousse le plus fort à l’endroit même où l’humidité affaiblit le bois. Un claustra qui tient bien est un claustra dont le pied est à la fois solidement ancré et protégé de l’eau.

Avant d’installer quoi que ce soit, on regarde aussi d’où vient le vent dominant. Un claustra placé perpendiculairement aux vents d’ouest, si fréquents en Bretagne, subit des efforts bien plus forts qu’un claustra abrité par la maison. Son ancrage doit en tenir compte.

Plein, ajouré ou à lames orientées

Le choix du remplissage décide à la fois de l’intimité, de la lumière et de la résistance au vent. On ne peut pas maximiser les trois à la fois, et il faut trouver le bon compromis.

Le claustra plein, fait de lames jointives ou de panneaux continus, offre une intimité totale. Rien ne passe, ni le regard, ni la lumière, ni le vent. C’est aussi le plus exposé à la poussée du vent, puisqu’il arrête toute la masse d’air. Il demande l’ancrage le plus robuste.

Le claustra ajouré laisse des espaces entre les lames. Il filtre le regard sans l’arrêter complètement, laisse passer une partie de la lumière et, surtout, laisse passer une partie du vent. Cette perméabilité réduit fortement la poussée sur les poteaux. Un claustra ajouré tient beaucoup mieux au vent qu’un claustra plein de même taille.

Le claustra à lames orientées est un compromis intéressant. Les lames sont inclinées, comme celles d’une persienne. Vues de face, elles arrêtent le regard, mais elles laissent passer l’air et une partie de la lumière par leurs intervalles. On obtient une bonne intimité, sous un certain angle, avec une prise au vent réduite.

Le compromis dépend de l’usage. Pour masquer une fenêtre voisine directement en face, il faut un claustra assez dense. Pour délimiter un espace sans tout fermer, un claustra ajouré suffit. Sur un terrain très venté, on privilégie les claustras qui laissent passer l’air.

Une règle générale peut guider le choix : il vaut mieux un claustra qui filtre bien et tient longtemps qu’un claustra qui bloque tout et finit par tomber.

L’ancrage des poteaux

C’est le point dont tout dépend. Un claustra tient par ses poteaux, et ses poteaux tiennent par leur ancrage. Le principe fondamental est de ne jamais enterrer le bois directement dans la terre.

Un poteau en bois planté dans le sol, même traité, pourrit à la limite entre la terre et l’air, là où l’humidité et l’oxygène se rencontrent. C’est exactement le point où l’effort du vent est maximal. Le poteau finit par casser à cet endroit, souvent sans prévenir.

La première solution consiste à sceller dans le sol un support métallique, et à fixer le poteau sur ce support, au-dessus du sol. Le support peut être un pied à sceller dans un massif béton, ou un pied à enfoncer dans la terre. Le bois ne touche jamais le sol, et il est maintenu à quelque distance au-dessus de lui.

La deuxième solution, sur une dalle ou une terrasse maçonnée, utilise une platine métallique fixée par des chevilles. Le poteau est boulonné sur la platine. On choisit des chevilles adaptées à l’effort et au support, car c’est elles qui reprennent la poussée du vent.

La troisième solution est le fourreau, un tube ou un support creux scellé dans le sol, dans lequel on glisse le poteau. Il facilite le remplacement d’un poteau abîmé, mais il doit être conçu pour ne pas retenir l’eau au pied du bois.

L’écartement entre poteaux joue aussi sur la tenue. Plus les poteaux sont espacés, plus chacun reçoit une grande surface de claustra et donc une grande poussée. Rapprocher les poteaux répartit l’effort et réduit celui que supporte chaque ancrage. Sur un terrain venté, on préfère des travées plus courtes, quitte à poser un poteau de plus.

La verticalité se règle au moment de l’ancrage, pas après. Un poteau scellé de travers ne se redresse plus. On l’étaie dans les deux directions avec un niveau pendant la prise du béton ou le serrage de la platine, et on vérifie l’alignement de toute la rangée avant de poser les lames.

Dans tous les cas, le massif ou le support doivent être dimensionnés pour la taille du claustra et son exposition. Un petit claustra ajouré dans un coin abrité se contente d’un ancrage modeste. Un grand claustra plein face au vent demande des massifs béton solides et des poteaux robustes. Les erreurs viennent presque toujours d’un ancrage trop faible pour la surface exposée.

Les lames et leur fixation

Entre les poteaux, les lames forment le remplissage. Leur orientation et leur fixation influencent l’aspect, la solidité et la durée de vie du claustra.

Les lames horizontales donnent un aspect contemporain et allongent visuellement le jardin. Elles se fixent sur les poteaux, ou sur des tasseaux verticaux fixés aux poteaux. Leur face supérieure peut retenir l’eau de pluie si elles sont posées à plat. On les incline légèrement, ou on choisit un profil qui laisse l’eau s’écouler.

Les lames verticales se fixent sur des traverses horizontales, elles-mêmes fixées aux poteaux. Elles laissent l’eau descendre le long de leur fil, ce qui favorise leur séchage. Leur bas, en revanche, est exposé à l’eau qui rejaillit du sol, et on le garde à distance de la terre.

Les lames emboîtées, avec rainure et languette, forment un panneau plein et rigide. Elles conviennent aux claustras pleins, mais elles prennent beaucoup le vent. On réserve les panneaux emboîtés aux zones abritées, ou on les ancre en conséquence.

