Bardage & enveloppe

Poser un bardage bois vertical : le double tasseautage

Par Erwan Le Guen7 octobre 202613 min de lecture

Pose d'un bardage bois vertical sur double réseau de tasseaux

Le bardage vertical a la cote. Ses lames élancées allongent la façade, soulignent la hauteur d’une extension et donnent à une maison une allure de grange contemporaine. Beaucoup de propriétaires le choisissent pour son aspect, puis découvrent au moment de la pose qu’on ne le monte pas comme un bardage horizontal. La différence ne se voit pas une fois le chantier fini, mais elle décide de la durée de vie de la façade. Chez Ouest Wood Habitat, on a repris plusieurs bardages verticaux qui pourrissaient par l’arrière après quelques hivers. Le défaut était presque toujours le même : un seul réseau de tasseaux, posé à l’horizontale, qui empêchait l’air de circuler derrière les lames.

Ce qui change quand la lame est verticale

Un bardage, quel que soit son sens, repose sur des tasseaux fixés au mur. Les lames sont clouées ou vissées sur ces tasseaux, et l’espace entre le mur et les lames forme la lame d’air, qui laisse sécher le bardage par l’arrière. Ce principe ne change pas avec le sens de pose. Ce qui change, c’est l’orientation des tasseaux.

Sur un bardage horizontal, les lames courent à l’horizontale et se fixent sur des tasseaux verticaux. Ces tasseaux verticaux laissent l’air monter librement entre eux, du bas vers le haut de la façade. La lame d’air fonctionne naturellement, comme une cheminée.

Sur un bardage vertical, les lames sont verticales. Pour les fixer, il faut des appuis horizontaux, qui croisent les lames. On pose donc des tasseaux horizontaux. Et c’est là que naît le problème : un tasseau horizontal fait barrage à l’air qui monte. Il bloque la circulation, et il forme aussi une petite étagère sur laquelle l’eau qui passe derrière les lames peut s’arrêter.

Avec un seul réseau de tasseaux horizontaux, la lame d’air se trouve découpée en compartiments fermés. L’air ne circule plus, l’humidité stagne, et le dos des lames comme les tasseaux eux-mêmes restent humides. Le bardage pourrit par l’arrière, sans que rien ne se voie de face pendant longtemps.

L’eau, par ailleurs, se comporte différemment. Sur une lame verticale, elle descend le long du fil du bois, ce qui est favorable : le bois sèche plus vite dans ce sens. Mais elle se concentre en bas de chaque lame, sur le bois de bout, qui devient le point sensible de toute la façade.

Le double tasseautage

La solution porte un nom simple : le double tasseautage, qu’on appelle aussi contre-tasseautage ou double réseau. On ne pose pas un réseau de tasseaux, mais deux, croisés l’un sur l’autre.

Le premier réseau, directement fixé au mur, est vertical. Il ménage la lame d’air et laisse l’air circuler librement du bas vers le haut, exactement comme sur un bardage horizontal. C’est lui qui assure la ventilation.

Le second réseau, fixé sur le premier, est horizontal. C’est sur lui qu’on fixe les lames verticales. Parce qu’il est posé par-dessus les tasseaux verticaux, il ne touche pas le mur et ne coupe pas la lame d’air : l’air passe derrière lui, dans l’espace créé par le premier réseau.

On obtient ainsi les deux qualités recherchées. Les lames verticales disposent d’appuis horizontaux pour être fixées, et l’air circule sans obstacle sur toute la hauteur de la façade. La lame d’air ne forme plus de compartiments fermés.

Le double tasseautage augmente l’épaisseur totale du bardage, puisqu’on empile deux tasseaux. Cette épaisseur supplémentaire se répercute autour des ouvertures, sur les appuis de fenêtres et en tête de façade. On l’anticipe dès la conception, en particulier si le bardage est posé sur une maison existante dont les fenêtres sont déjà en place.

L’ordre de pose suit cette logique. On fixe d’abord le pare-pluie sur le mur, en respectant les recouvrements. On pose ensuite les tasseaux verticaux, alignés et d’aplomb, qui donnent le plan de la façade. Les tasseaux horizontaux viennent par-dessus, de niveau, à l’écartement fixé par la longueur et l’épaisseur des lames. Ce n’est qu’après ces deux réseaux qu’on commence les lames, en partant d’un angle ou d’un repère bien vertical.

Les tasseaux eux-mêmes doivent être secs, droits et traités pour l’extérieur. Ils sont cachés, mais ils vivent dans la lame d’air, un milieu où l’humidité passe régulièrement. Un tasseau qui pourrit entraîne avec lui les lames qu’il porte.

