Une lame fendue sur toute sa longueur, une autre qui se creuse comme une gouttière, une troisième qui s’écarte du mur et laisse voir la lame d’air. Quand un bardage commence à se déformer, on accuse d’abord le bois, puis le fournisseur, puis le climat breton. Chez Ouest Wood Habitat, on regarde d’abord la forme et l’emplacement du défaut. Ils disent presque toujours ce qui a bloqué la lame ou ce qui l’a laissée sécher d’un seul côté. Et ce diagnostic décide entre remplacer trois lames et refaire une façade.
Le bois bouge, la pose doit le laisser bouger
Le bois est un matériau vivant, même une fois scié, séché et posé. Il échange en permanence de l’eau avec l’air qui l’entoure. Il gonfle quand il s’humidifie. Il se rétracte quand il sèche.
Ce mouvement ne concerne presque pas la longueur d’une lame. Il se joue surtout dans sa largeur et dans son épaisseur. Une lame de bardage s’élargit à l’automne, quand les pluies reviennent et que l’air se charge d’humidité. Elle se resserre en été, sous le soleil et le vent. Ce va-et-vient se répète chaque saison, pendant toute la vie du bardage, et aucun traitement ne l’arrête vraiment.
Un bardage bien posé accepte ce mouvement. Chaque lame dispose d’un peu de jeu pour gonfler sans pousser sa voisine, d’une fixation qui la tient sans l’emprisonner, et d’une lame d’air derrière elle pour sécher de façon égale sur ses deux faces. Tant que ces trois conditions sont réunies, le bois bouge sans casser.
Les défauts apparaissent quand la pose contrarie ce mouvement. Si une lame gonfle et ne trouve pas de place, elle force contre ses fixations ou contre sa voisine, et elle se fend ou se voile. Si une lame sèche au soleil sur sa face avant pendant que sa face arrière reste humide, les deux faces ne se rétractent pas de la même façon, et la lame se tord. La lame casse là où on l’a bloquée.
C’est pourquoi le même bois, posé par deux équipes différentes, peut donner deux façades sans rapport au bout de quelques saisons. L’essence compte, bien sûr. Mais la pose décide si le bois pourra travailler ou non.
Avant de décider quoi que ce soit, prenez le temps de faire le tour de la maison. Notez quelles façades sont touchées, à quelle hauteur, sur quelles lames. Un défaut isolé sur deux ou trois planches ne raconte pas la même histoire qu’une zone entière qui se déforme. La suite du diagnostic en dépend entièrement.
Les fentes : en bout, en milieu, autour des fixations
Une lame de bardage fendue n’est pas un défaut unique. Selon l’endroit où la fente apparaît, elle renvoie à une cause différente. On en distingue trois grands types.
La fente en about de lame, d’abord. L’about, c’est l’extrémité de la lame, là où le bois a été coupé. Cette coupe expose le bois de bout, qui absorbe et rejette l’eau bien plus vite que le reste de la lame. L’about sèche donc plus vite, se rétracte avant le reste, et se fend. Ces fentes courtes, qui partent de l’extrémité et remontent un peu dans le fil du bois, sont fréquentes et souvent sans gravité. Elles se préviennent en traitant les coupes à la pose et en laissant un léger jeu entre deux abouts, pour que l’eau ne reste pas piégée entre eux.
La fente au milieu de la lame, le long du fil, raconte autre chose. Elle apparaît quand la lame s’est rétractée alors que quelque chose l’empêchait de se resserrer : deux fixations trop écartées sur la largeur, qui la tiennent de chaque bord, ou une lame trop large pour son épaisseur. La lame veut rétrécir, les fixations la retiennent, et elle se déchire en son milieu. Les gerces, ces petites fissures superficielles qui apparaissent sur la face exposée au soleil, en sont une version légère : elles restent en surface et se referment en partie avec l’humidité.
La fente qui part d’une pointe, enfin. Elle démarre exactement à la fixation et file dans le fil du bois, souvent vers le bout de la lame. La cause est presque toujours une pointe placée trop près du bord ou de l’about, enfoncée sans avant-trou dans un bois dur, ou une fixation trop grosse pour la section de la lame. Le bois éclate au moment de la pose, ou dans les saisons suivantes, quand le mouvement élargit la petite amorce.
Chaque type appelle une réponse différente. Des fentes en about isolées se surveillent. Des fentes qui partent des fixations sur toute une façade signalent une erreur de pose répétée, qui continuera tant qu’on n’en corrige pas la cause.
