Volets à reprendre, abri de jardin qui ternit, bardage neuf, portail en bois : tôt ou tard, il faut choisir entre une lasure et une peinture. Les deux protègent le bois, les deux existent en dizaines de teintes, et les rayons des magasins entretiennent volontiers la confusion. Pourtant, elles ne vieillissent pas du tout de la même façon, et c’est ce vieillissement qui devrait décider, bien plus que l’aspect de la première couche. Chez Ouest Wood Habitat, nous voyons chaque année des ouvrages en bois dont la finition a été choisie pour son rendu en magasin et qui demandent un décapage complet quelques saisons plus tard. Voici ce qui sépare vraiment une lasure d’une peinture, comment chacune se comporte dans le temps, et laquelle choisir selon l’ouvrage.
Ce qui sépare une lasure d’une peinture
La différence la plus visible est le veinage. Une lasure est un produit coloré mais translucide : elle teinte le bois tout en laissant voir ses veines, ses nœuds, son grain. Une peinture est opaque : elle couvre entièrement le bois d’une couleur uniforme, et l’on ne voit plus que la forme des planches.
Cette différence vient de la quantité de pigments. Une lasure en contient peu, juste assez pour colorer et filtrer une partie des rayons ultraviolets. Une peinture en contient beaucoup, assez pour masquer complètement le support. C’est aussi pour cela que la peinture protège mieux le bois du soleil : ses pigments arrêtent presque tous les ultraviolets, alors qu’une lasure en laisse passer une partie.
Les deux produits forment un film à la surface du bois, mais pas de la même épaisseur. Les lasures existent en plusieurs familles : la lasure d’imprégnation, très fine, qui pénètre en partie dans le bois, et la lasure de finition, plus épaisse, qui forme un vrai film. La peinture forme toujours un film continu, plus épais encore.
Les produits modernes pour l’extérieur sont presque tous dits microporeux : leur film laisse passer la vapeur d’eau qui sort du bois, tout en bloquant l’eau liquide de la pluie. C’est un progrès réel par rapport aux anciennes peintures étanches, qui emprisonnaient l’humidité et cloquaient. Mais un film reste un film : il finit toujours par s’user, et c’est la façon dont il s’use qui fait toute la différence.
Il existe aussi des lasures opaques, qui couvrent davantage le veinage tout en restant plus fines qu’une peinture. Elles se placent entre les deux familles, et se comportent dans le temps comme des lasures de finition.
Le vernis, le troisième larron
Le vernis est souvent cité dans la même phrase, et il mérite une mise au point. C’est un film transparent, souvent brillant ou satiné, qui laisse le bois parfaitement visible. Il est très utilisé à l’intérieur, sur les parquets et les meubles.
À l’extérieur, il pose un problème majeur : il est rigide et ne contient pas, ou très peu, de pigments. Les rayons ultraviolets le traversent et dégradent la surface du bois sous le film. Le bois grise et se décolle par en dessous, le vernis se fissure, se soulève par plaques et laisse apparaître des zones noircies. Sa rénovation impose de tout décaper jusqu’au bois nu.
Sauf pour un objet abrité, comme une porte d’entrée protégée par un auvent profond ou un meuble rangé l’hiver, le vernis est à éviter sur du bois extérieur. Les vernis marins, plus souples et plus résistants, existent pour les bateaux, mais leur entretien exigeant ne convient guère aux ouvrages de la maison. Pour un aspect bois naturel dehors, une lasure incolore n’est pas non plus la solution, comme on le verra plus loin : mieux vaut une lasure légèrement teintée, ou un saturateur.
Comment chacune vieillit
C’est le point qui devrait guider le choix.
Une lasure, surtout une lasure d’imprégnation, s’use par érosion. Le soleil et la pluie amincissent progressivement le film, qui devient plus terne et plus clair, d’abord sur les faces les plus exposées et sur les arêtes. Si on la renouvelle à temps, avant qu’elle ait disparu par endroits, on nettoie, on égrène légèrement, et on remet une couche. Pas de décapage. Si on attend trop, le bois grise sous le film usé, et il faut poncer les zones grisées avant de relasurer.
Une lasure de finition épaisse se comporte davantage comme une peinture : elle finit par se fissurer et s’écailler sur les zones exposées, surtout si on a appliqué trop de couches.