Certains bardages verticaux sont posés sur un seul réseau horizontal, en comptant sur des tasseaux espacés ou entaillés pour laisser passer l’air. Ces solutions existent, mais elles sont moins sûres que le double réseau, qui reste la méthode de référence.

Les principes généraux de la lame d’air, du pare-pluie et de la ventilation sont les mêmes pour tous les bardages. Seule leur mise en œuvre change avec le sens de pose.

La ventilation de bas en haut

Une lame d’air ne sert à rien si l’air n’y entre pas et n’en sort pas. Sur un bardage vertical comme sur tout bardage, on organise une entrée en bas et une sortie en haut.

En pied de bardage, on laisse une ouverture continue entre le bas des lames et le mur, par laquelle l’air frais entre dans la lame d’air. Cette ouverture est protégée par une grille perforée, qui empêche les rongeurs et les insectes de s’installer derrière le bardage tout en laissant passer l’air.

En tête de bardage, sous le débord de toit ou sous un couronnement, on laisse une ouverture similaire par laquelle l’air sort. L’air chauffé par le soleil derrière les lames monte et s’échappe, entraînant l’humidité avec lui. C’est ce tirage naturel qui fait sécher le bardage.

Si l’une de ces deux ouvertures est bouchée, la ventilation s’arrête. Un pied de bardage noyé dans un enduit, une tête fermée par une planche jointive ou un isolant mal placé suffisent à transformer la lame d’air en espace confiné. On vérifie donc que rien ne vient obstruer ces deux passages.

Les ouvertures, fenêtres et portes, interrompent la lame d’air. Sous chaque fenêtre, l’air qui monte bute contre l’appui. On aménage donc une sortie d’air sous l’appui et une nouvelle entrée au-dessus du linteau, pour que la ventilation reprenne au-dessus de l’ouverture.

Le double réseau facilite cette organisation. Puisque l’air circule dans le premier réseau vertical, il suffit de préserver ses entrées et sorties pour que toute la façade respire.

Le pied et la tête du bardage

Le pied d’un bardage vertical est l’endroit le plus exposé de toute la façade. C’est là que l’eau qui descend le long des lames finit sa course, et c’est là qu’elle rejaillit du sol.

On coupe le bas de chaque lame en biseau, avec une pente tournée vers l’extérieur. Ce biseau fait tomber la goutte d’eau en avant de la façade, au lieu de la laisser remonter par capillarité dans le bois de bout. Une coupe droite et horizontale retient l’eau sous la lame et la fait pénétrer dans les fibres.

Le bois de bout, en bas de lame, est le point d’entrée privilégié de l’eau. On le protège par un produit adapté, et on veille à ce qu’il ne soit jamais en contact avec le sol, une terrasse ou une surface où l’eau stagne.

Les lames ne doivent pas non plus toutes s’arrêter exactement sur la même ligne si le terrain est en pente. On suit la pente par paliers ou on garde une ligne de pied horizontale au-dessus du point le plus haut du terrain. L’essentiel est qu’aucune lame ne descende plus près du sol que les autres, là où elle serait la première à pourrir.

La garde au sol est essentielle. Le bas du bardage doit être suffisamment éloigné du sol pour échapper aux éclaboussures de pluie qui rebondissent. Une lame qui descend trop bas se mouille à chaque averse et pourrit en pied, même si tout le reste de la façade est sain.

En tête de bardage, on arrête les lames sous l’égout du toit ou sous un couronnement, en laissant la sortie d’air nécessaire. Le haut des lames est généralement protégé par le débord de toiture, mais on évite de laisser un bois de bout tourné vers le ciel. Sur une façade sans débord, on pose une bavette ou un profilé de couronnement qui protège le haut des lames.

Les profils adaptés

Le bardage vertical peut se réaliser avec plusieurs types de lames. Chacun donne un aspect différent et se comporte différemment face à l’eau.

Les lames à emboîtement, avec rainure et languette, se posent côte à côte pour former une surface continue. Elles sont très répandues en pose verticale. On veille au sens de l’emboîtement, pour que l’eau ne s’engouffre pas dans les rainures.

Le bardage à couvre-joint est une solution traditionnelle, très adaptée à la verticale. On pose des planches larges côte à côte, avec un léger espace, et on recouvre chaque joint par une planche étroite, le couvre-joint. Ce système laisse les planches travailler librement et protège les joints de la pluie. Il donne un relief marqué, très apprécié sur les maisons d’esprit rural.

