Bardage & enveloppe

Remplacer une lame de bardage abîmée : dépose et repose

Par Erwan Le Guen4 octobre 202613 min de lecture

Bardage bois dont plusieurs lames ont été déposées, laissant voir le pare-pluie et les tasseaux

Une lame fendue sur toute sa longueur, une autre qui s’effrite en pied, une troisième arrachée par une branche lors de la dernière tempête. Sur une façade en bardage bois, le dégât reste souvent localisé à quelques lames, et le reste du parement se porte bien. Personne n’a envie de déposer toute la façade pour trois planches. Bonne nouvelle : ce n’est presque jamais nécessaire. Chez Ouest Wood Habitat, on remplace régulièrement des lames isolées au milieu d’un bardage en place. L’opération demande de la méthode, un peu de patience, et surtout de comprendre d’abord pourquoi la lame a lâché.

Avant de déposer : comprendre pourquoi la lame a lâché

Une lame de bardage ne s’abîme pas sans raison. Si on la remplace sans chercher la cause, la lame neuve subira le même sort, souvent plus vite encore, puisqu’elle n’a pas la patine protectrice de ses voisines. Le diagnostic vient donc avant l’outil.

La cause la plus fréquente est l’eau qui stagne. Une lame pourrie en pied, alors que ses voisines sont saines, signale souvent un rejaillissement de pluie : la lame est trop proche du sol, d’une terrasse ou d’un toit en appentis. L’eau qui rebondit la mouille sans cesse, et elle ne sèche jamais. Remplacer la lame sans relever le bas du bardage ne règle rien.

La deuxième cause est une fuite ponctuelle. Une gouttière qui déborde, un appui de fenêtre sans bavette, un tuyau qui goutte : l’eau tombe toujours au même endroit, et la lame située dessous se dégrade. On le reconnaît à une zone abîmée bien délimitée, souvent sous une ouverture ou à l’aplomb d’un défaut de toiture.

La troisième cause est la fixation. Une lame fendue sur toute sa longueur, au droit de ses vis ou de ses pointes, a souvent été fixée trop près de son bord, ou avec trop de fixations qui l’ont empêchée de travailler. Le bois a voulu bouger avec l’humidité, il n’a pas pu, et il a cédé.

La quatrième cause est simplement mécanique : un choc, une branche, une échelle, un ballon. La lame est cassée, mais le bardage n’a pas de défaut de conception. C’est le cas le plus simple, parce qu’il suffit de remplacer la pièce.

Prenez donc le temps d’observer la façade avant de commencer. Regardez si d’autres lames, au même niveau ou sous la même ouverture, présentent un début de dégradation. Un défaut qui touche une lame aujourd’hui en touchera d’autres demain si la cause demeure.

Repérer le type de pose

La façon de déposer une lame dépend entièrement de la manière dont elle a été posée. Trois grandes familles de bardage se rencontrent sur nos maisons, et chacune se démonte différemment.

Le bardage à emboîtement est le plus répandu. Chaque lame porte une rainure d’un côté et une languette de l’autre, qui s’emboîtent dans la lame voisine. Les lames sont prisonnières les unes des autres. C’est la pose la plus étanche, mais aussi la plus délicate à démonter, parce qu’on ne peut pas retirer une lame sans libérer sa languette.

Le bardage à recouvrement, ou à clin, superpose les lames comme des tuiles : chaque lame recouvre en partie celle du dessous. Les fixations traversent souvent les deux lames à la fois, ou se cachent sous la lame supérieure. Le démontage oblige à soulever la lame du dessus pour atteindre les fixations de celle qu’on remplace.

Le bardage à claire-voie laisse un jour entre chaque lame. Les lames sont indépendantes, fixées une à une sur les tasseaux, sans emboîtement ni recouvrement. C’est le cas le plus facile : on dévisse la lame abîmée, on la retire, on pose la neuve.

Pour identifier votre pose, observez le bord d’une lame au niveau d’un angle ou d’une fenêtre, là où le profil est visible. Une rainure et une languette signent l’emboîtement. Une lame qui chevauche la suivante signe le recouvrement. Un espace régulier entre lames signe la claire-voie.

Repérez aussi le sens de pose. Une lame horizontale et une lame verticale ne se démontent pas dans le même ordre, et l’emboîtement d’une lame verticale se libère par le côté plutôt que par le haut.

Déposer la lame sans abîmer les voisines

C’est l’étape qui demande le plus de soin. L’objectif est de retirer la lame abîmée en laissant intactes ses voisines, leurs bords et leurs fixations.

