Bardage & enveloppe

Grille anti-rongeurs en pied de bardage : à quoi elle sert

Par Erwan Le Guen1 octobre 202612 min de lecture

Profil perforé en pied d'un bardage bois vertical, au-dessus d'un lit de gravier

Un soir, un grattement derrière le mur. Au printemps, des brindilles qui dépassent en pied de façade, ou un nid sous le débord de toit. Ou plus simplement, sur un devis, une ligne « grille anti-rongeurs » dont personne ne vous a expliqué l’utilité. Cette petite pièce métallique passe inaperçue, et c’est normal : elle se cache sous la première lame. Chez Ouest Wood Habitat, on la considère pourtant comme l’une des plus importantes du bardage, parce qu’elle arbitre entre deux besoins contraires. Laisser entrer l’air. Empêcher d’entrer tout le reste.

Une lame d’air ouverte est une entrée

Un bardage bois bien posé n’est pas collé au mur. Il repose sur des tasseaux qui ménagent un espace entre les lames et le pare-pluie ou le mur : la lame d’air. Cet espace est indispensable. Il permet à l’air de circuler derrière les lames et de sécher leur face arrière après chaque pluie.

Pour que l’air circule, la lame d’air doit être ouverte à ses deux extrémités. En pied de bardage, une ouverture laisse entrer l’air frais. En tête de bardage, sous la sous-face du toit ou sous une bavette, une autre ouverture le laisse ressortir. Entre les deux, l’air monte naturellement, emporte l’humidité et garde le bois sain.

Le problème saute aux yeux dès qu’on se place du point de vue d’une souris. Une longue fente continue, au ras du sol, qui débouche sur un couloir sec, abrité du vent et de la pluie, souvent garni d’isolant sur une de ses faces. Pour un rongeur, c’est une entrée de terrier idéale. Pour un loir, un nid tout trouvé. Pour les guêpes, les frelons ou les oiseaux, un abri parfait en tête de mur.

Tout ce qui cherche un abri trouve donc dans une lame d’air ouverte un passage tentant. Les souris derrière un bardage bois ne sont pas une rareté, surtout en campagne, près d’un champ, d’un bois ou d’une haie. Ce qui laisse passer l’air laisse passer le reste.

Une fois installés, ces occupants ne se contentent pas de loger. Les rongeurs rongent l’isolant pour faire leur nid, le tassent, le souillent. Ils peuvent grimper derrière le bardage jusqu’aux combles, atteindre les gaines électriques, trouver un chemin vers l’intérieur de la maison. Les insectes et les oiseaux accumulent des matériaux qui bouchent peu à peu la lame d’air. Et le bardage, privé de sa ventilation, commence à souffrir.

La grille anti-rongeurs sert précisément à fermer cette porte sans fermer la fenêtre. Elle barre le passage aux animaux tout en laissant l’air circuler. C’est un compromis, et comme tout compromis, il peut mal tourner si l’on sacrifie un besoin à l’autre.

Ce que la grille doit faire, et ne pas faire

La grille a deux missions, et elles tirent en sens contraire. Barrer le passage aux animaux. Laisser passer l’air.

Pour barrer le passage, les ouvertures de la grille doivent être assez petites pour qu’une souris ne puisse pas s’y glisser. Une souris passe par des trous étonnamment petits : c’est ce qui rend les grilles grossières ou les simples interruptions de lames inefficaces. La grille doit aussi être assez rigide et assez bien fixée pour qu’un animal ne puisse pas la soulever, la tordre ou passer par un côté mal fermé.

Pour laisser passer l’air, à l’inverse, la grille doit offrir une surface d’ouverture suffisante. Plus les trous sont petits, plus il en faut. Une grille à mailles très fines, ou une grille dont une grande partie de la surface est pleine, freine le passage de l’air. La lame d’air se retrouve alors à moitié fermée, sans qu’on s’en aperçoive.

Le vrai danger est là. Une grille trop fine, ou qui se colmate avec le temps, annule la ventilation qu’elle était censée préserver. L’air ne rentre plus en pied, la lame d’air stagne, l’humidité s’installe derrière le bas du bardage. Les lames de pied restent mouillées, noircissent, puis pourrissent, alors que le reste de la façade vieillit normalement. On a bien empêché les souris d’entrer, mais on a condamné le bas du bardage.

La bonne grille est donc celle qui a été pensée pour ce double usage : des perforations fines mais nombreuses, une surface d’ouverture suffisante, un matériau qui ne rouille pas et qui ne se déforme pas. Les profilés conçus pour le bardage répondent à ce cahier des charges. Un bout de grillage bricolé, rarement.