Une peinture, elle, tient plus longtemps sans entretien. Son film épais et très pigmenté protège bien le bois, et une bonne peinture sur un bois bien préparé peut rester belle plusieurs années de plus qu’une lasure. Mais quand elle lâche, elle lâche franchement : elle se fissure, cloque ou s’écaille, souvent là où l’eau a réussi à s’infiltrer, par un bois de bout ou un assemblage. Il faut alors gratter, poncer ou décaper les zones abîmées avant de repeindre, et parfois l’ensemble de la surface si l’écaillage est généralisé.
On peut résumer la différence ainsi : la lasure demande un entretien plus fréquent mais plus léger, la peinture un entretien plus espacé mais plus lourd. Le bon choix dépend donc de la facilité d’accès à l’ouvrage et du temps qu’on est prêt à y consacrer.
Choisir selon l’ouvrage
Chaque ouvrage en bois a ses propres contraintes, et elles orientent nettement le choix.
Les volets et les menuiseries sont les ouvrages où la peinture est la plus pertinente. Ils sont faciles d’accès, se démontent, et une peinture bien appliquée les protège longtemps. Elle est aussi souvent imposée ou conseillée dans les secteurs protégés, où la teinte des volets fait partie du paysage de la rue. Une lasure convient aussi, mais demande un renouvellement plus fréquent.
Le bardage est un cas particulier. Il représente une grande surface, souvent en hauteur, et son entretien demande un échafaudage. Une peinture de qualité espace les interventions, mais sa rénovation, si elle s’écaille, est un chantier considérable. Une lasure d’imprégnation ou un saturateur s’entretiennent plus souvent mais plus simplement. Beaucoup de propriétaires choisissent aussi de laisser griser le bardage, sans aucune finition. Pour les gestes d’entretien courant d’une façade en bois, voyez notre article sur l’entretien annuel d’un bardage.
L’abri de jardin, le portail et la clôture sont des ouvrages exposés de tous les côtés, sans débord de toit pour les protéger. Une lasure d’imprégnation y est souvent plus facile à vivre qu’une peinture, car les écaillages y apparaissent vite sur les parties horizontales et les bois de bout. Pour un abri peint d’une couleur franche, la peinture reste possible, à condition d’en accepter l’entretien.
Le mobilier de jardin et les terrasses ne se peignent ni ne se lasurent : on y marche ou on s’y assoit, et un film s’use trop vite. On leur préfère une huile ou un saturateur.
Enfin, un bois neuf et un bois déjà traité ne se traitent pas de la même façon. Sur un bois neuf, on choisit librement. Sur un bois déjà lasuré ou peint, le choix est contraint par la finition existante, comme on le verra plus bas.
Choisir selon l’exposition et la teinte
L’exposition change beaucoup la durée de vie d’une finition. Une façade au sud ou à l’ouest, qui prend le soleil de l’après-midi et la pluie des vents dominants de l’Ouest, use une lasure ou une peinture beaucoup plus vite qu’une façade au nord. Sur un même bâtiment, il est courant de devoir rénover une façade plus souvent que les autres. On peut le prévoir en choisissant une finition plus couvrante sur les faces les plus exposées.
La teinte compte aussi. Plus une lasure est pigmentée, mieux elle protège des ultraviolets. Une lasure incolore, qui semble idéale pour garder l’aspect du bois naturel, est en réalité la moins protectrice : elle laisse passer presque tous les rayons, et le bois grise sous le film, qui se décolle ensuite. Les fabricants eux-mêmes déconseillent souvent les lasures incolores en extérieur, ou les réservent aux sous-couches.
Pour la peinture, les teintes très foncées absorbent davantage la chaleur. Le bois chauffe plus, travaille davantage, et la peinture se fissure plus vite. Certains fabricants recommandent des produits spécifiques pour les teintes sombres. Les teintes claires réfléchissent le soleil et ménagent le bois.
Reconnaître la finition déjà en place
Sur un ouvrage ancien, acheté avec la maison ou traité il y a longtemps, on ne sait pas toujours ce qui recouvre le bois. Or tout le choix de la rénovation en dépend. Quelques observations simples permettent de le savoir.
Si l’on voit nettement le veinage et les nœuds à travers une couleur, il s’agit d’une lasure ou d’un saturateur. Si la couleur est uniforme et masque le bois, c’est une peinture ou une lasure opaque. Si la surface est brillante et transparente, avec des zones qui se soulèvent en écailles fines, c’est probablement un vernis.
Le test de la goutte d’eau départage la lasure et le saturateur. On dépose quelques gouttes sur une zone abritée : sur une lasure en bon état, elles perlent et restent en surface longtemps ; sur un saturateur, elles perlent un moment puis finissent par pénétrer. Sur un bois nu ou une finition usée, elles sont bues presque immédiatement.