Sur un bardage à claire-voie, la dépose est directe. On repère les fixations de la lame, on les retire, et la lame vient seule. Si les vis sont grippées ou leurs têtes abîmées, on les extrait avec un extracteur, ou on les coupe derrière la lame à l’aide d’une lame de scie glissée dans le jour.

Sur un bardage à emboîtement, on ne peut pas sortir la lame entière d’un seul tenant. La méthode courante consiste à la sacrifier. On trace deux traits de coupe dans la longueur de la lame, à quelque distance de ses bords, et on la scie avec une scie plongeante réglée à la profondeur exacte de la lame, pour ne pas entamer le pare-pluie ou les tasseaux derrière. La bande centrale se retire, puis on libère les deux bords restants de leur rainure et de leur languette, en les faisant pivoter doucement.

Sur un bardage à recouvrement, on soulève légèrement la lame supérieure pour accéder aux fixations de la lame abîmée. On glisse des cales pour maintenir l’écart, sans forcer au point de fendre la lame du dessus. On retire les fixations, puis on fait glisser la lame vers le bas.

Dans tous les cas, on travaille sans précipitation. Un pied-de-biche mal placé écrase le bord d’une lame voisine et crée un nouveau dégât. On protège le bord des lames saines avec une cale en bois tendre avant de faire levier.

Enfin, on retire toutes les anciennes fixations restées dans les tasseaux. Une pointe cassée ou une vis oubliée gêneront la pose de la lame neuve et risquent de la fendre.

Contrôler ce qu’il y a derrière

La lame déposée ouvre une fenêtre sur ce qui est d’ordinaire invisible : les tasseaux, le pare-pluie et la lame d’air. C’est une occasion rare de vérifier l’état du système, et il serait dommage de la manquer.

Observez d’abord les tasseaux. Ils doivent être sains, secs au toucher, sans zone molle. Enfoncez la pointe d’un tournevis : un bois sain résiste, un bois pourri cède. Un tasseau abîmé derrière une lame pourrie confirme une humidité installée, et il faut le remplacer avant de reposer quoi que ce soit.

Regardez ensuite le pare-pluie. Ce film doit être continu, sans déchirure, et ses recouvrements doivent rester dans le bon sens, la partie haute par-dessus la partie basse, pour que l’eau glisse vers l’extérieur. Une déchirure se répare avec un adhésif adapté au pare-pluie, jamais avec un ruban ordinaire qui se décollera.

Vérifiez enfin la lame d’air. C’est l’espace entre le pare-pluie et le dos des lames, qui permet à l’air de circuler et au bardage de sécher. Il doit être libre. Des débris, des nids d’insectes ou de la terre accumulés en pied bouchent cette circulation. On en profite pour nettoyer.

Si vous découvrez que la lame d’air est absente, que les lames sont plaquées contre le mur sans espace, vous tenez probablement la vraie raison de la dégradation. Le remplacement d’une lame ne suffira pas, et c’est tout le principe de pose qu’il faudra revoir sur la zone.

Préparer la lame neuve

Une lame de remplacement doit s’intégrer au bardage existant. Elle doit en avoir le profil, l’essence et la largeur, faute de quoi elle se verra et se comportera différemment.

Le profil est la première contrainte. Une lame à emboîtement doit avoir la même rainure et la même languette que ses voisines. Apportez un morceau de l’ancienne lame chez votre fournisseur pour comparer. Si le profil exact n’existe plus, un menuisier peut usiner une lame sur mesure.

L’essence est la deuxième. Une lame d’une autre essence vieillit différemment : elle grise plus ou moins vite, elle travaille autrement. On reprend la même essence que le bardage existant, pour que la réparation se fonde dans la façade avec le temps.

La longueur se coupe sur place, en mesurant l’espace libéré. On laisse un léger jeu aux abouts, là où la lame rencontre ses voisines en bout, pour qu’elle puisse travailler sans pousser sur elles.

Chaque coupe met à nu le bois de bout, la partie la plus poreuse de la lame. On la protège systématiquement avec un produit adapté, ou on l’huile si le bardage est huilé. Une coupe laissée brute boit l’eau comme une éponge et devient le point de départ d’une nouvelle dégradation.

Laissez enfin la lame neuve s’acclimater quelques jours à l’extérieur, à l’abri de la pluie, avant de la poser. Elle prendra une humidité proche de celle du bardage en place et bougera moins une fois fixée.