La claire-voie verticale laisse un espace visible entre les lames, sans recouvrement. Elle donne une façade très graphique et aérée. L’eau et l’air passent entre les lames, ce qui oblige à protéger particulièrement le pare-pluie, exposé à la lumière et aux intempéries à travers les jours.

Le choix du profil se fait autant pour l’aspect que pour la protection. Sur une façade très exposée à la pluie battante, les profils à emboîtement ou à couvre-joint protègent mieux le mur qu’une claire-voie. Les contraintes propres à cette dernière sont détaillées dans la pose du bardage à claire-voie.

Les fixations

Les lames verticales se fixent sur les tasseaux horizontaux du second réseau. Le nombre et la position des fixations obéissent aux mêmes principes que pour un bardage horizontal, avec quelques particularités.

On fixe chaque lame à chaque tasseau qu’elle croise. Le nombre de fixations par appui dépend de la largeur de la lame : une lame étroite se fixe par une seule fixation, une lame large par deux. Trop de fixations sur une lame large l’empêchent de travailler et la font fendre. Trop peu la laissent se voiler.

On utilise des fixations en inox, pour éviter la corrosion et les coulures noires que certaines essences provoquent au contact du fer. Les pointes annelées ou les vis à bois inox offrent une bonne tenue.

Le bois se dilate et se rétracte en largeur bien plus qu’en longueur. Sur une lame verticale, ce mouvement se fait donc à l’horizontale, d’une lame à l’autre. On laisse le jeu nécessaire entre les lames à emboîtement, et on place les fixations de façon à ne pas bloquer ce mouvement, en particulier sur le bardage à couvre-joint, où chaque planche doit pouvoir travailler sous son couvre-joint.

Sur le système à couvre-joint, le couvre-joint se fixe en général dans l’espace entre les deux planches qu’il recouvre, sans les traverser, pour ne pas les bloquer. C’est ce qui permet aux planches de se dilater librement.

Les angles et les ouvertures

Le sens vertical simplifie certaines finitions et en complique d’autres.

Les angles sortants sont souvent plus simples à traiter en vertical. Les lames arrivent à l’angle dans le sens de la hauteur, et une planche d’angle ou un profilé suffit à fermer le coin proprement. Il n’y a pas, comme en horizontal, une succession de bouts de lames à raccorder sur toute la hauteur de l’angle.

Les ouvertures demandent en revanche plus d’attention. Au-dessus et au-dessous d’une fenêtre, les lames verticales sont coupées. Leur bois de bout se retrouve exposé, en haut sous l’appui et en bas au-dessus du linteau. Ces coupes doivent être protégées et organisées pour que l’eau ne s’y arrête pas : biseau en bas, protection en haut, bavette sous l’appui.

La largeur des lames influence aussi l’aspect autour des ouvertures. On essaie de répartir les lames pour que les bords des fenêtres ne tombent pas au milieu d’une lame étroite, ce qui donnerait des chutes disgracieuses. Un calepinage préalable, c’est-à-dire un plan de répartition des lames sur la façade, évite ces mauvaises surprises.

Ce travail de répartition, fait en amont, distingue un bardage vertical soigné d’un bardage posé au fil de l’eau. D’autres conseils pour réussir une façade bois sont rassemblés dans nos conseils de bardage bois.

Questions fréquentes

Peut-on poser un bardage vertical sur un seul réseau de tasseaux ?

C’est possible avec des tasseaux espacés ou entaillés qui laissent passer l’air, mais c’est moins sûr. Un seul réseau horizontal coupe la lame d’air et freine la ventilation. Le double tasseautage, avec un réseau vertical contre le mur et un réseau horizontal pour fixer les lames, reste la méthode la plus fiable.

Le bardage vertical vieillit-il mieux que l’horizontal ?

Sur une lame verticale, l’eau descend dans le sens du fil du bois, ce qui favorise un séchage rapide de la surface. En revanche, le bas des lames concentre l’eau et devient un point sensible. Bien posé, avec un biseau en pied et une garde au sol suffisante, un bardage vertical vieillit très bien.

Faut-il plus de matériel pour un bardage vertical ?

Oui, le double réseau demande deux séries de tasseaux au lieu d’une. Cela augmente un peu la quantité de bois et le temps de pose. C’est le prix d’une lame d’air qui fonctionne, et il est faible au regard d’un bardage qui pourrirait par l’arrière.

Le bardage à couvre-joint convient-il à une maison contemporaine ?

Tout à fait. Le couvre-joint a une origine rurale, mais avec des planches régulières, une essence claire ou un bois brûlé, il donne une façade très actuelle. Son grand avantage est technique : il laisse les planches travailler librement et protège bien les joints de la pluie.