Le jeu entre les lames est essentiel, même sur un claustra qui se veut dense. Le bois gonfle avec l’humidité. Des lames serrées sans jeu se poussent les unes les autres en gonflant, et elles se déforment ou font éclater leurs fixations. On laisse un espace qui absorbe ces mouvements.

Les fixations sont en inox ou en acier protégé, pour éviter la rouille et les coulures noires. Elles doivent être assez nombreuses pour que les lames ne se décrochent pas sous l’effet du vent, qui les fait vibrer et finit par desserrer des fixations trop rares.

Le claustra sur une terrasse

Beaucoup de claustras sont installés directement sur une terrasse bois, pour protéger le coin repas ou le salon extérieur. Ce cas demande une attention particulière, parce que la terrasse n’est pas un sol.

La règle est la même que pour un garde-corps : on ne fixe jamais les poteaux sur les lames du plancher. Les lames ne sont pas faites pour reprendre l’effort d’un poteau soumis au vent. Elles s’arracheraient au premier coup de vent sérieux. On fixe les poteaux sur la structure porteuse de la terrasse, la poutre de rive ou les lambourdes.

La fixation se fait par des platines solidement vissées ou boulonnées sur la structure, ou en faisant traverser le plancher au poteau pour l’ancrer plus bas. Le poteau doit être aussi solidement tenu que s’il était scellé dans le sol, puisqu’il subit la même poussée du vent.

La structure de la terrasse doit pouvoir reprendre cet effort supplémentaire. Une terrasse légère, posée sur plots, peut se soulever ou se déformer si on y fixe un grand claustra plein exposé au vent. Dans ce cas, on renforce la structure à l’emplacement des poteaux, ou on ancre les poteaux directement dans le sol, à travers la terrasse.

Le claustra peut aussi s’appuyer sur une structure voisine plus solide. Associé à une pergola, il profite de la rigidité de l’ensemble, comme on le voit avec la pergola adossée à la maison, dont les poteaux et la fixation à la façade offrent un appui solide.

Les plantes au pied

On associe volontiers un claustra à des plantes grimpantes ou à une jardinière. Le mariage est séduisant, mais il a des conséquences sur la durée de vie du bois.

Les plantes grimpantes habillent le claustra et renforcent son effet de brise-vue. Elles retiennent cependant l’humidité contre le bois. Une lame couverte de feuillage dense sèche mal après la pluie, et elle peut pourrir plus vite que les lames dégagées.

Le poids des plantes compte aussi. Une glycine ou un lierre bien installés pèsent lourd et augmentent la prise au vent du claustra. On le dimensionne en conséquence, ou on choisit des plantes plus légères.

Une jardinière au pied du claustra maintient de la terre humide contre le bas des poteaux et des lames. On l’écarte légèrement du bois, ou on choisit un bac étanche qui ne mouille pas le claustra.

Pour profiter des plantes sans abîmer le bois, on peut les faire grimper sur un treillage ou des câbles tendus devant le claustra, à quelque distance de lui. L’air circule entre le feuillage et le bois, qui sèche normalement.

Entretien et vieillissement

Un claustra en bois vit dehors, et il évolue avec le temps. Un entretien léger mais régulier le garde solide et beau.

Le grisement est le vieillissement naturel du bois laissé brut. Le claustra prend une teinte argentée, qui n’affecte pas sa solidité. Beaucoup apprécient cette patine, qui l’intègre au jardin. Si l’on préfère garder la couleur d’origine, on applique régulièrement une huile ou un saturateur.

Les têtes de poteaux sont à surveiller. Le bois de bout tourné vers le ciel absorbe l’eau et se fend. On coupe le haut des poteaux en biseau, ou on les coiffe d’un chapeau qui les protège.

Les fixations doivent être resserrées de temps à autre. Le vent fait vibrer les lames et le bois travaille, ce qui desserre progressivement les vis. Un contrôle après chaque saison venteuse permet de repérer une lame qui se décroche avant qu’elle ne tombe.

Le pied des poteaux mérite enfin une inspection régulière. On vérifie que le bois reste sain à sa base et que l’ancrage n’a pas pris de jeu. Un poteau qui bouge doit être repris avant le prochain coup de vent. D’autres conseils pour aménager le jardin se trouvent dans notre rubrique terrasse et jardin.

Questions fréquentes

Peut-on planter les poteaux d’un claustra directement dans la terre ?

Ce n’est pas conseillé. Un poteau en bois enterré pourrit à la limite entre la terre et l’air, là où l’effort du vent est le plus fort, et il finit par casser. On le fixe sur un support métallique scellé ou enfoncé dans le sol, qui maintient le bois au-dessus de la terre.

Un claustra ajouré protège-t-il vraiment du vis-à-vis ?

Il filtre le regard sans l’arrêter totalement. Pour masquer une vue directe, on choisit des lames plus rapprochées ou des lames orientées, qui bloquent le regard de face tout en laissant passer l’air. Un claustra ajouré a l’avantage de bien mieux résister au vent qu’un claustra plein.

Faut-il une autorisation pour installer un claustra ?

Un claustra en limite de propriété peut être assimilé à une clôture, soumise dans certaines communes à des règles de hauteur et d’aspect, voire à une déclaration. On consulte le plan local d’urbanisme ou le service urbanisme de la mairie avant d’installer un claustra en bordure de terrain.

Comment empêcher un claustra de pencher avec le temps ?

On ancre solidement les poteaux, dans des massifs ou sur des supports adaptés à la surface exposée au vent, et on protège leur pied de l’humidité. On choisit un remplissage qui laisse passer une partie du vent, et on resserre régulièrement les fixations. Un poteau qui commence à bouger se reprend sans attendre.