Un indice permet de juger une grille déjà posée : glissez une feuille de papier devant la fente par temps venteux. Si elle bouge, l’air passe. Si elle reste immobile alors que le vent souffle, la grille ou ce qu’il y a derrière est colmaté.

Le matériau compte aussi. Une grille en acier ordinaire rouille, se perce et finit par offrir un passage. L’aluminium ou l’acier inoxydable tiennent bien mieux dehors, au contact de la terre et des éclaboussures. Les profils en plastique existent, mais une dent de rongeur déterminée en vient parfois à bout. Pour une protection qui doit durer autant que le bardage, le métal inaltérable reste le choix le plus sûr.

Grille perforée, profil en U, peigne : les formes

La protection de la lame d’air prend plusieurs formes, selon l’endroit où elle se trouve. Toutes ne se posent pas au même endroit.

En pied de bardage, la pièce la plus courante est le profil perforé, souvent en forme de U ou de L. Il se fixe sur le mur ou sur les tasseaux avant la pose de la première lame, et referme le bas de la lame d’air. Sa face inférieure, perforée, laisse entrer l’air par en dessous. Sa forme en U permet aussi de tenir et d’aligner le bas du bardage. Ce profil est la pièce maîtresse de la protection, car c’est en bas que les rongeurs arrivent.

En tête de bardage, sous la sous-face du toit ou sous une bavette de fenêtre, on pose une grille de ventilation perforée qui ferme le haut de la lame d’air. Elle arrête les oiseaux, les guêpes et les frelons qui cherchent à nicher dans ce creux abrité. Elle doit rester aussi ouverte que la grille de pied, puisque l’air sort par là.

Aux jonctions avec les menuiseries, autour des fenêtres et des portes, la lame d’air est interrompue et doit être refermée proprement. Des bandes perforées ou des profils spécifiques assurent la continuité de la protection au-dessus et au-dessous des ouvertures. Ce sont souvent ces points singuliers qu’on néglige, et par lesquels les intrus finissent par passer.

On trouve aussi des peignes ou des brosses, notamment en tête de mur sur certains bardages à claire-voie ou sous des tuiles, qui ferment un espace irrégulier tout en laissant passer l’air. Ils sont utiles là où un profil rigide ne peut pas épouser la forme du support.

Dans tous les cas, la protection doit être continue. Une grille parfaite sur toute la longueur de la façade, mais absente sur un retour de mur ou au droit d’une descente d’eau, ne sert à rien. Il suffit d’un seul passage.

Les signes d’une intrusion déjà installée

Si vous lisez cet article parce que vous entendez déjà gratter, la question n’est plus de prévenir mais de constater. Plusieurs signes ne trompent pas.

Les bruits, d’abord. Des grattements, des trottinements, surtout le soir et la nuit, derrière un mur habillé de bardage, signalent des rongeurs dans la lame d’air. Un bourdonnement persistant en été, en haut de façade, peut trahir un nid de guêpes ou de frelons.

Les traces, ensuite. Des crottes au pied du mur, sur l’appui d’une fenêtre ou sur la terrasse sous le bardage. Des débris d’isolant, de fibres ou de papier qui s’échappent de la fente de pied. Des brindilles, de la paille ou des plumes qui dépassent en tête de mur ou sous le débord de toit.

Les dégâts, enfin. Une lame qui sonne creux quand on la tapote, alors que ses voisines sonnent plein, peut indiquer que l’isolant derrière elle a été arraché. Une lame de pied rongée sur son chant. Une odeur persistante près du mur. À l’intérieur, parfois, des traces dans les combles ou le long d’une gaine.

Avant de refermer quoi que ce soit, il faut vérifier que plus personne n’habite derrière. Refermer une lame d’air sur des rongeurs vivants les condamne à chercher une autre sortie, souvent vers l’intérieur de la maison. On dépose donc une ou deux lames dans la zone suspecte, on inspecte, on nettoie, on remplace l’isolant ou le pare-pluie abîmés, et on traite l’infestation si nécessaire avant de poser la grille. Pour un nid de frelons, on fait appel à un professionnel.

Pensez aussi aux autres passages. Une gaine qui traverse le bardage, un conduit de ventilation, une descente d’eau fixée contre la façade : chacun crée une petite ouverture que la grille de pied ne couvre pas. Un rongeur qui ne trouve plus d’entrée en bas finit toujours par tester ces points. Refermez-les en même temps, avec des pièces adaptées qui laissent passer l’air mais pas les animaux.