Le grattage, avec l’ongle ou la pointe d’un couteau dans un coin discret, révèle l’épaisseur du film. Un film de peinture se soulève en copeau épais et laisse voir le bois ou une sous-couche. Une lasure d’imprégnation ne se gratte presque pas. Une lasure de finition donne une pellicule fine.
Enfin, l’état de la surface dit à quel moment on intervient. Une finition simplement ternie se renouvelle. Une finition qui s’écaille par plaques se reprend localement, en grattant jusqu’au bois sain autour des zones abîmées. Une finition qui se décolle partout se décape entièrement. Mieux vaut le savoir avant d’acheter le produit.
Passer de l’une à l’autre
On ne change pas de famille de finition comme on change de couleur. Les règles sont simples, mais elles s’oublient vite.
Peindre sur une lasure est possible. Il faut que la lasure soit en bon état, bien adhérente, nettoyée et dépolie par un égrenage pour que la peinture accroche. Une sous-couche adaptée améliore l’adhérence. Si la lasure s’écaille, il faut d’abord retirer les zones qui se décollent.
Lasurer sur une peinture est en revanche impossible. Une lasure est translucide : elle laisserait voir la peinture en dessous, et elle n’accroche pas sur un film de peinture. Pour revenir à une lasure, il faut décaper entièrement la peinture jusqu’au bois nu, par ponçage, décapant ou décapeur thermique. C’est un travail long, qu’il faut avoir en tête avant de choisir la peinture sur un ouvrage qu’on voudra peut-être un jour revoir en bois.
Passer d’une lasure à un saturateur demande aussi de retirer complètement la lasure, puisque le saturateur doit pénétrer dans le bois. À l’inverse, on peut appliquer une lasure sur un bois anciennement saturé, une fois le saturateur bien sec et usé, après un nettoyage soigné.
Avant toute rénovation, un test sur une petite zone peu visible évite les mauvaises surprises : adhérence, teinte, compatibilité avec l’ancienne finition.
Bien appliquer, quelle que soit la famille
La durée de vie d’une finition dépend autant de l’application que du produit. Quelques règles valent pour la lasure comme pour la peinture.
Le bois doit être sec, propre et sain. On retire les zones grisées, les mousses et les anciennes couches qui se décollent. On ponce légèrement pour ouvrir la surface, puis on dépoussière. Les parties abîmées ou pourries se remplacent avant de les couvrir, jamais après.
Les bois de bout reçoivent une attention particulière. C’est par eux que l’eau entre en premier, et c’est là que les finitions lâchent d’abord. On les imprègne généreusement, et l’on arrondit légèrement les arêtes vives, sur lesquelles un film reste toujours trop mince.
On applique plusieurs couches fines plutôt qu’une couche épaisse, en respectant les temps de séchage indiqués. Entre deux couches, un égrenage léger au papier fin améliore l’accroche et la finition. On travaille par temps sec et doux, à l’ombre, sans vent, jamais sous un soleil direct qui fait sécher le produit trop vite.
Enfin, on note quelque part la référence et la teinte du produit utilisé. La rénovation suivante sera beaucoup plus simple si l’on sait exactement ce qui se trouve sur le bois. D’autres sujets de façade sont réunis dans la rubrique façade et bardage.
Questions fréquentes
Lasure ou peinture pour des volets en bois ?
La peinture est souvent le meilleur choix pour des volets : ils sont faciles d’accès, une peinture de qualité les protège longtemps, et elle est parfois imposée dans les secteurs protégés. Une lasure convient si l’on veut voir le veinage, mais elle demande un renouvellement plus fréquent.
Peut-on mettre une lasure sur de la peinture ?
Non. Une lasure est translucide et n’accroche pas sur un film de peinture. Pour passer de la peinture à la lasure, il faut décaper entièrement jusqu’au bois nu. L’inverse est possible : on peut peindre sur une lasure en bon état, après nettoyage, égrenage et sous-couche.
Faut-il préférer une lasure ou un vernis sur du bois extérieur ?
Une lasure. Le vernis, rigide et peu pigmenté, laisse passer les ultraviolets qui dégradent le bois sous le film. Il finit par se fissurer et se soulever par plaques, et sa rénovation demande un décapage complet. Le vernis est à réserver aux bois abrités.
Une lasure incolore protège-t-elle le bois dehors ?
Très mal. Sans pigments, elle n’arrête presque pas les ultraviolets : le bois grise sous le film, qui se décolle ensuite. Pour garder un aspect proche du bois naturel, mieux vaut une lasure légèrement teintée dans la couleur de l’essence, ou un saturateur pigmenté.