Un dernier indice aide à trier : la date d’apparition. Une fente présente dès la première saison vient souvent du bois ou du geste de pose. Une fente qui apparaît après plusieurs hivers sur un bardage resté sain jusque-là signale plutôt un changement autour : une lame d’air bouchée, une gouttière qui déborde, une végétation qui s’est rapprochée.
Le voilement et le tuilage
Le bardage bois tordu inquiète encore plus que la fente, parce qu’il se voit de loin. Deux déformations sont à distinguer.
Le tuilage désigne une lame qui se creuse dans sa largeur, comme une tuile canal. Ses bords se relèvent ou s’abaissent par rapport à son centre. Le voilement, lui, désigne une lame qui se tord dans sa longueur, qui prend une forme d’hélice ou qui décolle d’une extrémité. Les deux déformations peuvent se combiner.
Pour les lire, regardez la lame de profil, en vous plaçant dans l’axe de la façade. Une lame qui se creuse vers l’extérieur, bords vers le dehors, a le plus souvent séché plus vite sur sa face avant que sur sa face arrière : c’est un problème de séchage inégal. Une lame qui se tord et décolle d’un bout a souvent été tenue par une seule fixation sur sa largeur, ou par des fixations mal réparties, qui ne l’ont pas empêchée de se déformer.
Plusieurs causes reviennent sur les chantiers que nous reprenons. Le bois posé trop humide, d’abord : une lame livrée mouillée et fixée aussitôt sèche ensuite sur le mur, de façon irrégulière, et se déforme en séchant. Une lame trop large pour son épaisseur, ensuite : plus une lame est large, plus son mouvement en largeur est important, et plus elle a tendance à tuiler. Une fixation insuffisante, aussi : une seule pointe au milieu de la lame ne l’empêche pas de se creuser. Enfin, une face arrière privée d’air, qui ne sèche jamais au même rythme que la face exposée.
Le bardage qui se décolle, avec des lames qui s’écartent du mur par endroits, cumule souvent ces causes. Une lame qui voile tire sur ses fixations jusqu’à les arracher, ou s’en dégage si elles étaient trop courtes. Une fois décollée, elle se mouille par l’arrière, et le problème s’aggrave.
Une lame qui tuile légèrement en été peut en partie revenir à l’automne, quand l’humidité l’égalise. Une lame qui reste déformée toute l’année, elle, a pris son pli.
Le rôle de la lame d’air
Quand une seule lame se déforme, on cherche du côté du bois ou de la fixation. Quand toute une zone voile, la lame d’air est la première suspecte.
Derrière un bardage bien posé, un espace ventilé sépare les lames du mur ou du pare-pluie. L’air y entre par le bas, monte et ressort par le haut. Ce courant d’air sèche la face arrière des lames, en même temps que le soleil et le vent sèchent leur face avant. Les deux faces vivent au même rythme. La lame reste plane.
Quand cette ventilation arrière manque, tout change. La face avant sèche au soleil. La face arrière reste humide, parce que l’air ne circule pas derrière. La lame se rétracte d’un côté et pas de l’autre, et elle tuile ou se tord. Ce défaut touche alors toute la zone concernée, souvent de façon régulière, lame après lame.
Plusieurs situations produisent ce résultat. Une lame d’air trop fine ou absente, le bardage étant fixé directement contre le mur. Une entrée d’air bouchée en pied de façade, par de la terre, du gravier remonté ou des feuilles. Une sortie d’air obstruée en haut, sous le débord de toit. Un isolant ou un pare-pluie qui a gonflé ou s’est décollé et touche l’arrière des lames. Parfois, une modification récente, comme un massif planté contre le mur ou une terrasse posée plus haut que prévu, a refermé l’entrée d’air.
Le diagnostic se fait en déposant une lame dans la zone déformée. On regarde l’espace derrière, on vérifie qu’il est dégagé et continu, et qu’il communique avec l’extérieur en bas et en haut. Tant que la ventilation n’est pas rétablie, remplacer les lames ne sert à rien : les neuves se déformeront de la même façon.
Remplacer une lame sans tout déposer
Bonne nouvelle : un bardage qui présente quelques lames fendues ou voilées se répare presque toujours sans tout démonter. Le geste dépend du type de pose.
Sur un bardage à claire-voie, où les lames sont posées avec un espace entre elles, chaque lame est indépendante. On dévisse ou on dépointe ses fixations, on la retire, on en recoupe une neuve à la même longueur et on la refixe sur les tasseaux. C’est le cas le plus simple. Il faut seulement respecter le même espacement que les lames voisines pour que la façade garde son rythme.