Rajouter une grille sur un bardage existant

Beaucoup de bardages anciens ont été posés sans grille, ou avec une protection devenue inefficace. Rajouter une grille est tout à fait possible. Le geste se fait en pied de façade, lame par lame ou par section.

Commencez par déposer la première lame, celle du bas, sur la longueur à traiter. Selon le type de pose, on dévisse ses fixations, ou on la dégage de sa voisine sur un bardage emboîté. Cette dépose ouvre l’accès au bas de la lame d’air et aux tasseaux.

Profitez de l’ouverture pour inspecter et nettoyer. Retirez la terre, les feuilles, les débris d’isolant et les éventuels nids. Vérifiez l’état du pare-pluie et du bas des tasseaux, souvent les premiers à souffrir de l’humidité.

Glissez ensuite le profil perforé en place, sous les tasseaux ou contre eux selon le modèle, et fixez-le au support. Veillez à ce qu’il ferme toute la largeur de la lame d’air, sans jour sur les côtés, et qu’il se raccorde proprement aux angles et aux retours de mur. Aux extrémités, on recoupe le profil et on l’ajuste pour qu’aucun passage ne subsiste.

Refixez enfin la lame de pied, en respectant la garde au sol et en vérifiant que la grille reste bien dégagée sous elle. Si la lame d’origine est abîmée, c’est le moment de la remplacer.

Un cas plus délicat se présente quand le pied du bardage a été fermé par le passé, par un solin, une planche ou un joint de mastic, souvent pour empêcher justement les animaux d’entrer. Cette fermeture a coupé la ventilation. Il faut alors la retirer, rétablir l’ouverture de la lame d’air et poser une vraie grille à la place. Le bas du bardage, jusque-là étouffé, pourra enfin sécher.

Garder la grille efficace dans le temps

Une grille bien posée ne demande presque rien. Presque.

Son ennemi principal est le colmatage. Les feuilles mortes s’accumulent au pied du mur en automne, la terre remonte avec les pluies et les travaux de jardin, la végétation pousse contre la façade. Peu à peu, ces dépôts bouchent les perforations. La grille arrête toujours les souris, mais elle n’aère plus.

L’entretien tient en un geste annuel : dégager le pied du bardage, retirer feuilles et terre, passer une brosse sur la grille pour déboucher ses trous. Profitez-en pour regarder la tête de façade, où les nids d’insectes peuvent obstruer la grille haute.

La garde au sol, enfin, conditionne tout le reste. Le bas du bardage et sa grille doivent rester suffisamment au-dessus du terrain pour ne pas recevoir les éclaboussures et ne pas être enterrés par un remblai ou un massif. Remplacer la terre ou la pelouse au pied du mur par un lit de gravier limite à la fois les projections et la remontée de terre. Ne laissez jamais une terrasse, une allée ou un parterre venir buter contre la grille.

Tout cela n’a de sens que si la lame d’air fonctionne dans son ensemble. Son rôle, son épaisseur et son articulation avec le pare-pluie sont détaillés dans notre article sur le pare-pluie et la lame d’air. Pour les autres questions de façade, voyez la rubrique consacrée à l’enveloppe de la maison.

Questions fréquentes

La grille est-elle obligatoire ?

Elle fait partie des règles de l’art d’un bardage ventilé, et les fabricants de bardage la prévoient dans leurs guides de pose. Au-delà de la règle, elle protège l’isolant et la structure. Un bardage sans grille en pied, surtout en campagne, finit presque toujours par accueillir des occupants indésirables.

Peut-on mettre un grillage à poule ?

Ce n’est pas une bonne idée. Ses mailles sont trop larges pour arrêter une souris, il rouille, et il se déforme facilement. À l’inverse, un grillage trop fin se colmate vite et bloque l’air. Un profil perforé conçu pour le bardage est bien plus efficace et plus durable.

Les frelons passent-ils par la lame d’air ?

Ils peuvent s’y installer, surtout en tête de bardage, sous le débord de toit, où l’espace est sec et abrité. Une grille haute bien posée limite ce risque. Si un nid est déjà installé, n’intervenez pas vous-même : faites appel à un professionnel avant de refermer quoi que ce soit.

Faut-il une grille en haut du bardage ?

Oui. La lame d’air est ouverte en haut comme en bas, pour que l’air puisse sortir. Cette ouverture haute attire les oiseaux et les insectes. Une grille de ventilation en tête, aussi ouverte que celle du pied, protège le haut du mur sans gêner la circulation de l’air.