Reposer et fixer

La repose suit l’ordre inverse de la dépose, avec une difficulté propre au bardage à emboîtement : la dernière lame ne peut pas s’emboîter des deux côtés à la fois.

Sur un bardage à claire-voie, on présente la lame, on contrôle l’alignement avec ses voisines et l’écart régulier, puis on la fixe sur chaque tasseau. C’est une repose sans difficulté particulière.

Sur un bardage à emboîtement, on engage la languette ou la rainure d’un côté, mais l’autre côté ne peut plus entrer en place, puisque la lame voisine est déjà fixée. La solution consiste à supprimer la lèvre inférieure de la rainure de la lame neuve, avec une scie ou un rabot. La lame s’engage alors d’un côté et se rabat contre son support de l’autre. On la fixe ensuite par des fixations visibles, puisque la fixation cachée n’est plus possible.

Sur un bardage à recouvrement, on glisse la lame neuve sous la lame supérieure, on l’aligne, on la fixe, puis on retire les cales et on refixe la lame du dessus si elle avait été désolidarisée.

Le choix des fixations compte. On utilise des vis ou des pointes en inox, pour éviter les coulures noires ou rouillées qui marqueraient la lame. On respecte une distance suffisante entre la fixation et le bord de la lame, pour ne pas la fendre. Le détail de ce choix est traité dans le choix entre vis et pointes.

Une fois la lame posée, vérifiez qu’elle ne fait pas saillie et qu’elle ne bloque pas l’écoulement de l’eau. Une lame mal alignée crée un rebord où l’eau s’arrête.

Faire disparaître la différence de teinte

La réparation est solide, mais elle se voit. Une lame neuve, claire et dorée, ressort au milieu d’une façade grise. C’est normal, et cela ne dure pas, mais beaucoup de propriétaires veulent accélérer le processus.

La première option est la patience. Une lame neuve exposée aux mêmes conditions que ses voisines grisera à son tour. Il lui faudra quelques saisons pour rattraper la teinte de la façade, surtout si celle-ci est grise depuis longtemps. C’est la solution la plus simple et la plus naturelle.

La deuxième option est d’accélérer le grisement. Il existe des produits de vieillissement accéléré, qui donnent rapidement à une lame neuve un aspect patiné. Ils permettent d’intégrer la réparation dès la pose. On fait un essai sur une chute avant de traiter la lame, pour vérifier la teinte obtenue.

La troisième option concerne les bardages lasurés ou peints. Dans ce cas, la lame neuve reçoit la même finition que ses voisines. La difficulté est de retrouver la teinte exacte, car une lasure ancienne a changé de couleur avec le soleil. On peut être amené à rafraîchir toute la zone, ou tout un pan de façade, pour obtenir une teinte homogène.

Si plusieurs lames sont à remplacer sur une même façade, on peut aussi les répartir intelligemment, ou profiter de l’occasion pour rafraîchir l’ensemble. Les conseils pour entretenir un bardage existant sont regroupés dans la rubrique bardage et façade.

Questions fréquentes

Peut-on remplacer une seule partie d’une lame ?

Oui, quand seule une extrémité est abîmée. On coupe la lame au droit d’un tasseau, on retire la partie dégradée et on pose un morceau neuf dont l’about tombe aussi sur un tasseau. La jonction se fait avec un léger jeu et des abouts protégés. C’est moins discret qu’une lame entière, mais cela évite de déposer une grande longueur.

Faut-il démonter tout un rang pour changer une lame emboîtée ?

Non. La méthode qui consiste à scier la lame abîmée dans sa longueur, puis à supprimer la lèvre inférieure de la rainure de la lame neuve, permet de remplacer une lame isolée sans toucher aux autres. On accepte en contrepartie des fixations visibles sur cette lame.

Une lame fendue doit-elle toujours être changée ?

Une petite fente en bout de lame, sans infiltration, peut se surveiller. Une fente qui traverse la lame, qui s’ouvre avec le temps ou qui laisse passer l’eau vers le pare-pluie justifie le remplacement. Dans le doute, on observe la lame après une averse : si elle reste mouillée longtemps autour de la fente, on la change.

Où trouver une lame au même profil qu’un bardage ancien ?

On commence par les négociants en bois, avec un échantillon de l’ancienne lame. Si le profil n’est plus fabriqué, un menuisier ou une scierie peuvent reproduire la rainure et la languette sur une lame neuve. C’est souvent la seule solution pour un bardage posé il y a longtemps.