Sur un bardage à emboîtement, à rainure et languette, les lames s’imbriquent les unes dans les autres, et la fixation d’une lame est souvent cachée par la suivante. Pour déposer une lame au milieu d’un mur, on coupe généralement la languette ou la lèvre de la rainure pour la dégager, on retire les fixations visibles ou on les sectionne, puis on la sort. La lame neuve se prépare en supprimant la lèvre inférieure de sa rainure, pour pouvoir la glisser en place, puis on la refixe en surface, de préférence avec des fixations inox discrètes. Le geste demande de la précision mais pas d’outillage exceptionnel.
Dans tous les cas, déposez les lames abîmées par temps sec, et profitez de l’ouverture pour regarder la lame d’air et l’état des tasseaux derrière. Une lame changée devant un tasseau pourri ne tiendra pas.
Reste la question de la teinte. Une lame neuve, même de la même essence, tranche avec un bardage qui a grisé. Deux options : accepter l’écart, sachant que la lame neuve grisera à son tour et rejoindra peu à peu la teinte de ses voisines, ou accélérer ce rapprochement avec un produit de grisaillement. Sur un bardage lasuré, on reprend la même finition sur la lame neuve, après un léger égrenage de l’ensemble si les voisines ont passé.
Si les défauts touchent une grande partie de la façade, avec une cause commune identifiée, le remplacement lame par lame devient moins pertinent. Il vaut alors mieux corriger la cause, lame d’air ou fixations, sur toute la zone, et reposer un bardage neuf dans de bonnes conditions.
Choisir la lame qui ne recommencera pas
Qu’on remplace quelques lames ou une façade entière, le choix du bois compte. L’objectif : une lame qui bouge le moins possible et qui supporte son exposition.
L’essence d’abord. Certaines essences sont naturellement plus stables et plus durables en extérieur que d’autres. Leur tenue dépend aussi de la part de cœur et d’aubier dans la lame : l’aubier, plus tendre, bouge et se dégrade davantage. Un bois de bonne qualité, avec peu d’aubier, part avec un avantage.
La section ensuite. Une lame plus étroite bouge moins en largeur qu’une lame large. Une lame suffisamment épaisse pour sa largeur résiste mieux au tuilage. Les lames très larges et fines, séduisantes à l’œil, sont aussi les plus capricieuses.
Le séchage compte autant. Une lame séchée correctement avant la pose, stockée au sec sur le chantier et posée sans tarder, arrive sur le mur proche de l’équilibre qu’elle trouvera dehors. Elle bouge beaucoup moins qu’une lame livrée humide.
Le sens de pose, enfin, influe sur la façon dont l’eau s’écoule et dont la lame sèche. Une pose verticale laisse l’eau glisser dans le fil du bois et sécher vite. Une pose horizontale demande de soigner l’orientation des profils pour que l’eau ne se loge pas dans les rainures.
Ces choix se font à la commande, et ils dépendent de l’aspect recherché. Nous les détaillons dans notre article sur le choix du bardage bois, et vous trouverez l’ensemble de nos conseils dans la rubrique bardage du site.
Questions fréquentes
Une fente met-elle le bardage en danger ?
Rarement à elle seule. Une fente en about ou une gerce en surface n’affaiblit pas vraiment la lame. Une fente profonde qui traverse la lame, ou qui laisse l’eau pénétrer derrière, mérite en revanche d’être traitée, car l’humidité s’y installe. Surveillez surtout les fentes qui s’élargissent d’une saison à l’autre.
Peut-on redresser une lame voilée ?
Parfois, en partie. Une lame légèrement tuilée peut se redresser si on rétablit le séchage de sa face arrière et qu’on ajoute une fixation bien placée. Une lame fortement tordue a pris son pli et ne reviendra pas. Il vaut mieux la remplacer que de la forcer contre le mur avec des fixations supplémentaires, qui la feraient fendre.
Faut-il reboucher les fentes ?
Non, en général. Un mastic rigide dans une fente de bardage empêche le bois de bouger et finit par se décoller, en retenant l’eau au passage. Sur une fente importante, mieux vaut remplacer la lame. Sur des gerces de surface, un entretien de la finition suffit.
Un bardage neuf peut-il se fendre la première année ?
Oui, et c’est même fréquent si le bois a été posé trop humide ou si les fixations sont trop près des bords. La première année, la lame trouve son équilibre avec l’extérieur, et elle bouge davantage. Quelques gerces n’ont rien d’anormal. Des fentes nombreuses ou des lames qui voilent en masse signalent en revanche un problème de bois ou de pose.
